La phrase

Il y a d'excellentes raisons de combattre l'Occident, il y a d'excellentes raisons de vouloir la fin de cette société, et qui ne se réduisent en rien au fait de vouloir y répandre la terreur. Cazeneuve et les spin doctors de l'antiterrorisme n'y peuvent rien : ce n'est pas en enfermant toujours plus leurs ennemis dans la figure du monstre, ni en multipliant contre eux les procédures judiciaires les plus démentes, que les démocraties occidentales retrouveront leur honneur perdu.

Collectif de Tarnac, Le Monde, 18 juillet

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Merleau-Ponty et la psychanalyse
[mercredi 29 mai 2013 - 09:00]
Psychanalyse
Couverture ouvrage
Maurice Merleau-Ponty et la psychanalyse : La consonance imparfaite
Éditeur : Le Bord de l'eau
198 pages / 17,10 € sur
Résumé : Thamy Ayouch explore les rapports ambigus entre psychanalyse et phénoménologie à la lumière des analyses du philosophe Maurice Merleau-Ponty

Parcours

Merleau-Ponty n’a jamais eu affaire personnellement à la psychanalyse mais son œuvre n’en fait pas moins résonner la "consonance" supposée entre philosophie et psychanalyse.  Merleau-Ponty a même eu l’intention de gommer, selon Thamy Ayouch,  la "fatale différence" (le mot est de Heidegger) entre phénoménologie et psychanalyse. Dans les années 60, Merleau-Ponty ne refuse pas à la psychanalyse freudienne sa capacité à "écouter les rumeurs de la vie",  et son intérêt pour le fondateur de la psychanalyse apparaît transversalement dans son œuvre :  que l’on songe aux allusions pratiquées dans certains textes tels "Le philosophe et son ombre" in Eloge de la philosophie, "Le doute de Cézanne" (Sens et non-sens), "L’homme et l’adversité" in Signes, La structure du comportement, la Phénoménologie de la perception, ou à la "Préface à L’Oeuvre et l’esprit de Freud", in Parcours II, 1951-1961. Les cours du Collège de France sur le concept de Nature restituent les réflexions de Merleau-Ponty sur le corps humain, sur le Logos propre au sensible et introduisent des développements  plus substantiels sur les idées freudiennes (et kleiniennes). Mais c’est surtout le dernier ouvrage du philosophe, Le Visible et l’Invisible, qui traite explicitement du corps esthésiologique et effectue des renvois sans ambiguïté à la psychanalyse.

Phénoménologie et psychanalyse

S’inspirant de la lecture de G. Politzer (Critique des fondements de la psychologie, 1928), Merleau-Ponty critique il est vrai le concept d’inconscient mais pour en reconnaître l’existence - sous une forme spécifique - dans ses derniers ouvrages. Identifier le "tournant" de sa pensée à ce propos n’est pas chose aisée, Merleau-Ponty n’ayant jamais récusé définitivement le freudisme ni ses apports. Mais sans le support de la dimension clinique, la phénoménologie peut-elle soutenir un discours recevable sur l’inconscient ? Constitue-t-elle, comme le voudrait Merleau-Ponty, le substrat philosophique destiné à "reformuler" les concepts freudiens et à fournir à la psychanalyse la philosophie qui lui manque ?

Il faut savoir que Merleau-Ponty n’entérine pas les analyses de Sartre sur la "mauvaise foi" dans l’Etre et le Néant, parce qu’il juge infondée l’idée d’une transparence à elle-même de la conscience (y compris non thétique) et justifie déjà l’entrelacs savoir/non savoir dont la psychanalyse se réclame pour définir l’inconscient (je ne savais pas/je l’ai toujours su). Par ailleurs, le phénoménologue s’interroge sur les critiques opposées au naturalisme freudien et qui émanent de Heidegger comme de Binswanger. Il leur oppose la question du sens, intrinsèque - selon lui - à la psychanalyse, idée reprise par Ricoeur, philosophe de l’interprétation. A l’instar de Politzer,  Merleau-Ponty admet qu’il existe une distorsion entre les descriptions cliniques "concrètes" opérées par la psychanalyse et la théorisation abstraite qui les soutient.  Mais comme le souligne Althusser (in Psychanalyse et sciences humaines), c’est Lacan qui a transformé les concepts empruntés par Freud à la thermodynamique, à la biologie et à l’économie politique en concepts "domestiques", réduisant ainsi l’écart entre théorisation et "vécu" singulier,  pour penser un sujet promis à la division.  C’est  d’ailleurs aux rejetons d’un inconscient qui s’éclipse tout autant qu’il se manifeste qu’a affaire le psychanalyste, et non à une forme d’expression quelconque, à laquelle Merleau-Ponty se rendra précisément attentif, selon des modalités originales, il est vrai.  Sans référence à la clinique, il est donc difficile de mesurer la fécondité de la psychanalyse, au-delà du débat traditionnel sur sa scientificité, sciences de la nature vs sciences de l’esprit.  

L' "Inconscient" merleau-pontien

 Merleau-Ponty, pour sa part, invoque l’expérience corporelle et convoque un "art caché dans les profondeurs de l’âme humaine" (in Phénoménologie de la perception) pour approcher le concept d’inconscient.  Dans le Cours donné au Collège de France (Notes de 1956-1960, rassemblées par les éditions du Seuil), l’inconscient est défini comme "le sentir" lui-même, mais en tant que dépossession, ek-stase, confondu avec la structure de la perception. C’est ce qui explique que, dans Le Visible et l’Invisible, Merleau-Ponty fasse de l’inconscient une "imperception au cœur de la perception". Dans les Notes sur le concept de Nature, le corps érotique – prolongement du corps esthésiologique -  prélève sa "concrétude" dans l’expérience de la chair, au croisement du sexuel et de l’intersubjectivité. Le corps du sujet et/ou le sujet du corps s’avère en définitive intercorporéité : touchant/touché, voyant/vu, communiquant par là avec les autres corps, avec le monde. Et le concret, dans ce contexte, n’est rien d’autre que l’expérience de la chair et cette chair du corps nous fait comprendre la chair du monde : la visibilité de l’invisible. De ce point de vue, d’ailleurs, le corps comme pouvoir d’empathie est déjà désir, libido, et la "perception un mode de désir" (p. 272 du cours sur la Nature) : "Quel est le "Je" du désir ? C’est évidemment le corps" (Ibidem). Politzer inspire à nouveau Merleau-Ponty lorsqu’il s’agit de comprendre le sexuel à partir de l’intersubjectivité. Dans le cours "Psycho-sociologie de l’enfant", il lève toute interprétation pansexualiste de Freud et montre comment la sexualité sert de "porteur à la relation avec autrui".

Dans Le Visible et l’Invisible, Merleau-Ponty confirme tout en les nuançant les postulats de la Psychologie de la Forme (Gesltattheory) : le développement du sujet est à comprendre comme l’expression d’une structuration progressive soit, mais trouée de ratés,  de "dialectiques imparfaites".  C’est l’interdépendance entre le soma et la psyché qui intéresse à nouveau Merleau-Ponty, sachant qu’il est impossible de réduire l’inconscient à l’un ou l’autre des termes évoqués. La phénoménologie ne s’est-elle pas donné pour finalité de saisir la corporéité sans l’objectiver ni la spiritualiser, mais dans son rapport au monde ? La conscience ne dispose donc pas seule de la signification.

A l’instar de Marx dialectisant histoire et économie, Merleau-Ponty entrelace ainsi sexualité et existence, corps et conscience, moi et autrui. Pour exemple, le développement pubertaire de l’enfant ne traduit ni une évolution corporelle pure ni une maturation psychique isolée, mais la reprise psychologique "de ce qui a été rendu possible par l’évolution corporelle". La cure analytique elle-même est revue à l’aune d’une position existentielle et la relation intersubjective entre l’analyste et l’analysant tient lieu de manifestations transférentielles. La dialectisation opérée entre nature et culture, facticité et idéalité, n’est pas sans rappeler, affirme T. Ayouch,  la conception somato-psychique de la pulsion. 

Merleau-Ponty et les psychanalystes

André Green, (in Critique, 1964) J.B. Pontalis (in Après Freud) Cornélius Castoriadis et Jacques Lacan dans ses séminaires font partie des psychanalystes et théoriciens peu nombreux - mais non des moindres - à mentionner l’œuvre de Merleau-Ponty. Pontalis souligne, il est vrai, le peu d’empressement du philosophe à souscrire aux concepts fondateurs de la psychanalyse. L’indivision revendiquée par Merleau-Ponty témoigne d’ailleurs, selon lui, d’une pensée "circulaire" analogue aux fantasmes originaires  narcissiques partagés par l’humanité entière. Mais Green sait gré à Merleau-Ponty d’avoir épinglé la dimension "charnelle" de la pulsion et reconnu au Tiers une existence tangible, dès lors qu’une "intentionnalité corporelle" véritable m’ouvre à l’autre. Quid du désir ? Impensé sur le fond répond Pontalis, puisqu’il me fait sentir la distance qui me rapproche ou me sépare des choses et des autres, mais jamais le manque qui le spécifie. Décisif et thématisé affirme  T. Ayouch, parce qu’il m’ "abouche à l’Etre et me rend visible à moi-même", en d’autres termes relève de l’ontologie. Lacan fait quant à lui un sort particulier à Merleau-Ponty au moins pour deux raisons : la phénoménologie est imaginaire en ce qu’elle produit un sujet "unitaire" dans son indistinction et refuse de séparer le regard de la vision, oublieuse de l’intervalle, de la schize qui produit précisément l’avènement de l’objet a, de la perte, de la castration.  A concevoir enfin la parole comme geste, Merleau-Ponty se condamnerait également à l’immédiateté imaginaire, en atténuant la portée de la dimension symbolique du langage, en la rapportant du moins à un symbolisme primordial tacite dont elle serait infiltrée.  Lacan ne crédite donc pas le langage de la dimension corporelle que lui accorde Merleau-Ponty.

T. Ayouch a raison de conclure que l’inconscient merleau-pontien s’apparente plus à ce que Freud qualifie de préconscient qu’à l’instance même de l’inconscient. Merleau-Ponty affirme dans l'"Œuvre et l’esprit de Freud" que psychanalyse et phénoménologie se dirigent vers la même latence. Invoquant Husserl, il ajoute que la philosophie phénoménologique cesse d’être un savoir exact pour "descendre dans son propre sous-sol".  Réflexion faite,  la latence en question n’est effectivement pas de même facture : Freud distingue un régime propre de l’inconscient, une autre scène, dont la manifestation n’est jamais obvie, là où Merleau-Ponty se réfère à l’idée kantienne de "grandeur négative", pour signaler l’envers d’un phénomène, ici la doublure du visible par l’invisible, de la présence par l’absence.  La problématique de la perception, "lieu natal de la parole", sape toute possibilité de consonance "pleine" entre psychanalyse et phénoménologie, mais n’en préserve pas moins la nécessité de lire Merleau-Ponty et de saisir la position "existentielle" de ses interventions.

 

Patricia DESROCHES
Titre du livre : Maurice Merleau-Ponty et la psychanalyse : La consonance imparfaite
Auteur : Thamy Ayouch
Éditeur : Le Bord de l'eau
Collection : Psychanalyse, sciences sociales et politique
Date de publication : 19/09/12
N° ISBN : 2356871942
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1 commentaire

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aufildesjours

29/05/13 13:05
La psychanalyse relève du charlatanisme. Cette fausse science a déjà fait l'objet d'une première condamnation par la Haute Autorité de la Santé dans le cadre de l'autisme. La psychanalyse a été sortie du DSM, dès le DSM 2. Un important rapport de l'INSERM dénonce l'inefficacité de la psychanalyse.

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