Musiques

Contribution à une histoire de la modernité musicale: le Festival D'angers, Musiques du XXe Siècle

Couverture ouvrage

Cdric Thnard
L'Harmattan , 406 pages

Un festival de la modernité musicale
[mercredi 10 mai 2017]


Retour sur l’une des entreprises françaises les plus remarquables en matière d’exploration et d’exposition de la musique contemporaine.

Cédric Thénard appartient à cette nouvelle génération de chercheurs ayant suivi un double cursus de musicologie et d’histoire. Professeur à Angers, il a travaillé et étudié sous les directions de Danièle Pistone, de Pascal Ory et de Françoise Taliano-Des Garets. Il publie aujourd’hui son travail doctoral consacré aux sept années d’existence du festival « Angers Musiques du XXeme siècle » (1983-1990).

L’auteur a fait le choix d’organiser son ouvrage de 400 pages (comportant un cahier de 36 photographies en noir et blanc et de petit format) en trois parties qui présentent successivement les origines, le fonctionnement et la disparition du festival. Les 14 chapitres mais également l’introduction, la conclusion et les annexes  offrent un panorama complet et rigoureux de ce qui fut l’une des entreprises françaises les plus remarquables en matière d’exploration et d’exposition au plus grand nombre du répertoire contemporain international.

 

Une histoire nationale et locale

Cédric Thénard s’attache à resituer la naissance du festival dans le contexte culturel des années mitterrandiennes où dominent les problématiques de la décentralisation et de la démocratisation dans l’accès à la musique savante. Il montre l’engagement militant du milieu associatif, des autorités publiques locales et des acteurs régionaux de la vie musicale tels que la Société des Concerts Populaires, le Théâtre Musical d’Angers, l’Orchestre Philharmonique des Pays de la Loire et le Ballet-Théâtre Contemporain. Il rappelle combien ce festival s’inscrit dans une tradition musicale qui fait d’Angers l’un des épicentres artistiques français depuis le XIXe siècle. L’analyse du contexte politique local aide à la compréhension de l’organisation de ce qui fut sans doute la manifestation provinciale la plus susceptible de rivaliser avec la capitale. L’on doit ce succès du festival à la personnalité ambitieuse et marquante de Roger Tessier dont le rôle est décrit avec soin.

À cette première approche qui reconstitue rigoureusement le contexte de création du festival s’ajoute une analyse méthodique de son fonctionnement. Cédric Thénard adopte une démarche géomusicologique qui permet de reconstituer la territorialité d’un festival ayant investi une grande part de l’espace urbain et du patrimoine historique de la cité angevine. Une grande part du travail consiste également à expliquer l’interface entre les agents culturels locaux et la multitude des artistes étrangers qui donnèrent au festival son envergure internationale. Le croisement entre les arts (la peinture, le cinéma, la musique) suppose le recours à un grand nombre d’acteurs culturels pérennes ou provisoires, célèbres et moins connus. Tous les « ingrédients » de ce qui fait un festival sont éminemment étudiés (master-class, stages, ateliers…). L’ampleur prise par le festival ainsi que le succès qu’il rencontra aidèrent à la rencontre des genres tels que la musique ancienne, la seconde école viennoise de Schoenberg, Berg et Webern, le jazz, le rock, les musiques traditionnelles étrangères tandis que Messiaen, Leibowitz, Dutilleux, Tippett, Ohana, Kagel furent mis à l’honneur grâce aux soins de Roger Tessier et de son équipe. Cédric Thénard démontre à quel point le festival fut une occasion exceptionnelle de création, c’est à dire d’enrichissement du répertoire moderne où se joue une part d’improvisation liée aux rencontres et à l’émulation qui s’en dégage. Il nous explique combien le festival fut une matrice favorable au renouvèlement de la musique moderne.

 

Festivals sous conditions

Dans sa dernière partie, l’auteur aborde tous les enjeux et toutes les modalités qui, sans que le public ne s’en rende compte, permettent à un festival de grande ampleur d’exister. La question de son financement demeure cruciale en particulier lorsqu’il provient partiellement d’un mécénat public. L’analyse des multiples raisons qui ont poussé à la disparition du festival ainsi que la mémoire que l’on en garde constituent la fin d’une étude particulièrement complète et efficacement structurée. L’approche thématique et chronologique donne toute sa cohérence à l’ouvrage. L’assise bibliographique et archivistique de cette monographie lui assure des garanties scientifiques qui lui confèrent une place de choix dans cette nouvelle branche de l’histoire culturelle intéressée par les festivals. L’approche de Cédric Thénard doit convaincre les historiens, encore trop réticents, de porter davantage leur attention sur ces objets d’histoire que sont les festivals musicaux. Ils trouveront dans le livre de Cédric Thénard bien des raisons à faire ce choix.

 

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