La phrase

Il y a d'excellentes raisons de combattre l'Occident, il y a d'excellentes raisons de vouloir la fin de cette société, et qui ne se réduisent en rien au fait de vouloir y répandre la terreur. Cazeneuve et les spin doctors de l'antiterrorisme n'y peuvent rien : ce n'est pas en enfermant toujours plus leurs ennemis dans la figure du monstre, ni en multipliant contre eux les procédures judiciaires les plus démentes, que les démocraties occidentales retrouveront leur honneur perdu.

Collectif de Tarnac, Le Monde, 18 juillet

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Où trouver le courage de vivre authentiquement sa vie?
[lundi 14 juillet 2014 - 15:30]
Religion, Spiritualités
Couverture ouvrage
Le courage dêtre
Éditeur : Labor et Fides
220 pages / 15,20 € sur
Résumé : Dans ce livre clair profond, le théologien Paul Tillich nous livre une réflexion sur l’être de l’homme, auquel il accède par l’étude du courage et une relecture de l’histoire de la philosophie, et grâce à laquelle il propose une nouvelle façon de vivre sa vie, en renonçant à d’inexactes images de Dieu au profit d’un " Dieu au-dessus de Dieu ", capable de donner la force de vivre pleinement sa vie.
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Le texte de Tillich est précédé d’une éclairante introduction de B. Hort, qui expose avec précision le plan de la progression de l’ouvrage et l’actualité de ce texte qu’on a rapidement considéré comme un classique de la pensée protestante du XXème siècle.

Dans le premier chapitre, P. Tillich relit l’histoire des conceptions philosophiques du courage, en particulier chez Platon (qui associe le courage au thymos, et à une forme de valeur éthique), Aristote (pour qui l’action courageuse est digne de louanges), Thomas d’Aquin   d’une part, et chez les stoïciens, (" le courage d’être, pour [eux], signifie le courage de s’affirmer en dépit du destin et de la mort " (p.48)), Spinoza  , Nietzsche (" la volonté de puissance est l’affirmation de soi de la volonté comme réalité ultime " (p.57), la vertu est pensée comme une affirmation de soi) d’autre part.

Il distingue des conceptions des trois premiers auteurs dans lesquelles le courage n’a de valeur qu’éthique, c’est-à-dire que le courage y joue le rôle d’une vertu, d’une qualité morale, parmi d’autres, des conceptions des auteurs suivants dans lesquelles il voit le courage comme ontologique, c’est-à-dire dans lesquelles le courage désigne " l’affirmation de soi universelle et essentielle d’un être. " (p.35). Tillich met ainsi au jour l’idée que le courage, entendu comme courage d’être, comme courage ontologique et pas seulement éthique, permet un accès à la réalité, et il se fonde pour affirmer cela sur une interprétation de la tradition philosophique.
 
Dans le chapitre suivant, P. Tillich insiste sur l’idée qu’une authentique compréhension du courage, au sens ontologique, est tributaire d’une prise en compte de l’angoisse. En effet, comme le dit Tillich, " l’angoisse est la conscience existentielle du non-être " (p.66), la conscience de notre finitude, éprouvée profondément en nous et pas simplement conçue théoriquement. L’angoisse est toujours angoisse du non-être ultime, et c’est sur cette angoisse que font fond toutes les peurs. Le dénominateur commun de toutes nos peurs est qu’elles présentent, ultimement, notre fin. Aussi préfère-t-on trouver un objet à notre peur et se focaliser dessus – car on peut dès lors l’affronter avec courage – qu’être hanté par l’angoisse pure et nue que l’on ne peut pas affronter continument  . Aussi notre esprit se fabrique-t-il des craintes pour échapper à l’angoisse nue.

Approfondissant son analyse, l’auteur distingue trois types d’angoisse dans la nature humaine qui correspondent à trois manières par lesquelles le non-être menace l’être : une manière ontique (le destin et la mort), une manière spirituelle (le vide et l’absurde) et une manière morale (culpabilité et condamnation). On comprend bien pourquoi la mort menace l’existence et qu’elle soit une forme de manifestation de l’angoisse. Ce qui est menacé dans l’existence par l’absurde, c’est la dimension spirituelle, c’est-à-dire créatrice de l’homme, ce que précise Tillich lorsqu’il explicite que la dimension créatrice de l’homme renvoie à sa capacité à " vivre spontanément en action et réaction avec les contenus de notre vie culturelle. " (p.76). Aussi l’angoisse de l’absurde est-elle celle de perdre "  sa préoccupation ultime, de perdre ce qui donne du sens à tous les autres sens. " (Ibid.).

L’angoisse de la condamnation provient de la liberté humaine et de son existence morale : L’homme ayant une liberté et devant se déterminer lui-même, il affirme par ses actes son existence morale. Se connaissant et se jugeant lui-même, l’homme éprouve l’angoisse d’avoir manqué sa destinée. L’angoisse de la condamnation, c’est juger qu’on ne s’est pas assez efforcé d’être celui que nous aurions dû réussir à devenir. Tillich remarque que ces angoisses peuvent s’entremêler et conduire au désespoir, état dans lequel l’homme souffre d’être " conscient de lui-même comme incapable de s’affirmer à cause de la puissance du non-être " (p.84) et de ne pas pouvoir échapper à lui-même (par exemple, on peut échapper à l’angoisse de la mort par la suicide, mais comme les angoisses se mêlent les unes aux autres, on ne pourrait, par la mort, échapper à l’angoisse de la condamnation).

Après avoir dessiné une typologie des angoisses, P. Tillich propose une périodisation de celles-ci :

" à la fin de la civilisation antique, c’est l’angoisse ontique qui prédomine ; à la fin du moyen-âge, l’angoisse morale ; et à la fin de la période moderne, l’angoisse spirituelle. Mais la prédominance de l’un de ces types n’empêche nullement la présence et l’action des autres. " (p.86).

Après avoir examiné les raisons historiques pour lesquelles on passe de la prédominance d’un type d’angoisse à celle d’un autre, Tillich explique pourquoi les grandes périodes d’angoisse se situent à la fin d’une époque : ces crises d’angoisse sont liées à la désagrégation des structures habituelles de sens, de croyance et de pouvoir et à leur corollaire : l’inefficacité progressive des méthodes par lesquelles l’individu à son époque avait les moyens de lutter courageusement contre les craintes identifiées dérivant de ses angoisses  ).
 
P. Tillich consacre le troisième chapitre au rapport entre le courage, l’angoisse pathologique et la vitalité. Rappelant que l’angoisse était perçue par les psychothérapies comme l’effet de conflits pulsionnels ou entre des éléments structurant la personnalité, Tillich explique que le courage doit intégrer l’angoisse pour ne pas sombrer dans le désespoir. Et la névrose apparaît alors comme l’issue pour celui qui n’arrive pas à assumer courageusement son angoisse. Dès lors, dans la névrose, l’homme s’affirme, mais le soi qu’il affirme est un soi diminué puisque ce n’est pas son être essentiel qu’il affirme, puisqu’il laisse de côté une partie de ses potentialités pour sauvegarder ce qui reste et lui permet de vivre sans avoir à supporter l’angoisse. C’est comme si la charge de satisfaire aux exigences d’une humanité saine et courageuse était trop lourde pour lui et qu’il renonçait plus ou moins consciemment à être tout ce qu’il pourrait être pour se résigner à n’être que moins que ce qu’il pourrait être, parce que cela lui est plus facile à supporter et à vivre. Pour aider à supporter l’angoisse, on peut se tourner vers le pasteur ou le médecin dont les fonctions sont complémentaires, afin de mener une existence plus saine et, d’une certaine façon, plus complète et plus épanouissante : " leur but commun c’est celui d’aider les êtres humains à atteindre une pleine affirmation de soi, à accéder au courage d’être. " (p.106) Prenant le contrepied de cette déficience d’être qu’est la névrose qui ne supporte pas l’angoisse d’être, Tillich examine la notion de vitalité qu’il définit comme le " pouvoir de créer au-delà de soi-même sans se perdre soi-même " (p.110) et qui est ce dont le courage est fonction.

Yoann COLIN
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Titre du livre : Le courage dêtre
Auteur : Paul Tillich
Éditeur : Labor et Fides
Collection : Classiques
Date de publication : 30/04/14
N° ISBN : 2830915402
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