Psychologie

Le métier de psychanalyste

Couverture ouvrage

Roland Chemama Christiane Lacte-Destribats Bernard Vandermersch
Erès , 189 pages

La psychanalyse : un métier impossible ?
[vendredi 27 mai 2016]


Un ouvrage à six mains pour exposer les conceptions théoriques qui orientent la pratique de trois psychanalystes lacaniens.

Cet article est également disponible en version audio. Le livre dont il traite est l'objet d'une seconde recension complémentaire.

 

Le métier de psychanalyste est un livre écrit par trois psychanalystes - Roland Chemama, Bernard Vandermersch et Christiane Lacôte-Destribats - tous trois liés à l’Association Lacanienne Internationale, qui se veut à la fois un débat depuis la conception que chacun a de sa pratique, ceci à travers la notion de « métier », et, à partir de ce débat, « un apport aux questions qui se posent actuellement aux psychanalystes » .

L’enjeu est donc d’une certaine manière extrêmement large (partir de la question du métier pour tenter de décrire ce que l’on fait concrètement quand on se présente et travaille comme psychanalyste) mais aussi circonscrit (aborder les débats et les questions actuelles qui se posent aux praticiens contemporains de la psychanalyse). Malgré un effort réel pour rendre compte de leur pratique et des questionnements que la clinique suscite chez eux, nous verrons que cette tension au niveau de l’enjeu du livre se reporte sur la question de l’adresse, et finit par poser quelques soucis au fil de l’ouvrage.

Le livre publié chez Erès dans la collection Humus dirigée par le psychanalyste Jean-Pierre Lebrun se divise ainsi en trois parties : « La psychanalyse en questions », « Les temps de la cure » et « L’analyste en question », qui se subdivisent elles-mêmes en vingt-huit courts chapitres, où alternent les auteurs. Ces derniers reprennent parfois le propos d’un autre pour mieux relancer leurs interrogations ou préciser leur propre point de vue, le tout restant finalement très (trop) homogène. Deux des auteurs ont été présidents de l’Association Lacanienne Internationale, et le troisième de l’Association Freudienne Internationale, le nom précédent de l’A.L.I. C’est en effet une des déceptions de l’ouvrage que de ne pas proposer de véritable confrontation interne au champ lacanien, ou externe à ce dernier. J’y reviendrai plus loin à partir de la question de l’adresse.


« La psychanalyse en questions »


La première partie débute comme une contribution à un débat qui ne cesse en effet de faire couler beaucoup d’encre dans les médias depuis maintenant un certain nombre d’années, celui de statuer sur le sort de la psychanalyse : est-elle morte, dépassée, ou bien peut-elle encore apporter quelque chose aux souffrances contemporaines ? L’année 2005, année de parution du Livre noir de la psychanalyse, avait représenté une étape importante dans ces hostilités médiatiques en France. Le débat rebondit régulièrement comme par exemple lors de la sortie en 2010 du livre de Michel Onfray sur Freud, Le crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne  .

À partir d’une reprise de la définition de Freud de sa propre invention   les auteurs abordent à la fois la situation actuelle de la psychanalyse dans le paysage culturel et plus particulièrement thérapeutique, à partir de l’histoire du mouvement psychanalytique et des positions de Freud, et l’assise ou la position que pourrait maintenir aujourd’hui un psychanalyste. Autrement dit, comment maintenir une référence à Freud face aux attaques actuelles envers la psychanalyse sans sombrer ni dans la paranoïa à l’œuvre dans certains milieux associatifs psychanalytiques, c’est-à-dire en acceptant de réinterroger la discipline en la mettant véritablement au travail  , ni dans l’abandon de ce qui constituerait le socle ou les fondamentaux de la pratique. Mais dans ce cas, quel serait ce socle fondamental et les psychanalystes contemporains pourraient-ils même se mettre d’accord sur un tel socle ?

Il me semble en effet que chaque praticien rencontre à un moment ou à un autre cette tension qui a traversé le mouvement psychanalytique de façon parfois explosive, engendrant dissensions, exclusions, recompositions. Les coordonnées de ce débat changent au fil de l’histoire, car elles sont liées à l’inscription sociale, politique et thérapeutique de la psychanalyse, c’est à dire finalement à sa place dans la culture.

Le chapitre de Roland Chemama « Une forteresse assiégée » restitue à cet égard très bien la situation héritée du désir de Freud qui fut justement de « protéger cette ‘‘jeune science’’ contre les attaques qu’elle pouvait susciter de l’extérieur, mais aussi contre les déviations qu’il craignait de voir apparaître à l’intérieur de son propre groupe » . Roland Chemama rappelle donc que Freud fut alors préoccupé par le fait de « se trouver un successeur », et de créer des institutions à même de s’assurer cette protection et de garantir « la bonne pratique ». C’est donc ici que la question épineuse de la transmission de la psychanalyse débute, et se poursuit actuellement. Mais les conditions pour y apporter une réponse ont changé car on ne peut que prendre aujourd’hui la mesure des risques de voir se scléroser la discipline psychanalytique lorsque l’institution est pensée comme l’unique moyen d’assurer une « bonne » transmission. Et un des grands mérites de Lacan fut précisément de ne pas laisser cette seule réponse institutionnelle s’installer dans le champ analytique, et de mettre l’accent sur le désir de l’analyste et sa responsabilité. Les auteurs du livre développeront ainsi ces aspects dans la troisième partie, centrée sur le psychanalyste.

A la fin de sa vie, Lacan finit cependant par être circonspect sur le caractère transmissible de la psychanalyse et aboutit à cette injonction faite à chaque psychanalyste de devoir réinventer la psychanalyse .

Face à ce qui pourrait apparaître tout à la fois comme une invitation à l’invention et un lourd fardeau, le psychanalyste Pierre-Henri Castel propose par exemple une autre voie avec la notion de transformation empruntée à Bion. Mais toujours est-il qu’il semble logique que cette question de la transmission, si elle ne se résout pas uniquement via l’institution, finisse par se formuler par l’interrogation proposée par Bernard Vandermersch dans le chapitre intitulé « Un psychanalyste peut-il s’assurer qu’il pratique effectivement la psychanalyse ? » . Et que les difficultés s’y retrouvent, quoique formulées différemment. On pourrait dire de façon schématique que si les premiers psychanalystes étaient (ré)assurés de leur pratique verticalement (par le maître Freud, ou l’institution naissante), l’exclusion de Lacan de l’I.P.A. ainsi que sa pratique théorique et clinique imposèrent de reprendre la question horizontalement. C’est-à-dire que chaque psychanalyste soit conduit à s’interroger sur son rapport aux certitudes dont il s’assure.

Enfin, Bernard Vandermersch parle dans ce chapitre d’« impuretés » de l’exercice de la psychanalyse , particulièrement dans le travail avec la psychose où l’analyste peut être amené à s’impliquer par exemple dans la prescription de médicaments ou l’hospitalisation de ses patients. L’impureté fait a priori référence à la célèbre phrase de Freud portant sur « l’or pur » de la psychanalyse : je cite : « Tout porte aussi à croire que, vu l’application massive de notre thérapeutique, nous serons obligés de mêler à l’or pur de l’analyse une quantité considérable du plomb  de la suggestion directe » . Mais ces impuretés ne pourraient-elles pas être également des pistes pour la réinvention ou les transformations de la pratique et de la théorie tant discutées chez les psychanalystes contemporains ?

Les avatars de cette interrogation sur la transmission de la psychanalyse et de la possibilité de poser des critères quant à ce qui est psychanalytique ou non seront le fil rouge des chapitres ultérieurs de cette première partie, qui l’aborderont notamment via la technique. Bernard Vandermersch propose à ce sujet l’idée intéressante que finalement la technique serait la seule possibilité de faire communauté chez les analystes . Cela aboutit à questionner radicalement la possibilité de parler de LA psychanalyse, c’est-à-dire de croire à une unité du mouvement analytique. Ce qui frappe actuellement ce dernier, c’est en effet le peu de dialogue entre ces différentes communautés. Seront ensuite abordés la notion de style chère à Lacan ou encore les effets de la rencontre avec l’homme ou la femme désirant derrière la fonction et engageant sa responsabilité dans la direction de la cure. Cette première partie aborde donc des questions tout à fait passionnantes, même si certains développements restent frustrants tant ils demanderaient à être prolongés.

 

« Les temps de la cure »

 

La seconde partie se centre sur des interrogations concernant plus spécifiquement le cadre d’une psychanalyse, ce qui en constitue les débuts et les fins (dans le sens à la fois de sa finalité et des effets de son dénouement). Le premier chapitre débute justement sur… « Comment débute une analyse ? ». Tout comme le mouvement de la première partie, les indications freudiennes servent de point de départ pour inclure ensuite les apports de Lacan.

A propos des questions d’analysabilité  abordées à la fin de ce premier chapitre, j'ajouterai que d’un point de vue historique, ce ne sont pas seulement les apports de Lacan, qui ont permis de réduire le « champ de l’inanalysable » : l’école kleinienne et les bioniens ont également beaucoup œuvré pour travailler de plus en plus avec les enfants et la psychose.

La question très débattue de « la clinique contemporaine » est ensuite abordée à travers des interrogations sur le début des cures dans le chapitre « Y-a-t-il une spécificité des débuts de cure aujourd’hui ? ». Et à ce sujet, je me suis demandé si les élaborations de ce chapitre ne faisaient pas l’impasse sur le travail des psychanalystes en institutions par exemple de type CMP ou CMPP. Les difficultés exposées  ne proviendraient-elles pas principalement du modèle des cures en pratique libérale ?

Après la question des commencements, c’est celle, plus technique, de l’interprétation, qui forme finalement le cœur de cette seconde partie. L’interprétation invite en effet à parler de la technique d’une façon plus concrète, car c’est finalement la pierre de touche de la pratique, du « métier analytique ». Même si différents types d’interventions sont abordés, champ lacanien oblige, la notion d’équivoque  est centrale dans ce chapitre, et c’est elle qui est la plus développée pour parler d’une interprétation qui viserait le hors-sens, qui serait en mesure de surmonter l’obstacle du possible interminable dévoilement du sens au cœur de la demande transférentielle.

Du fait de la référence lacanienne, la fin de la cure est abordée par le biais du fantasme, à travers « la doxa lacanienne » de la traversée du fantasme, comme l’écrit Roland Chemama lui-même . Celle-ci consiste, consistant « au-delà de l’objet qui en diverses places cause le désir, [à repérer] la castration que cet objet recouvre ». La fin de la cure est également abordée par un autre biais tout à fait intéressant car peu exploré me semble-t-il, celui du destin de la croyance.

 

« L’analyste en question »

 

C’est donc naturellement que la dernière partie du livre s’attache à déplier ce qu’il en est cette fois du côté du psychanalyste, sur le sujet de sa responsabilité, de son engagement, de ses croyances ou certitudes, de ce qu’il a à « supporter » ou à « endurer » lorsqu’il pratique, ou encore des conditions pour « entrer dans ce métier ». L’analyse d’enfants y est également abordée dans un chapitre, notamment sous les auspices de la jouissance de l’analyste et de son positionnement quant à l’hypothèse d’un sujet de la parole chez l’enfant face à la valeur phallique de ce dernier. C’est la partie qui m’a semblé la plus vivante, la notion de sujet appelant certainement les auteurs à parler en leur nom, à partir de ce qui les convoque intimement dans leur pratique. A ce propos, je retiendrai de cette partie, deux chapitres.

Le premier est écrit par Bernard Vandermersch, il s’intitule : « Et le psychanalyste, lui, que croit-il ? Sur quoi se fonde sa certitude ? » Il explique la nécessité structurale de convoquer des références et le nom des fondateurs devant l’incomplétude de tout système formel. J’ai évoqué le fait que le destin de la croyance du côté du patient était abordé à la fin de la seconde partie. Le psychanalyste Serge André, en reprenant ce que Lacan avait déjà avancé sur le « y croire » comme définition même du symptôme névrotique dans son séminaire Réel, Symbolique, Imaginaire, avait également interrogé la question de la croyance cette fois du côté du psychanalyste. En effet, comment le psychanalyste soutiendrait-il sa propre croyance en sa pratique si la psychanalyse se donnait comme fin « d’entamer la croyance du sujet au sens et son attachement à la jouissance qui y est afférente »  ? Comment donc alors « rester » psychanalyste face au « paradoxe d’une pratique qui se justifie de dissoudre son propre soutien »  ? Bernard Vandermersch est ainsi proche du questionnement de Serge André sur ce paradoxe de la croyance, en tant qu’il s’interroge aussi sur le soutien du désir côté psychanalyste : « Y a-t-il un désir qu’on puisse soutenir sans quelque certitude, et y a-t-il quelque certitude qui se passerait de la certitude de celui sur qui je transfère ? » , autrement dit, qui se passerait de la référence au nom du ou des fondateurs. Ce chapitre me semble donc particulièrement important dans la réflexion et surtout la discussion que l’on pourrait mener sur la position des psychanalystes, de quelque formation qu’ils soient, face à leur théorie.

Enfin le chapitre « A quoi bon gémir » écrit par Christiane Lacôte-Destribats vient clore cette troisième partie en replaçant la psychanalyse dans la culture contemporaine par rapport à certains reproches qu’on lui adresse. Il a retenu mon attention du fait d’un ton plus personnel, et de son adresse portée cette fois plus nettement vers des lecteurs non-familiers de la psychanalyse.

 

La forme et le style

 

Comme nous l’avons déjà dit, le livre se constitue de l’intrication de trois voix. Globalement cet entrelacement est tout à fait réussi, même s’il peut parfois limiter le propos et l’approfondissement de l’élaboration. Il est à noter que le style de Roland Chemama m’est apparu peut-être plus « adéquat » à des lecteurs non-familiers de Lacan, en exposant certains points techniques ou théoriques sans nécessairement en passer par les concepts, voire les mathèmes lacaniens.

Ce qui m’amène à un problème qui a surgit à la fin de ma lecture, lorsque j’ai refermé le livre. Je regrettais plus haut la trop grande homogénéité de l’ensemble. En effet, par rapport à l’enjeu du sujet traité (à savoir partir du métier pour décrire concrètement le travail du psychanalyste et dans le même temps aborder les questions actuelles des cliniciens) il reste le sentiment que les auteurs, dans leur connaissance très approfondie de l’œuvre de Lacan, ont parfaitement réussi à faire tourner « la machine conceptuelle lacanienne » avec le risque de provoquer une lecture un peu « mécanique ». Je force bien entendu le traits, car on trouvera dans l’ouvrage des contre-exemples : le passage tout à fait intéressant sur le rapport de l’analyste au savoir où Bernard Vandermersch raconte son désarroi face à une intervention de son analyste . Ce dernier lui avait parlé du différend entre Lacan et la SPP quant à la position de l’analyste censé choisir entre « analyser dans le transfert » ou bien « analyser le transfert ». L’intervention avait au contraire accentué la difficulté de Bernard Vandermersch à s’approprier une question technique. On se demande d’ailleurs si cette intervention n’invitait pas plutôt l’analyste débutant à prendre parti dans le conflit qui opposait à l’époque Lacan et la SPP, au lieu de favoriser sa confiance dans l’élaboration de son propre style technique ? Et l’on mesure là combien les conflits hérités entre les écoles pèsent sur la formation des psychanalystes.

 

La question de l’adresse

 

Si le titre m’a personnellement interpellé, et porté à lire l’ouvrage, son choix engagerait par lui-même assurément un débat. Pour trois auteurs qui s’inscrivent résolument dans le sillage de Lacan, partir de cette expression de métier était pour le moins intrigant. Si Freud a en effet pu écrire que la psychanalyse était un métier impossible au même titre que l’art d’éduquer et de gouverner, Lacan n’a cessé d’insister sur un autre terme, à savoir celui de fonction, tant dans sa pratique théorique (fonction de la parole, du signifiant, fonction paternelle, phallique, etc.) que dans sa pratique clinique, préférant dire par exemple qu’il fonctionnait tel ou tel jour, plutôt que de dire qu’il travaillait ou exerçait. Christiane Lacôte-Destribats s’en explique rapidement au chapitre 3 en croisant le fait que Lacan a abandonné à la fin de sa vie l’idée de faire de la psychanalyse une science, en insistant plutôt sur le savoir-faire et la position de l’artisan qui se doit d’impliquer son corps dans l’exercice de son art. Plus globalement, à travers l’usage de ce mot, les auteurs ont eu l’ambition de rendre compte de « la pratique analytique, dans ce qu’elle a de plus quotidien » , d’une façon qui se dégagerait d’une position de surplomb, de gardien d’un savoir ésotérique, donc finalement d’essayer de rendre la psychanalyse plus accessible au grand public. Mais je regrette qu’ils n’aient finalement pas véritablement davantage développé ou problématisé l’usage de ce terme de métier.

Mais précisément, et c’est là ma critique la plus importante, la question de l’adresse du livre m’a interrogé. Dès l’introduction, la perspective de l’ouvrage est annoncée. « Le questionnement que nous proposons ici n’est pas métapsychanalytique. Il ne s’agit pas d’adopter une position de surplomb qui nous ferait théoriser, de l’extérieur, ce qu’est notre pratique. »  Et en effet, on ne trouvera aucune trace, comme dans le livre de Samuel Lézé L’autorité des psychanalystes  , d’interrogation extérieure au champ de la pratique psychanalytique, sur la position du psychanalyste dans la cité par exemple, mis à part quelques propos sur les liens entre la psychiatrie et la psychanalyse. Ainsi, si l’adresse était le grand public (et plusieurs passages montrent a priori que « le grand public »  ou « le lecteur qui n’a aucune idée des mécanismes de la cure »  semblent visés), il me semble qu’il eut fallu tenter d’écrire en n’usant pas avec autant d’abondance des concepts lacaniens. Ce à quoi le terme de métier aurait donc d’ailleurs plutôt invité. Or sur ce point, on peut avoir l’impression qu’une non-familiarisation avec Lacan pourrait dérouter l’honnête homme. Le concept de jouissance par exemple est régulièrement convoqué dans certaines élaborations, mais il n’est pas véritablement explicité.

Mais si l’ouvrage est adressé au psychanalyste, ce dernier pourra cependant avoir l’impression de rester sur sa faim quant aux questions concrètes que lui pose sa pratique quotidienne, particulièrement dans le sens où aurait pu être un peu plus explorée la façon dont les psychanalystes, dans leur rapport à la théorie, peuvent être désarçonnés, bousculés, dérangés par la clinique quotidienne contemporaine. Les chapitres de la troisième partie « L’analyste en question » ne manquent cependant pas d’introduire à ces questions – encore une fois avec une mention spéciale pour Roland Chemama qui laisse transparaître un peu plus que les autres ses propres embarras et questions en en parlant plus simplement. Mais l’ensemble laisse trop l’impression d’avoir très (trop) bien exposé les rouages du dispositif conceptuel de Lacan en ne laissant plus assez de place à la façon dont, en pratique, la clinique ne cesse d’interroger la théorie du chercheur en psychanalyse. Ainsi les auteurs ont fait le choix de prendre pour point de départ de leur ouvrage la théorie dont ils se servent et à partir de laquelle ils s’orientent. Ils exposent ainsi parfaitement les apports de Lacan aux questions cliniques qu’ils se posent, mais au risque au fil des pages d’une sorte de lissage des aspérités créatrices qu’auraient été des questions plus subjectives, leurs difficultés, la façon dont ils ont pu constituer justement leur propre savoir-faire, ou encore l’engagement de leur corps dans leur théorisation, puisque précisément comme l’écrit Christiane Lacôte-Destribats le changement de perspective chez Lacan concernant la psychanalyse, passant de la science au savoir-faire artisanal, impliquait cet engagement corporel, à travers le maniement des nœuds borroméens . Et le peu de place au récit clinique contribue également à cette impression.

Enfin toujours sur cette question de l’adresse, on pourra regretter de ne pas trouver de dialogue ou de confrontation avec d’autres pratiques psychanalytiques et conclure ironiquement que cette tentative de parler depuis Freud et surtout Lacan aurait pu s’appeler Le métier de psychanalyste lacanien, même si l’on peut tout à fait entendre que les auteurs n’aient pas souhaité parler d’autre chose précisément que de la façon dont ils travaillent eux-mêmes. Au risque de faire un peu l’impasse sur les apports des autres écoles, par rapport au champ de l’analysabilité par exemple, comme je l’ai relevé plus haut. On pourra alors prendre l’ouvrage comme une bonne introduction, une invitation à débattre et discuter, adressée aux praticiens issus d’autres écoles ou courants.

 

A lire également sur nonfiction.fr :

Une autre recension de Le métier de psychanalyste, par Sabine Cornudet

 

 

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