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Alain Badiou : séductions du philosophe
[mercredi 02 mars 2016 - 14:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Notre mal vient de plus loin: Penser les tueries du 13 novembre
Éditeur : Fayard
72 pages / 5.00 € sur
Résumé : « Rien de ce que font les hommes n'est inintelligible » déclare Badiou. Mais son discours augmente-t-il réellement l'intelligibilité ?

Ce bref essai  qu’Alain Badiou consacre aux tueries du 13 novembre, commence par une injonction à se méfier des affects qui peuvent aboutir à un cycle d’atrocités  –  car bien que l'émotion soit juste, s'y adonner sans frein est dangereux. En effet, cette dérive des affects se métamorphosant en désir de vengeance rend impossible l’exercice de la justice, comme le soulignait déjà Hegel . Mais Badiou ne cite pas Hegel. Peut-être parce que ce texte lui est fondamentalement opposé. Hegel c’est aussi la question du sens – signification et direction – de l’histoire. Le 13 novembre relève pour Badiou non pas d’un ensemble de lois orientant l’histoire, ni d’une ruse, mais d’un événement.

Ce texte est d’abord prétexte à un retour exemplaire sur la question du sens de l’événement,  . Seul ce dernier en effet fait surgir de la signification dans un temps historique qui a perdu toute orientation. Temps de l’événement qui a une signification, selon Alain Badiou, bien plus complexe que sa réduction à un acte terroriste qu’il se refuse de nommer « attentat » lui préférant celui de « massacre » .

Dans un article rendant compte de son intervention au Séminaire « Marx au XXIe siècle »,  Quentin Meillassoux  écrit : « La seconde tâche du philosophe, qui est aussi la plus spécifique, consiste alors, puisque délesté de l’obligation de penser l’être (c’est le travail du mathématicien) à penser ce qui s’en excepte, soit l’événement – ce qui arrive et non ce qui est. L’événement s’excepte de l’être non en ce qu’il ne serait pas un multiple, mais en ce que sa multiplicité est ontologiquement proscrite, c’est-à-dire mathématiquement rejetée, du moins dans l’axiomatique standard des ensembles » 

 

La béance tragique

C’est l’essence du tragique, continue Badiou, que de jouer avec la vengeance – ce que met en scène l’Orestie d’Eschyle. La vengeance est particulière, à la différence de la justice qui se donne dans son universalité. Le ton du philosophe prend alors les accents du conte pour en parler : « il y a bien longtemps », répète-t-il, c’était ainsi. Le conte se perd dans la nuit des temps, faisant de la vengeance une relique archaïque, principe obscur mais originel de la justice. Il faut penser cette violence, rajoute-t-il, ne pas se laisser embarquer par l’immédiateté de ses affects. Il faut penser la tragédie qui vient de se dérouler. Penser à partir des affects du théâtre. Redoubler en quelque sorte les affects vécus par ceux du théâtre, beaucoup moins immédiats, puisque mis en scène. Cette théâtralisation de l’affect, sous-entendue ici, on aurait aimé qu’Alain Badiou la justifie. Il la pose plutôt comme un axiome, à la limite – mais est-ce vraiment une limite ? – de la dogmatique. Glissement de la raison philosophique au récit de la tragédie,  ton de l’affect qui prend à rebours celui de l’opinion, tout en lui donnant forme…Dans un même temps, la tragédie est béance fondatrice d’une situation. Elle nous met au bord du vide. 

 

L’événement

« L’événement n’est nullement déraciné. Dans sa texture (les multiplicités qui le composent) comme dans ses effets (le type de transcendantal qu’il dérègle), il est entièrement assignable à un monde singulier. La notion d’Histoire porte sur un tout autre point. Elle prétend totaliser les situations dans une vision d’ensemble telle que la politique aurait à s’y inscrire, voire même à en dériver. C’est de cette totalisation que je déclare l’inexistence, et pas du tout des mondes réels et de leurs lois ». C’est ainsi qu’Alain Badiou définissait l’événement lors d’une interview à Contretemps (n° 15, février 2006) 

Dans un élan antiaméricain, rejoignant là encore l’opinion, il fait référence aux propos d’Obama, en lui reprochant son penchant pro-occidental. Qui ne pourrait-être d’accord avec cette condamnation morale de l’ethnocentrisme qui nous fait oublier les massacres de masse dans les autres parties du monde ? Il faut perdre cette habitude de privilégier les morts européens sur les morts des parties du monde non occidentales. Il faut rompre aussi avec une manière de raconter, celle qui débouche sur un moralisme impuissant et partisan – non du vrai, mais de la plainte. Pis, comme le montre ici l’exemple d’Obama, la morale se transforme en division des hommes, comme s'il y avait des parties de l'humanité plus humaines que d'autres…il faut trouver le discours juste. Là encore ce jeu de l’évidence ne peut que séduire.

Après une mise à distance de l'idée de la raison à l’œuvre dans l’histoire, une dénonciation nietzschéenne du moralisme ethnocentriste impuissant, Alain Badiou rejoint enfin Marx – à distinguer du marxisme –  en mettant à jour les mécanismes de l’exploitation et de l’aliénation. La rationalité économique est mécanique, sans morale, et aveugle, comme toute rationalité technique, orientée seulement vers l’efficacité de son faire. Pour justifier sa propre idéologie, elle crée des idéologies, comme celle qui consiste à faire croire à la responsabilité de l’Islam ou encore à s’appuyer sur le moralisme. Il y a selon Badiou un danger porté par la  rationalité, au même titre que les affects lorsqu’ils ne sont pas contrôlés. « L’intervention interprétative » d’Alain Badiou – comme il le dit dans cette même interview – cherche à comprendre le sens de cette « nouveauté » : « Le sujet se transforme, non parce qu’il voit ce qu’il y a (tout le monde le voit !), mais parce qu’il expérimente qu’il pourrait y avoir autre chose. C’est ce qu’il n’y a pas qui est important. L’apparition de ce qu’il n’y a pas, voilà l’origine de toute vraie puissance subjective ! Or ceci, qui ne requiert aucun surnaturel, a été nommé dans le contexte religieux "miracle", "grâce", etc. L’utilisation de ce lexique change agréablement du lexique militaire fatigué, celui des "offensives", des "rapports de force", des "camps", des "combats" et ainsi de suite. Dans tous les cas, ce sont des métaphores. Les miennes sont plus articulées aux zones conceptuelles qui m’intéressent, et qui touchent à une seule question : qu’est-ce que le surgissement d’une nouveauté ? ». 

 

L’esprit du capitalisme : la démesure

Le capitalisme est plus qu’un modèle économique. C’est un modèle de vie détruisant aussi la capacité des hommes à penser. Penser les causes du 13 novembre 2015 c’est d’abord penser ce système idéologique qui en est à la source. Dérégulé, il est pratique violente et destructrice des échanges humains. Plus précisément, d’un point de vue objectif, la mondialisation a pour conséquence la disparition de tout contrôle de l’État. L'entreprise Total a son siège à Paris, mais ne paie pas d'impôt sur les sociétés… est-elle encore française ? La fusion de la Fnac et Darty c’est le mariage grotesque du livre et du frigidaire. De façon plus pernicieuse, le fatalisme porté par l’idée qu’aucun autre chemin que celui-là n’est possible, fatalisme propre à toute tragédie, se déployant du fait d’une mondialisation se faisant passer pour un universel, mène à un repli nostalgique sur des valeurs renvoyant à l’après-guerre, en l’occurrence au Conseil National de la Résistance. L’expansion du modèle capitaliste produit l’abandon d’une résistance actuelle, d’une imagination créatrice, un repli impuissant sur le passé et développe des peurs irrationnelles. Ainsi a-t-on fait disparaître le souci d’un bien commun, déraciné aussi cette révolte portée pendant longtemps par un parti communiste aujourd’hui malade que Badiou dit ne pas avoir honte encore de nommer.

 

Le « zonage »

À cette démesure s’oppose un État affaibli, quelle que soit sa taille. Les États sont devenus ce que Marx pensait déjà d’eux, à savoir « les fondés de pouvoir du capital » , traversés par une puissance capitalistique qui les dépasse et en est totalement indépendante. Cela aboutit à une nouvelle forme d’impérialisme : on ne se partage plus les continents comme le faisait le colonialisme ancien, mais on laisse proliférer les zones franches, comme c’est le cas pour Daech. Au lieu de corrompre les États on les laisse se détruire. Ces lieux d’anarchie, Alain Badiou les appelle « zonage » 

 

Première conséquence : renforcement des inégalités

Le mot démocratie n’a plus guère de sens. Badiou lui substitue celui d’oligarchie, au vu du progrès des inégalités. Cette oligarchie est le reflet de la noblesse d’Ancien Régime. Elle représente 10% de la population. La masse démunie, 50%, et la classe moyenne 40% . Or c’est cette classe moyenne qui est le pilier de la démocratie. Soucieuse de son confort, et ayant pour but de participer aux ressources mondiales, cette classe sociale est poreuse à tout discours qui stigmatise les démunis : racisme, ethnocentrisme, mépris. Les discours autour des valeurs à défendre s’adressent à elle et signifient : défendons nos valeurs, c’est-à-dire « le mode de vie occidental de la classe moyenne » . C’est ainsi qu’Alain Badiou fait référence à Pascal Bruckner pour « qui le mode vie occidental n’est pas négociable » et qui déclarait au Figaro le 15 janvier 2015 : « C'est notre civilisation, ouverte, tolérante et libérale que les kamikazes veulent détruire. Trop souvent, hélas, avec la bénédiction de l'ultragauche. »

 

Seconde conséquence : la masse de ceux qui comptent pour rien

Frapper au cœur de Paris c’est frapper ce modèle de civilisation. Si on va encore plus loin, le modèle capitaliste compte pour rien la masse des 50% de démunis. Rien, c’est-à-dire qu’ils ne sont ni salariés, ni consommateurs. Ils sont exclus des relations sociales fondées sur l’argent. Cette logique d’exclusion glisse de ils ne sont rien à ils ne devraient pas exister. Cela explique la montée des craintes face aux migrants. Si on lit Marx, ils sont le produit de la logique de la plus-value, c’est-à-dire d’un emploi conditionné par le profit que peut en tirer l’entreprise : « En achetant la force de travail de l'ouvrier, en la payant à sa valeur, le capitaliste a fait ce que fait tout acheteur : il a acquis le droit de consommer ou d'employer la marchandise achetée. Vous consommez ou employez la force de travail d'un homme en lui donnant de l'ouvrage, tout comme vous consommez ou faites usage d'une machine en la faisant tourner. Puisqu'il paie, à la journée ou à la semaine, la valeur de cette force de travail, le capitaliste s'est assuré le droit d'en user, de la mettre en œuvre pendant toute la journée ou toute la semaine » écrit Marx dans Salaire, prix et plus-value. 

L’originalité de la crise économique commencée en 2008, c’est que –  à la différence de celle de 1929 – l’impasse de l’emploi n’y est plus structurelle, mais définitive. Les raisons sont plurielles : l’impossibilité intrinsèque à la mondialisation de tirer profit de la force de travail disponible, l’impossibilité aussi de baisser le temps de travail. Pourquoi ? Selon Alain Badiou cela est la conséquence des mécanismes de production du profit, car au-delà d’un certain seuil d’emplois, le profit baisse. C’est dans les « zonages » que la situation est la plus visible, la mafia se substituant au droit garanti par l’État. Cela crée des zones de « domination de type gangster » , « un gangstérisme politique de type fasciste ».

 

La religion n’est pas responsable

La mafia a toujours su combiner avec la religion. C’est le cas par exemple de la mafia italienne qui a toujours su se donner un visage ultra catholique . « Avant toutes choses, la nature des bandes armées est d’occuper un terrain de type capitaliste dévasté pour y installer un gangstérisme rentable qui ensuite pourra prendre, pour plaire aux jeunes révoltés, les couleurs spirituelles les plus variées »   conclut à ce sujet Alain Badiou.

 

Où veut en venir Alain Badiou ? Les nouvelles subjectivités induites de ce monde 

Au vocabulaire de la lutte des classes, Alain Badiou oppose celui de subjectivités. Il y en aurait trois, induites de la nouvelle forme du capitalisme, car celui-ci est, selon les mots du philosophe :  « une machine à désorienter les sujets, dès lors qu'ils ne se résignent pas à s'installer simplement dans la vacuité du binôme consommateur - salarié ». La subjectivité occidentale d’abord : celle de ceux qui se partagent les 14% de richesses. Ils sont tout à la fois contents de leur situation tout en craignant dans le même temps de la perdre. Cette peur est  entretenue et orientée vers des boucs émissaires, instituant une sorte de guerre civile permanente. La seconde subjectivité est celle du désir d’Occident, celle des démunis qui contemplent, impuissants, cette société de la consommation. Le refoulement de ce désir donne naissance à la troisième subjectivité, celle nihiliste, qui désire la destruction et la revanche, animée par une pulsion de mort. L'articulation à la langue identitaire ne vient qu'après : il s'agit moins, affirme le philosophe, de radicalisation que de régression. 

Cependant ces trois subjectivités sont isolées, sans lien. 

 

Révélation et élitisme

Cette fragmentation des subjectivités est le résultat d’un refus de l’histoire et de la priorité accordée à l’événement comme surgissement hasardeux de la vérité. La vérité rejoint la révélation. Ainsi, pour S. Žižek, Badiou apparaît comme peut-être « le dernier grand auteur de la tradition française des catholiques dogmatiques depuis Pascal et Malebranche ». Et David Bensaïd écrit aussi : « la révélation religieuse est le paradigme inavoué de la notion de Vérité-Événement ».

Pour le dire  autrement,  Alain Badiou propose une rupture avec la tradition marxiste, du fait de l’échec du communisme et de ce qui en a découlé, ce destin qu’il nomme « fascisme contemporain » et touche la jeunesse, pas nécessairement inculte. Il se pose lui-même dans la figure théâtralisée du penseur qui a compris la Révélation portée par l’événement. Homme de la solitude comme son personnage Ahmed philosophe, comme Mao porteur d’un projet qui s’appela Révolution culturelle.

 

Des alliances inattendues.

« Il ne naît de pensée neuve en politique que dans des alliances inattendues, dans des alliances improbables. Dans des rencontres égalitaires» dit Alain Badiou. Mao parlait de « la vertu égalitaire ». Cette rencontre avec tous les gens dans le monde dont l’existence n’est pas prise en compte, cet « égalitaire » maoïste, Alain Badiou l'a mis en place, aux côtés de Marie José Malis, au théâtre de la Commune, présenté comme théâtre de l’égalité. Il faut être à l’écoute pour que « l’histoire de l’humanité oblique ». D’où le théâtre, dernier lieu de la pensée. D’où cette esthétisation de la solution d’Alain Badiou qui ressemble bien plus à un jeu solitaire, un jeu de l’esprit...Il est venu à Aubervilliers vérifier cette thèse. À son séminaire, les habitants de la ville se comptent sur les doigts de la main. Discours qui charme, mais discours surtout d’une fausse simplicité. Le mal vient de plus loin…oui. Ce texte ne prend sens qu’au sein d’une pensée mise en place il y a quelques dizaines d’années. On ne peut l’appréhender dans sa signification que par ce détour. 

 

Que penser ?

Daniel Bensaïd écrivait à propos d’Alain Badiou : « C’est pourquoi l’événement authentique tient en échec le calcul et la calculation. Il est de l’ordre de la rencontre pure et simple, qu’elle soit amoureuse (la rencontre, le coup de foudre), politique (le soulèvement, la révolution), artistique (la création) ou scientifique (l’invention, la découverte). Son nom interrompt la routine de la situation puisqu’il consiste à "forcer le hasard lorsque le moment est mûr pour l’intervention". Cette évocation de la maturité propice du moment renvoie soudain l’événement à l’historicité qui le détermine et le conditionne. Elle semble contredire l’affirmation selon laquelle, purement irruptif, il ne pourrait être déduit d’une situation. En quoi consiste donc cette maturité des circonstances ? Comment les mesurer ? »

 

C’est tout le problème auquel Badiou ne répond pas. Faute de s’aventurer dans les plis et les épaisseurs de l’histoire, dans les déterminations historiques et sociales de l’événement politique, il semble s’enfoncer dans une politique imaginaire en lévitation, consistant en une succession d’événements inconditionnés et de séquences dont on ne sait plus pourquoi ni comment elles s’épuisent et s’achèvent. L’histoire devient alors proprement miraculeuse, et la politique de l’événement une sorte de révélation.

 

À lire aussi sur nonfiction :

Le terrorisme selon Badiou, par Sophie Burdet

 

 

 

Maryse EMEL
Titre du livre : Notre mal vient de plus loin: Penser les tueries du 13 novembre
Auteur : Alain Badiou
Éditeur : Fayard
Collection : essais
Date de publication : 06/01/16
N° ISBN : 978-2213700991
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4 commentaires

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Lothar

07/03/16 10:51
@Stéphane D.

Et le mea culpa semble loin d'arriver. A en croire Boncenne qui le citait à son ami Leys en 2009, Badiou aurait dit :

« S’agissant de figures comme Robespierre, Saint-Just, Babeuf, Blanqui, Bakounine, Karl Marx, Engels, Lénine, Trotski, Rosa Luxemburg, Staline, Mao Tsé-toung, Chou En-lai, Tito, Enver Hoxha, Che Guevara et quelques autres, il est capital de ne rien céder au contexte de criminalisation et d’anecdotes ébouriffantes dans lesquelles depuis toujours la réaction tente de les enclore et de les annuler ».

À propos de quoi Simon Leys rappelait un proverbe chinois : « Ne prenez jamais la bêtise trop au sérieux », tout en observant l'absence de Pol Pot dans ce panthéon .

Badiou est d’ailleurs fascinant de ce point de vue. Comme dirait l’autre, s’il est bête, il l’est avec méthode, donc plus qu’un autre. Il est parvenu à construire un appareil critique de la modernité, certes très élaboré et sophistiqué, dénotant une érudition toute normalienne, mais qui le conduit à commettre systématiquement les mêmes erreurs d’appréciation depuis au moins un demi-siècle. De ce point de vue, il est à lui seul le meilleur indicateur du désastre à venir : aussi vrai qu’une boussole indique infailliblement le Nord, les sympathies idéologiques de Badiou vous indiquent le prochain visage de la barbarie. Dans le fond, il en deviendrait presque d’utilité publique, rien que pour cette raison ;-)
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Stéphane D.

05/03/16 20:35
N'oublions jamais que ce penseur a soutenu les Khmers rouges dans les années 70 et ne s'est jamais vraiment donné la peine de faire un mea culpa à la hauteur de son atroce erreur.
Qu'aujourd'hui encore il soit prêt à disculper l'idéologie djihadiste pour rejeter de nouveau la faute sur le bouc émissaire habituel de cette fraction de l'extrême-gauche, à savoir le "capitalisme", montre que Badiou est probablement resté au fond de lui-même aussi sectaire et incapable de faire la part des choses que dans les années 70.
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Michel

03/03/16 11:41
Une Révélation, une illumination : Badiou, c'est exactement cela.

Qu'il parle du racisme des 10%, du caractère structurel du chômage comme amoindrissement des coûts, ou des motivations subjectives des terroristes, c'est toujours en ne se fondant que sur une source : sa vision.

L'extase et les dogmes rendent sans doute heureux. Mais quand on bénéficie d'une parole publique, qui peut influencer des lecteurs peu critiques, il serait quand même pas mal de faire preuve d'un peu de réserve et de modestie.

Philosopher ne veut pas dire "parler de tout et n'importe quoi", ni "prêcher". En le faisant, au contraire de ce qu'il affiche, Badiou renforce notre difficulté à comprendre la situation.
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Lucas

03/03/16 01:02
Oui, l'histoire n'à pas de sens. J'en suis bien désolé d'ailleurs. Mais bon..
À relire "l'homme révolté" de Camus.

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