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Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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[mercredi 19 mars 2008 - 10:00]
Gestion-Management
Couverture ouvrage
Les managers et leurs discours. Anthropologie de la rhétorique managériale
Anne Both
Éditeur : Presses universitaires de Bordeaux (PUB)
346 pages / 25,65 € sur
Résumé :Le regard sans concession d’une anthropologue sur le discours des managers.
L’ouvrage d’Anne Both, Les managers et leur discours  porte un regard extrêmement critique sur le discours des managers. L’auteur, docteur en anthropologie, étudie l’ensemble des formes de communication, aussi bien orales qu’écrites, utilisées par les managers dans le cadre de leurs activités professionnelles.

Pour les besoins de cette étude, Anne Both a occupé le poste de secrétaire de rédaction  dans une agence de communication spécialisée dans la rédaction de journaux internes pour les entreprises.

Cet emploi est un poste d’observation privilégié pour réaliser l’étude. En effet, en tant que salariée, elle est exposée aux discours de ses propres managers. Elle assiste aux réunions animées par la direction et aux séminaires internes à l’entreprise.

Occuper ce poste donne à l’auteur un regard avisé sur une autre forme de ce discours managérial : les journaux internes des entreprises. Une partie entière de l’ouvrage est consacrée à la mise en place d’un journal interne : du recueil des souhaits de la direction jusqu’à la dernière validation.

En profitant de cette double exposition au discours tout d’abord en tant que salariée puis en tant qu’anthropologue, cette étude lui permet de dresser un constat sans appel de la parole du manager. Celle-ci serait stéréotypée, pompeuse, creuse et difficilement compréhensible pour les personnes à qui elle s’adresse. De nombreux exemples démontrent le fossé existant entre un directeur général qui utilise des termes propres au discours managérial et des salariés qui ne comprennent pas ces mots ou idées.

Ce constat est violent, surtout à une époque où tout manager se doit de communiquer efficacement devant ses équipes,  ses actionnaires, ses investisseurs, ses clients. Et ce, parfois dans une même journée.

Une partie de l’ouvrage est consacrée aux différentes sources possibles de ce discours managérial. Cette partie dresse un portrait sévère de la littérature managériale, des consultants intervenant dans les entreprises et des normes de certification internationales (ISO). Selon Anne Both, ceux-ci contribueraient à la création et à la diffusion au sein des entreprises de ce jargon difficilement compréhensible par les salariés.

On regrette que l’auteur ait omis de considérer la formation initiale des managers comme source de création et de diffusion de la parole managériale. Des exemples d’incompréhension exposés dans l’ouvrage  sont détaillés dans les programmes des écoles de commerce ou d’ingénieurs. Ceci est d’autant plus vrai que les écoles et les entreprises sont de plus en plus liées   ce qui contribue à répandre ce discours dans les écoles puis dans les entreprises.

Point positif, cet ouvrage rompt singulièrement avec la littérature managériale qu’il dénigre. Ce n’est pas un manuel du bon communicant. Les exemples sont précis, l’analyse est juste, les positions sont tranchées et les qualités littéraires sont indéniables.

A la lecture de cette étude, le manager ne restera pas insensible, il s’obligera à repenser son discours en fonction de la personne de qui il souhaite être compris. Reste à savoir si, comme le pense l’auteur, le fait d’être incompris n’est pas une forme de supériorité que le manager cultive volontairement.


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Crédit photo : MikeSchinkel / Flickr.com
Titre du livre : Les managers et leurs discours. Anthropologie de la rhétorique managériale
Auteur : Anne Both
Éditeur : Presses universitaires de Bordeaux (PUB)
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3 commentaires

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Pierre

22/03/08 19:59
Je ne partage pas votre analyse dans la mesure où il me semble que c'est la première fois que grâce à ce livre, on sait ce qui se passe de l'intérieur, cad comment ce discours est, dans la réalité, perçu par les salariés. Je ne suis pas un spécialiste, loin de-là, mais je crois que c'est assez rare. La vérité dérange-t-elle ?
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festival

22/03/08 12:28
D'accord dans une large mesure avec Obeaunay, cela fait partie de la littérature que j'appelle de dénigration plutôt que d'analyse, sans doute parce qu'elle se vend mieux. Tous les métiers ont leurs travers et leurs langages, même le sien, plutôt que de généraliser à partir d'exemples et de l'expérience d'une seule agencee, ce qui serait bien plus intéressant il me semble serait d'analyser l'évolution des contenus des discours managériaux qui épousent le temps les tendances et les modes, là non plus, les managers qui sont aussi des êtres humains et des citoyens du monde, comme tout le monde, 027n'échappent pas à la tendance, comme l'auteur à celui de la dénigration souvent non constructive, dommage....
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obeaunay

22/03/08 00:12
Bien sur, il y a des caricatures en matiere de communication manageriale, mais il y a aussi de bons exemples (ils existent, je les ai rencontres...) qui, naturellement, s'alimentent davantage de pratiques de terrain que de standards academiques. Par ailleurs, la critique de la communication manageriale par les sciences sociales est a mon avis un exercice assez facile, voire convenu ; on a cependant davantage besoin en entreprise d'approches moins manichéennes qui contribuent davantage à faire évoluer les pratiques (cf Crozier pour le secteur public). Les exemples dans ce domaine sont à la fois plus rares et plus productifs, dommage ! Concernant enfin les decalages de niveau de language, ils sont le plus souvent l'apanage des mauvais managers : les bons savent se faire comprendre de tous, sans sombrer non plus dans une demogagie tres dans l'air du temps qui voudrait nier l'effort necessaire pour que chacun elargisse sa comprehension d'une strategie industrielle ou d'un environnement economique. Bref, un livre "facile", mais est-ce un livre utile ?

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