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CINÉMA – "Gimme Danger" de Jim Jarmusch
[mercredi 01 février 2017 - 14:00]

Une approche émouvante et dynamique de l'univers des Stooges, le groupe mené par Iggy Pop qui secoua les années soixante et annonça l'explosion punk".

 

Avant de voir Gimme Danger, nous avons entendu ici et là quelques avis négatifs. D'aucuns évoquent un documentaire banal dans sa facture, avec Iggy Pop – alias James Osterberg – assis sur un fauteuil et se contentant de raconter l'histoire de son groupe, The Stooges.

 

 

Ce n'est pas qu'il n'en est rien, mais le documentaire ne se résume pas à cela. Certes, Osterberg, filmé dans une buanderie, un salon ou une chambre, parle beaucoup, peut–être trop... Racontant des événements qui ont jalonné son histoire personnelle et celle de sa formation, donnant ses impressions sur le monde dans lequel il a vécu et travaillé, sur sa façon d'être et sur la vie en général, face à un interlocuteur que l'on ne voit pas – probablement Jarmusch... Comme le font d'ailleurs, entre autres et à leur manière, le guitariste James Williamson, le batteur Scott Asheton, le bassiste Mike Watt, le manager Danny Fields... Comme le fait Ron Asheton sur des documents relativement anciens – le guitariste étant décédé en 2009...

Le problème concernant les Stooges est que les archives filmiques manquent cruellement – et c'est aussi le problème de l'époque où le groupe a démarré : on ne pouvait filmer à l'envi, comme c'est le cas aujourd'hui. Il y a peu de concerts filmés, et ce que l'on voit dans Gimme Danger est parfois disponible sur des sites comme Youtube. 
Mais que le lecteur ne soit pas ici découragé. Gimme Danger ne manque pas d'intérêt, surtout pour celui qui connaîtrait peu l'auteur de I Wanna Be Your Dog et le groupe d'Ann Arbour (Michigan), pour lequel le documentaire de Jarmusch sera une bonne introduction au sujet...

Les témoignages sont vivants et émouvants. Et le cinéaste, qui nous épargne heureusement le biopic façon Velvet Goldmine – même si le film de Haynes est mentionné positivement pour le rôle qu'il aurait joué dans la reformation des Stooges, au début des années 2000 –, s'en sort plutôt bien à travers son travail dynamique sur et avec les archives – mouvements de caméra, montage rapide, accélérés et ralentis, surimpressions, déformations de divers types – et ses petites créations animées.

Iggy parle de sa jeunesse passée dans la caravane de ses parents, de ses rapports avec ceux–ci, de sa pratique de la batterie, de ses découvertes télévisuelles – apparemment significatives en ce qui concerne la construction de son univers et de son personnage – et de ses désirs en matière musicale... Il évoque également ses premiers groupes, et sa rencontre avec les personnalités qui vont former The Stooges.

On suit ainsi de façon chronologique l'histoire chaotique du groupe, celle de la réalisation de ces quelques disques qui ont marqué au fer rouge la musique pop–rock, secoué les années soixante et annoncé l'explosion punk : The Stooges (1969), Fun House (1970), Raw Power (1973)... On entend parler des rencontres faites par Iggy et ses acolytes à Detroit, Los Angeles, New York, Londres : les MC5 – auteurs du fameux Kick Out The Jams – qui mettent aux Stooges le pied à l'étrier ; John Cale et Nico, du Velvet Underground – celui–là produisant le premier album, celle–ci vivant une aventure amoureuse avec l'Iguane ; David Bowie et le manager Tony Defries – le premier mixant Raw Power et le second se chargeant de la promotion du groupe et de son leader, mais aussi de l'éviction de celui–ci hors de la société Mainman... On apprend d'ailleurs avec stupeur qu'en 1973, Defries empêche le groupe de faire des concerts, les jugeant indésirables.

« Chronologique »… si ce n'est que Jarmusch a la bonne idée de commencer son film – le prégénérique – par un moment où, au début des années soixante–dix, The Stooges se dissout, comme si un trou noir était logé au cœur de l'existence du groupe et que celui–ci était voué à l'implosion... En cause : l'addiction à la drogue, un esprit foncièrement rebelle et asocial, des pulsions vitales crues, mais aussi autodestructrices, une musique débridée et anti–commerciale – inacceptable pour l'Industrie discographique...

Quelques passages sont particulièrement intéressants, qui font ressortir les distances prises par les musiciens, et surtout par Iggy, vis–à–vis du show–business, du mouvement hippie, de l'idéologie dominante – cf. l'épisode concernant une Convention Démocrate à laquelle les MC5 participèrent. Ces passages présentent la façon dont les membres des Stooges organisaient leur vie de groupe – un « communisme » apolitique selon le terme utilisé par le chanteur –, l'amitié très profonde qui les liait, leur conception de la musique comme expression d'une forme de primitivité et d'animalité, comme reflet de la société américaine industrielle et guerrière – suscitant à la fois fascination et regard critique... Un moment important et amusant est celui où il est question de l'appareil appelé par Osterberg le « Jim–a–Phone », lui permettant de transformer sa voix, et du morceau Asthma Attack (1969)...

 

 

Jarmusch et Iggy n'en parlent pas, mais ce dernier souffrait d'asthme quand il était jeune. Asthma Attack provient d'une improvisation psychédélique datant de l'époque où les Stooges n'avaient pas encore de morceaux... On pense au chant d'un Kim Fowley, d'un Screamin' Jay Hawkins, et l'on y entend déjà le futur titre Fun House.

 

 

 

Sont également notables – quoique malheureusement un peu rares – les remarques d'ordres esthétique et technique faites par Iggy sur le rythme, sur les sons de guitare – présence ou absence de riffs, selon les albums –, sur le travail de Ron Asheton et James Williamson en terme d'occupation de l'espace et du temps, sur le positionnement de la voix par rapport au jeu de ces guitaristes...

… Et sur le principe fondamental, majeur, de la philosophie de l'auteur de Funtime : le Dionysiaque.

___

Pour une connaissance un peu plus approfondie du parcours de James/Jim Osterberg avec les Stooges, ou en solo, on se reportera au livre de Joe Ambrose : Gimme Danger – The Story Of Iggy Pop, London, Omnibus Press, 2002 (publié dans une traduction française aux Éditions du Camion Blanc, en 2008). Ou à l'autobiographie écrite par Iggy Pop avec Anne Wehrer : I Need More, New York, Barnes & Noble, 2002 (publiée dans une traduction française aux Éditions Les Belles Lettres, en 1993)..
 

A lire également sur Nonfiction :

Collectif, Rock Critics, les routards du rock, par Sophie Rosemont

John Cale, What's Welsh For Zen ? Une autobiographie de John Cale, par Johana Galis

Bruno Blum, Lou Reed, electronic dandy, par Sophie Rosemont

 

 

Enrique SEKNADJE

2 commentaires

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Michelle D.

05/02/17 09:52
Enrique quel magnifique article ! Enorme merci à toi pour ce partage de documents..
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Anonyme

04/02/17 19:26
Merci pour ce superbe article.

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