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Critique à nonfiction.fr

La phrase

L'existence même de la réunion du 28 juillet sur les Roms était indigne d'un gouvernement qui se réclame de la République, les annonces faites par Brice Hortefeux sont dans la continuité.

Pouria Amirshahi, secrétaire national du PS aux droits de l'homme

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Un centre d’analyses et de réflexions de la société civile
Viens chez moi, j'habite chez mon avatar...
[mardi 19 août 2008 - 10:00]
Psychanalyse
Couverture ouvrage
Virtuel mon amour. Penser, aimer, souffrir à l'ère des nouvelles technologies
Serge Tisseron
Éditeur : Albin Michel
200 pages / 16,15 € sur
Résumé : Dans son dernier livre, Serge Tisseron dégage les logiques qui poussent nos contemporains à passer un temps important devant les écrans.
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Dans son dernier livre, Serge Tisseron dégage les logiques qui poussent nos contemporains à passer un temps important devant les écrans et relate comment s’y nouent des rencontres. Il compte ces phénomènes au nombre "des transformations qui, bien que peu visibles, ont profondément affecté notre relation à nous-mêmes" . Il surprend par ce qu’il nous apprend des "nouvelles pratiques" en ligne et du règne des avatars, et par une des conclusions qu’il en tire : c’est dès la maternelle qu’il faut former les enfants à la fonction du semblant pour les préparer à l’importance du virtuel dans nos sociétés.


"T’as d’beaux avatars, tu sais ?"


Serge Tisseron pointe un paradoxe qui anime les nouveaux systèmes relationnels en réseau : la combinaison d’une recherche de solitude dans la réalité se conjugue sur le net avec une propension nouvelle à l’"extimité", qui consiste à "rendre publiques des parties secrètes de soi pour les faire reconnaître et valider par l’entourage" . Cela conduit à adhérer à tel ou tel "news groupe", à "chatter" au nom de tel ou tel point commun, à faire des "coming out" sur son blog, et à développer ainsi un discours dont même les plus proches à savoir ceux qui vivent sous le même toit sont parfois privés.

Au nombre des nouvelles pratiques s’ajoute une nouvelle forme relationnelle par avatar interposé. Il y aurait certainement là une belle mythologie à écrire à la façon de Roland Barthes. Il faut entendre par avatar ces petites créatures créées par l’internaute pour se représenter sur des sites comme Second life ; mais ce concept peut être étendu à l’identité "recomposée" sur des sites comme Myspace, Facebook ou Meetic : soi-même idéalisé, ou un autre soi, parfois vu comme un double, ou un ersatz, un "moi-idéal" ou encore un "idéal du moi". Comme le dit l’auteur : "Aucune de ces identités ne l’incarne dans sa totalité, mais chacune figure une partie de ce qu’il est" . L’avatar permet à son créateur de donner libre cours à son imagination. Les espaces de rencontre entre avatars ainsi créés ont ceci de fascinant que chaque avatar vit sa vie aussi en fonction des rencontres faites : c’est un espace virtuel qui génère par lui-même des possibilités.

L’auteur étudie aussi les ressorts à l’œuvre sur les sites de jeux de rôle en ligne comme Warcraft ou Final Fantasy. Les rencontres n’y sont pas amoureuses, mais initiatiques et viennent remplir une fonction qui est désormais faiblement assurée par la société. Les jeunes qui s’y adonnent rejouent souvent ici le "roman familial" au sens freudien, c'est-à-dire la tendance à s’imaginer une autre famille que la leur .

Ainsi, pour l’auteur, l’écran et ses fonctionnalités mettent en scène des dimensions secrètes de l’internaute, qu’elles soient conscientes ou inconscientes. C’est ici que la démonstration est très convaincante.


Quand on ne sait plus à quel avatar se vouer


Les dialogues se nouent dans le monde virtuel entre imaginaire et réalité à partir d’une fonction de leurre. L’auteur tente de qualifier ces rencontres : s’il peut y avoir une forte dimension de soliloque en miroir, la relation virtuelle à l’autre peut aussi devenir son propre but ce qui ressemble alors à la définition classique de la perversion . Mais l’auteur insiste sur quatre grandes fonctions qui peuvent être assurées par le recours à l’avatar  comme par tout objet que nous élisons : être un support pour l’identité (aux multiples facettes), commémorer des événements conscients ; recevoir en dépôt des parties de nous-mêmes mises à l’écart ; s’approprier sa propre histoire. Les témoignages de ceux qui ont créé des avatars indiquent que les avatars leurs procurent toute une gamme de sensations non pas seulement émotionnelle mais aussi du domaine de la corporéité. Certaines personnes disent avoir ressenti physiquement les sensations prêtées à l’avatar par le logiciel. Il semble qu’il en aille ainsi d’une forme d’hystérie dans le rapport entretenu à soi-même par le truchement de l’avatar .

Serge Tisseron pose alors la question mainte fois posée, qui est celle de l’addiction. Les internautes qui développent ces nouvelles pratiques sont ils "addicts" ? Pour répondre à cette question, Serge Tisseron distingue très pédagogiquement les différentes positions adoptées vis-à-vis de l’écran . Ainsi, selon lui, ce ne sont pas toutes les relations à l’écran qui relèvent du processus "addictif". Tout dépend selon lui de la position adoptée. Si la pratique consiste à mettre en scène son monde intérieur, il n’y a pas forcément de relation d’addiction. S’il s’agit en revanche de créer par ce moyen quelque chose qui a manqué, là, les conditions sont plus favorables à l’addiction. S’il s’agit enfin de la quête de l’excitation, là, il s’agit d’un mode de fonctionnement très proche des phénomènes "addictifs". C’est pour cette dernière posture (en soulignant qu’il n’y a jamais une posture tout à fait pure, mais souvent combinée aux deux autres), que selon lui, l’usage des nouvelles technologies pourra avoir des vertus thérapeutiques .

On retrouve ici les thématiques déjà explorées par S. Tisseron quant à l’attachement  : il démontre que la construction de l’attachement dans la prime enfance, au travers de la dyade maternelle, imprime sa marque dans le rapport à l’écran. Son projet thérapeutique est alors de démêler cette construction en utilisant le jeu comme médiateur, puisque c’est dans cette médiation que des symptômes pourraient être apparus : l’écran sert de révélateur de symptômes (plainte), puis de vecteur thérapeutique (consultation).

Titre du livre : Virtuel mon amour. Penser, aimer, souffrir à l'ère des nouvelles technologies
Auteur : Serge Tisseron
Éditeur : Albin Michel
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