Suivez-nous

FacebookRSS

Critiques artistiques

Chroniques

Actuel Moyen Age : le présent au prisme du passé

Le JT de Socrate : regards philosophiques sur l'actualité

Chroniques scolaires : l'éducation au crible des sciences sociales

Chronique électronique : penser les musiques électroniques

L'Age de nos adages : actualité de la sagesse ancestrale

Inde-Pakistan : l'inquiétant regain des tensions

Toutes nos chroniques >>


Grands entretiens

Aurélien Bellanger, sur Le grand Paris

Massimo Recalcati, sur Mélancolie et création chez Vincent Van Gogh

David Djaïz, sur La guerre civile n'aura pas lieu

Johann Chapoutot, sur La révolution culturelle nazie (1/2)

Johann Chapoutot, sur La révolution culturelle nazie (2/2)

Nicolas Truong, sur Interview

Jean-Yves Leloup, sur l'émergence des musiques électroniques

Juliette Sibon, sur Chasser les juifs pour régner

Julie Brochen, sur Molly S

Daria Deflorian, Antonio Tagliarini, sur Ce ne andiamo... et Il Cielo...

Carole Thibaut, sur Monkey Money

Vito Mancuso, La doctrine chrétienne ne peut survivre que si elle évolue

Laurent Bazin, Mohamed Bridji, L'identité nationale est une arme de guerre

Amir Reza Koohestani, sur Hearing

Nathalie Quintane, sur Que faire des classes moyennes?

Patrick Weil, sur Le sens de la République (2/2)

Patrick Weil, sur Le sens de la République (1/2)

Xavier Lemaire, Isabelle Andréani, sur le Cycle Xavier Lemaire

Rémi Lefebvre, Les primaires contre la démocratie ?

Nicolas Lebourg, Stéphane François, Histoire de la haine identitaire

Benoît Chantre, Les derniers jours de René Girard

Davide Luglio, Le style de la pensée italienne

Constance Gard, Psychotiques, bipolaires : médicaments ou suppléance ?

Pierre-Yves Gomez, Intelligence du travail

Eloi Laurent, Nos (nouvelles) mythologies économiques

François Dubet, Ce qui nous unit

Jill Stein, L'impossible "troisième homme"

Joël Pommerat, sur Ca ira (Fin de Louis)

Pierre-Henri Castel, Le cas Paramord

Laurent Fréchuret, sur Une trop bruyante solitude

Siddiq Wahid, Les tensions du Cachemire

Jean Vigreux, Le front populaire, l'échapée belle

Denis Clerc, Cessons de punir les pauvres

Dominique Mazéas et Anne-Sylvie Pelloux, La prise en charge de l'autisme

Lyiang Kim, Resident Forever

Romain Lajarge, Le pari grenoblois

Tous nos entretiens >>


Dossiers

La France à l'heure de l'Italie : philosophie, histoire, lettres

L'agrégation 2017, avec nonfiction.fr

Les printemps arabes : cinq ans après

Le travail en débat : au-delà de la loi El Khomri

Polyphonies syriennes : écrivains, intellectuels et artistes résistent

Djihadisme à la française : comprendre la radicalisation


Tous nos dossiers >>


Théâtre

Sans relâche, histoire d'une vie

Couverture ouvrage

Antoine Bourseiller
Actes Sud , 264 pages

Antoine Bourseiller, une vie de théâtre
[lundi 11 février 2008]


L’ancien directeur du Studio des Champs-Elysées et de l’Opéra de Nancy se raconte : Genet et Camus parmi les passants les plus importants de sa vie.

"Je suis là, dans cette salle et pourtant je suis anonyme, comme rayé sur la carte du théâtre, je suis comme mort. Il n’y a aucune amertume en moi, Marie. Rien n’est plus éphémère que le théâtre, plus oublieux et par là plus magnifique". Ainsi se confie Antoine Bourseiller au cours de son livre de souvenirs dont chaque page est adressée, tendrement, à sa fille Marie, Sans relâche. Assistant à l’Odéon à la conférence du nouveau directeur, Olivier Py, l’auteur note qu’il éprouve durement ce sentiment du pouvoir, des modes, des styles, des réputations qui passent. Il a été l’un des grands artistes du théâtre français ; à soixante-dix-sept ans, il fait toujours des mises en scène. Mais il n’est plus dans l’éclat du soleil.

Ses mémoires, il les a voulu fragmentés, dispersés dans le mouvement du souvenir, surgissant comme des flashes où un chapitre des années 90 précède un événement des années 50, comme jazzés dans une pulsion de témoignage qui est une pulsion de vie au présent plutôt que dans un désir de reconstitution méthodique du passé. Le lecteur n’aura ainsi qu’un portrait éclaté d’Antoine Bourseiller. S’il a vu le film d’Agnès Varda, Cléo de cinq à sept, il a en lui une image de l’homme jeune qui jouait le soldat en permission rencontrant Corinne Marchand dans un jardin public. Mais c’était en 1962 ! Bourseiller – il faut le rappeler de façon plus précise que ne le fait le livre – est acteur, metteur en scène, réalisateur même (alors qu’il n’en parle en aucun endroit de l’ouvrage). Il a contribué à faire connaître les pièces de Brecht, Ionesco, LeRoy Jones (avec son fameux Métro fantôme, grande date dans l’histoire du théâtre noir américain en raisons de sa violence à l’égard du pouvoir blanc), Mrozek, Genet… Formé à l’école du TNP de Jean Vilar, un temps journaliste, il a dirigé le Studio des Champs-Elysées et le Théâtre de Poche, pris la direction du théâtre d’Orléans et s’est éloigné de l’art dramatique pendant quatorze ans pour diriger l’opéra de Nancy. Aujourd’hui, chef d’une compagnie indépendante, il donne parfois l’un de ses nouveaux et discrets spectacles au théâtre Mouffetard ou au théâtre de Suresnes.


Le jeu de cartes du souvenir

Son livre est une suite de battements de cœur : pour sa femme disparue, la comédienne Chantal Darget, et un certain nombre de personnes rencontrées, connues et inconnues. Au diable, la chronologie et l’affirmation d’une théorie ! Les séquences sont construites, écrites dans un amour sensuel et juste des mots. Mais brassées comme un jeu de cartes dont l’ordre a été imposé par le vagabondage passionné du cerveau. C’est au hasard qu’on trouve quelques paragraphes qui relèvent du manifeste ou de la définition d’un art. Voilà pour ses commencements : "A mes débuts je disséminais dans mes mises en scène des diableries et des couleurs qui les rendaient reconnaissables, on écrivait que ces nouvelles images avaient du chien". Et voici pour les années récentes : "Je n’étais plus qu’un 'créateur' compatissant : je ne travaillais plus avec colère, pour détruire, pour construire, pour témoigner. En somme, le contraire de l’art. J’étais un personnage inventorié (après) trois décennies de spectacles pourfendeurs, de contre-jour teigneux, de préceptes flegmatiques, sans compter les découragements, et cette obstination venue sur le tard de la dramaturgie". C’est peu de discours programmatique pour quelqu’un qui pourrait revendiquer la place d’un successeur de Jean-Marie Serreau ou d’un Roger Blin, bien qu’il se soit intéressé autant aux classiques qu’aux écritures modernes.

En suivant Bourseiller dans ses zig zag, on saisira néanmoins son style qui s’apparente à celui du jazz, accélère le tempo pour happer le nerf, la sensualité et la contestation des temps modernes. Ce qu’il conte de ce qu’il a appris au Maroc, de son travail aux Etats-Unis, de ses tournées à travers le monde francophone montre, au-delà du récit biographique, combien son langage théâtral s’est enrichi d’influences d’autres cultures, au gré d’un appétit et d’une ouverture assez rares.

Il aime les anecdotes significatives, tout ce qui fait la vie aventureuse du comédien et du chef de troupe. Il s’émeut de ce qui est précieux dans sa vie : la complicité de Danièle Delorme, le dialogue avec de jeunes artistes aux Etats-Unis ou en France, l’arrivée au Studio des Champs-Elysées du jeune Jean-Luc Godard qui va devenir un ami de tous les jours jusqu’à ce que, dans l’exaltation de la fièvre de l’après-68, le jeune cinéaste rejette l’homme de théâtre au nom d’un combat révolutionnaire… Il évoque ses rencontres avec Camus, Michel Simon, Gatti, Günter Grass (par chance, il a noté ce qui a été dit, c’est donc vrai, précis). Il se fâche contre la veuve abusive de Bertolt Brecht et le dogmatisme qu’il attribue à des intellectuels comme Bernard Dort. Il est trop bref sur Jean Genet qu’il a beaucoup côtoyé, aidé et mis en scène ; il aurait pu révéler davantage. Il clôt le livre pathétiquement avec un aveu de Beckett à Madeleine Renaud, lui disant qu’il ne peut plus écrire pour elle : "Mon sac est vide". Antoine Bourseiller donne plutôt l’impression de ne pas avoir vidé tout son sac, pour donner sa chance au présent contre un passé qu’il attrape et laisse fuir à tour de rôle.


A voir
Pas de prison pour le vent, de Alain Foix, mise en scène d'Antoine Bourseiller, au théâtre le Lucernaire. Du mardi au samedi 19h jusqu'au 15 mars.
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

2 commentaires

Avatar

Odile la grande

22/05/13 18:46
Un homme exceptionnel à qui je dois ma carrière à l'opéra de Nancy et bien d'autres choses encore tant il était à l'écoute c'était mon père spirituel merci Antoine tu me manques
Avatar

gerard labrunie

16/05/09 03:44
Je me souviens avoir vu à Aix en Provence où Bourseiller dirigea pendant quelques années, entre 1968 et 1970 des spectacles de Patrice Chereau et de Grotowski, une rencontre avec Michel Cournot.

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici

A lire aussi dans nos archives...
A propos de Nonfiction.fr

NOTRE PROJET

NOTRE EQUIPE

NOTRE CHARTE

CREATIVE COMMONS

NOUS CONTACTER

NEWSLETTER

FLUX RSS

Nos partenaires
Slate.fr