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La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Roger Chartier : continuités et bouleversements des pratiques de lecture à l'heure du numérique
[mercredi 01 octobre 2008 - 15:00]
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La vie des idées publie un excellent entretien de Roger Chartier, professeur au Collège de France et spécialiste de l’histoire du livre, de l’édition et de la lecture, qui livre son analyse sur les bouleversements induits – ou non – par Internet et l’apparition du livre électronique.

Roger Chartier commence par rappeler la définition du livre donnée par Kant : à la fois objet produit par un travail de manufacture et discours. Toute la problématique actuelle autour de l'avenir du livre se situe, selon lui, dans cette "relation complexe entre le livre comme objet matériel et le livre comme œuvre intellectuelle ou esthétique". Aujourd’hui, cette relation, caractérisée auparavant par une distinction entre catégories d’objets (rouleaux de l’Antiquité, codex manuscrits ou livre imprimé), est fondamentalement remise en cause par le support numérique qui offre une continuité textuelle illimitée sur le même type d’objet, l’écran. Le numérique "rend absolument immédiate la continuité entre les lectures et l’écriture". L’écran – e-book ou ordinateur portable – re-matérialise dans un objet unique toutes les classes de textes.

La mobilité du texte constitue un autre problématique du livre électronique. Toutefois, Roger Chartier écarte l’idée de rupture. En effet, le texte, de tout temps, n’a jamais été une forme stable. La copie manuscrite (qui a existé jusqu’au XVIIIe siècle) permettait une mobilité du texte qui se voyait interprété et amendé d’une copie à l’autre. De même, l’imprimerie, de son apparition jusqu’au début du XIXe siècle, fonctionnait par tirages limités. La multiplicité des rééditions des ouvrages à succès assurait une certaine mobilité du texte. Les droits de propriété intellectuelle, loin de figer le texte, protègent, par le biais d’une unité juridique, la pluralité des formes de l’œuvre. Le livre électronique ne ferait ainsi que renforcer in fine cette mobilité des textes.

Au regard des tentatives actuelles de réduire cette mobilité, le grand défi à l'heure du numérique réside au contraire, selon Roger Chartier, dans la question de "savoir si le texte électronique (...) doit être transformé dans sa matérialité même, avec une fixité et des sécurités, ou si inversement les potentialités de cet anonymat, de cette multiplicité, de cette mobilité sans fin vont dominer les usages d’écriture et de lecture."

Sur le projet de bibliothèque universelle lancé par Google avec la numérisation des fonds de cinq grandes bibliothèques, Roger Chartier tient des propos à la fois rassurants sur le devenir des bibliothèques traditionnelles, mais aussi alarmistes sur le risque de l'abandon de la conservation des ouvrages en format papier.

 

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1 commentaire

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noni

22/11/08 10:44
bon commentaire, mais attention aux fautes d'orthographes. Commenter un livre et la force de l'écrit impose que l'on soigne son orthographe.

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