Suivez-nous

FacebookRSS

Critiques artistiques

Psychologie

L'inconscient expliqué à mon petit-fils

Couverture ouvrage

Elisabeth Roudinesco
Seuil , 120 pages

Expliquer l’inconscient
[mercredi 11 novembre 2015]


Un court ouvrage pédagogique pour tracer les contours d’un concept, via les mythes, les tragédies, la littérature et la science.

La collection « Expliqué à… » aborde des grands thèmes sous forme de questions réponses entre un spécialiste et un enfant. On y trouve, par exemple, un « moyen-âge expliqué aux enfants » par Jacques Le Goff ou encore un « univers expliqué à mes petits-enfants » d’Hubert Reeves. Il s’agit de faire œuvre pédagogique à destination des enfants et plus largement des enseignants ou des parents.

Elisabeth Roudinesco, directrice de recherche à Paris 7, qui tient un séminaire à l’Ecole normale supérieure, échange tour à tour avec Gabriel, 13 ans, Lucie, 11 ans, ou encore Karine, 9 ans, soit que l’historienne ait directement échangé avec ces enfants, soit qu’elle les questionne par l’intermédiaire de leurs parents. Ces questions et réponses tracent les contours, non pas de l’histoire de Freud, mais de l’inconscient. Il faut souligner ici la clarté et la beauté de la langue de l’historienne, sa faculté à saisir en quelques formules l’essence du concept d’inconscient tout en le resituant toujours plus largement.

Ce livre sur l’inconscient l’aborde par des images qui dessinent ce concept, par nature insaisissable. Loin de la technicité de la psychanalyse, Elisabeth Roudinesco évoque d’abord les mythes, les dieux grecs, les chamans comme autant de formes de l’inconscient. Car l’inconscient, s’il est universel, se manifeste différemment selon les cultures. La langue d’Elisabeth Roudinesco trace en quelques phrases les distinctions essentielles au travers d’exemples qui font comprendre : « Par exemple, chez nous, on dit : je suis un homme généreux et j’ai porté secours à une femme en difficulté. Chez les peuples premiers, on s’exprimera autrement et on dira : la générosité qui vient de l’homme a porté secours à la difficulté où se trouve la femme. Dans un cas l’inconscient est à l’intérieur du « je » et dans l’autre il est dans la qualité attribuée à la personne » . L’historienne évoque aussi le rôle et la place du psychiatre dans notre modernité occidentale qui, expliquant le fonctionnement du psychisme au travers de classifications, n’a plus besoin d’une référence à une puissance supérieure à l’homme.

L’ouvrage revient sur les formes culturelles d’un objet dont Freud a isolé un sens nouveau en montrant que chacun avait un inconscient, qui s’exprimait dans les choses de la vie quotidienne. Car qui ne fait pas de lapsus ou n’a jamais rêvé ? L’historienne pointe finalement l’inconscient comme ce qui parle à ma place, ce qui m’aliène ; « l’inconscient, c’est quand tu ne décides pas », comme le dit joliment Lucie . L’ouvrage s’ouvre ainsi sur la distinction essentielle entre l’insensé et l’aliéné, séparation qui trace elle-même le régime de la psychiatrie et de la psychologie moderne : « Si le subconscient te donne des ordres, te domine, a une emprise sur toi et te fait agir de façon automatique, cela veut dire que tu es aliéné et non pas insensé » .

L’ouvrage évoque, au travers d’un chassé croisé de questions réponses les rêves, la pensée, le langage ou les animaux qui sont autant d’entrées possibles pour dessiner les contours du concept d’inconscient, autour de questions telles que « faut il avoir peur de l’inconscient », « l’inconscient explique t-il tout ? » ou encore « l’inconscient se cache t il dans le cerveau ? ». Avec des exemples ou un poème de William Wordworth, Elisabeth Roudinesco montre qu’il ne se localise nul part, mais se manifeste, s’exprime sous de multiples formes.

Au final, Elisabeth Roudinesco, s’appuyant sur sa connaissance incomparable de la psychanalyse et de son histoire, revient dans cet ouvrage à une interrogation en forme de questionnement originel sur « qu’est ce que l’inconscient ? » pour en dégager une réponse pédagogique et qui n’est pas hégémonique. Car elle indique bien que l’inconscient n’explique pas tout : « Nous sommes le produit d’une histoire, d’un environnement naturel et social, d’un corps biologique et pas seulement de notre psychisme. Et puis, nous avons aussi la liberté de nous modifier » .

Cette liberté, revendiquée par la psychanalyste, est aussi celle qui est au cœur de l’histoire du combat des Lumières contre la barbarie, l’histoire de la relation universelle de l’homme à l’inconscient. L’auteur termine son ouvrage sur l’évocation de la Guerre des étoiles, véritable saga et tragédie contemporaine qui habite l’imaginaire de plusieurs générations. Elisabeth Roudinesco, également auteur d’une histoire des pervers, évoque cette fameuse scène où le visage de Dark Vador est enfin dévoilé, montrant que l’être humain est toujours habité aussi bien par les forces du bien que du mal.

Cet « inconscient expliqué à mon petit-fils » aura ainsi tracé les contours d’un concept difficile mais dont les mythes, la littérature, les souffrances psychiques, la science et la médecine tout aussi bien que les événements politiques du monde nous rappellent l’impérieuse utilité.
 

Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

Aucun commentaire

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici

A lire aussi dans nos archives...
A propos de Nonfiction.fr

NOTRE PROJET

NOTRE EQUIPE

NOTRE CHARTE

CREATIVE COMMONS

NOUS CONTACTER

NEWSLETTER

FLUX RSS

Nos partenaires
Slate.fr