La phrase

Il y a d'excellentes raisons de combattre l'Occident, il y a d'excellentes raisons de vouloir la fin de cette société, et qui ne se réduisent en rien au fait de vouloir y répandre la terreur. Cazeneuve et les spin doctors de l'antiterrorisme n'y peuvent rien : ce n'est pas en enfermant toujours plus leurs ennemis dans la figure du monstre, ni en multipliant contre eux les procédures judiciaires les plus démentes, que les démocraties occidentales retrouveront leur honneur perdu.

Collectif de Tarnac, Le Monde, 18 juillet

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Au cœur de l'année 1941
[dimanche 10 mars 2013 - 14:00]
Russie
Couverture ouvrage
Moscou 1941
Éditeur : Tallandier
253 pages
Résumé : Un témoignage sur les premiers mois de la guerre à Moscou et une analyse à chaud des événements par le journaliste britannique Alexander Werth.

Depuis 2010, plusieurs ouvrages consacrés à l'URSS du journaliste britannique Alexander Werth ont fait l'objet de traductions en français. Moscou 1941 se présente comme le journal de bord de son séjour à Moscou entre juillet et octobre 1941, c'est-à-dire au début de la guerre entre l'Allemagne et l'URSS . L'ouvrage est préfacé et annoté par Nicolas Werth, historien reconnu de l'URSS qui donne les clés de lecture de ce journal.

Alexander Werth est d'origine russe ; issu de la grande bourgeoisie pétersbourgeoise, il a émigré en 1917. Ses sympathies pour l'URSS, qui contrôle très strictement la venue d'étrangers sur son territoire, rendent possible son retour en tant que correspondant de l'agence Reuters. Ce témoignage à chaud, rédigé sur place et publié en Grande-Bretagne début 1942, ne nous apprend certes rien de nouveau sur le déroulement de la guerre, d'autant que les journalistes avaient un accès très limité à l'information ; en revanche, on y découvre un témoignage vivant et une analyse des événements qui permet au lecteur de se plonger dans le contexte de l'époque, lorsque la victoire contre l'Allemagne nazie semblait tout sauf une certitude et que la collaboration naissante entre la Grande-Bretagne et l'URSS laissait espérer un autre développement que la guerre froide.

En tant que journaliste étranger, Alexander Werth est choyé mais n'a accès à l'information que par les conférences de presse officielles et par les journaux soviétiques, eux-mêmes très contrôlés. Il n'est admis à passer qu'une dizaine de jours sur le front et n'assiste pas aux combats. Il ne manque pas de noter que les excursions des journalistes étrangers sont toujours minutieusement préparées par les autorités : elles ont pour objet un site exemplaire et la mise en scène des activités est soignée. Les échanges avec la population sont limités et se réduisent souvent à des conversations dans un cadre officiel.

Néanmoins, les observations et analyses d'Alexander Werth conservent tout leur intérêt. On voit l'évolution des relations soviéto-britanniques : la méfiance envers les citoyens britanniques diminue avec la mise en place d'une coopération, mais les Russes restent critiques envers l'Angleterre et surtout envers les États-Unis qui les aident trop peu à leur goût. Le journaliste souligne, déjà en ce début de conflit, l'effort de guerre de l'URSS et les sacrifices subis d'une part et d'autre part la volonté de coopérer du côté britannique. On voit en germe les discours de l'après-guerre : l'URSS se posera en sauveur de l'Europe, alors que les Britanniques et les Américains insisteront sur le caractère décisif de leur aide.

Alexander Werth ne manque pas de remarquer certaines évolutions aux conséquences lourdes. Ainsi, il évoque à plusieurs reprises le tournant nationaliste pris par Staline dans les années 1930 , visible, par exemple, dans la façon de désigner le conflit, qui est qualifié de "Grande Guerre patriotique" en référence à la lutte contre Napoléon ; par ailleurs, il note un antisémitisme latent dans le peuple  auquel répondra la lutte contre le cosmopolitisme dans l’après-guerre.

Si le journaliste fait preuve de clairvoyance sur certains sujets, Nicolas Werth souligne "combien limitée était, pour un homme de gauche engagé depuis longtemps dans le combat contre le nazisme, la marge de critique d'un régime devenu, du jour au lendemain, le principal adversaire de l'Allemagne et le porteur d'un immense espoir" , et cet aspect contribue à la valeur historique du document. En effet, Alexander Werth, s'il ne nie pas les purges, les attribue à Iejov, le bras droit de Staline avant la guerre. Le tournant nationaliste, ainsi que le mouvement stakhanoviste, lui semblent une préparation indispensable en vue de la guerre, et il justifie la politique de collectivisation par la crainte de voir les paysans former une "cinquième colonne" , reprenant ainsi le discours officiel soviétique. Optimiste, il espère que l'après-guerre sera marquée par une opposition "non entre le capitalisme et le communisme, mais entre deux formes de démocraties – la démocratie capitaliste et la démocratie communiste". Pour lui, "il y a de la place pour des concessions mutuelles et pour un rapprochement entre ces deux idéologies". Le journaliste est également victime des mythes de son temps, par exemple lorsqu'il cite X (un diplomate anglais) affirmant de Staline : "la stratégie militaire est son point fort" .

D'une lecture facile et agréable, cet ouvrage et l'analyse proposée par Alexander Werth nous plongent au cœur de l'année 1941 et permettent de s'interroger sur la formation de notre vision de la seconde guerre mondiale. 

 

Myriam TRUEL
Titre du livre : Moscou 1941
Auteur : Alexander Werth
Éditeur : Tallandier
Titre original : Moscow 1941
Nom du traducteur : Evelyne Werth
Collection : CONTEMPO.
Date de publication : 12/10/12
N° ISBN : 2847349839
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