La phrase

Le désespoir me paraît éminemment raisonnable et ennuyeux. Je n’ai aucune patience face à des artistes dont la fonction première est de formuler l’impossibilité de leur art, qui en un sens font de la mélancolie un produit de consommation – tout comme je ne m’intéresse pas aux artistes qui sont exclusivement affirmatifs et qui ont fait de la stupidité de la culture un fétiche commercial. Les ballons en forme de chiens, etc. Je crois que le plaisir sexuel, la couleur étrange du ciel après un orage, le flot des feux arrière des voitures sur un pont ou la façon dont le silence s’affine ou s’épaissit avant que la musique ne commence – le politique doit harnacher tout cela. Le politique doit poser un harnais sur le libidinal.  

Ben Lerner, The Believer, septembre 2014 (traduction de nonfiction)

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Hommage à Paul Ricoeur
[jeudi 28 février 2013 - 09:00]

L’année 2013 marquera le centenaire de la naissance de Paul Ricœur, décédé en 2005. A cette occasion, de nombreux colloques et événements culturels ont été et seront organisés tout au long de l’année en France et à l’étranger, afin de rendre hommage à celui que l’on peut bien tenir pour l’un des derniers grands penseurs de la seconde moitié du XXe siècle.

A l’heure de la publication de cette brève, le premier grand colloque international consacré à l’œuvre de Ricœur vient tout juste de s’achever. Ce colloque, organisé par Michaël Fœssel et Camille Riquier, qui s’est tenu du 11 au 14 février sous le titre de "Les mondes de Paul Ricœur" et qui s’est déroulé sur trois sites (Université Paris-Ouest Nanterre La Défense, Ecole Normale Supérieure, Institut Catholique de Paris), a réuni une trentaine de conférenciers, intervenant sur l’œuvre de Ricœur considérée dans son intégralité.

Le Fonds Ricœur – dont la mission, selon son conservateur des Archives, Catherine Goldenstein, est de "faire rayonner l’œuvre du philosophe et de sa pensée sur le plan national et international" –  a organisé pour sa part une soirée d’hommage le 27 février, à l’Institut protestant de théologie (83 Boulevard Arago, dans le XIVe  arrondissement à Paris), au cours de laquelle ont été présentés les événements qui jalonneront cette année, et lus quelques extraits de divers textes de Paul Ricœur.

Trois colloques internationaux seront organisés à Paris au cours du seul mois de novembre prochain : le premier, du 18 au 20 novembre, à l’Amphithéâtre de l’Institut protestant de théologie, se donnera pour objet d’étude les liens noués entre la philosophie de Ricœur et la philosophie contemporaine de langue anglaise (avec des interventions de Manfred Frank, Christian Beyer, Jean-Marie Schaeffer, Vincent Decombes, Dieter Korsch, Jeffrey Barash, Monique Canto-Sperber, etc.) ; le second, le 21 novembre à l’Amphithéâtre Poincaré dans le Ve arrondissement, portera sur "La traversée du siècle de Paul Ricœur" (avec des interventions de Jean Greish, Olivier Mongin, Jacques Revel, Antoine Garapon, Charles Taylor, etc.) ; le troisième, du 22 au 23 novembre, à l’Institut protestant de théologie et à l’Amphithéâtre Sorbonne, examinera la pensée de Ricœur sous le double angle de la phénoménologie et de l’herméneutique (avec des interventions de Jean Grondin, Claude Romano, Rudolf Bernet, Marc de Launay, etc.)  

D’autres événements, plus ponctuels, seront organisés tout au long de l’année : une journée d’étude consacrée au thème de l’approche phénoménologique et herméneutique de "l’actualité du soi"  , ou au thème de l’héritage kantien dans l’herméneutique ricœurienne de la religion  , etc.  – pour ne rien dire des événements organisés à l’étranger (en Suisse et en Allemagne, principalement).

Le monde de l’édition n’est évidemment pas en reste, et a saisi l’occasion de cet hommage pour publier plusieurs ouvrages collectifs et quelques monographies d’excellente qualité. Parmi les meilleures, citons le volume dirigé par François Dosse et Catherine Goldenstein consacré au dernier grand livre de Ricœur, La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli (2000), dans lequel une quinzaine d’auteurs reviennent sur les débats et les polémiques qu’il a suscités au moment de sa publication  . Patrice Canivez et Lambros Couloubaritsis, dans un volume collectif intitulé L’éthique et le soi chez Paul Ricœur, proposent huit études sur le chef d’œuvre de 1990, Soi-même comme un autre  . Marc-Antoine Vallée met au centre de son étude les relations philosophiques que Gadamer et Ricœur ont soutenues leur vie durant, en resserrant l’attention autour du thème de l’herméneutique du langage  , tandis que Jean Grondin soumet l’œuvre à une analyse d’ensemble dans une synthèse très réussie dont il a le secret  .              
 

Hicham-Stéphane AFEISSA
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1 commentaire

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Fonds Ricœur

01/03/13 14:44
Correction: Nicola Stricker est la directrice du Fonds Ricœur. Catherine Goldenstein est le conservateur des Archives.

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