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Atelier n°5 : Quelle finitude pour le livre numérique ?
[vendredi 11 janvier 2013]



Le livre va-t-il disparaître dans l'océan du Web ? Parler de livre a-t-il un sens à l’heure des smartphones, readers et tablettes en tous genres ? Peut-on, à ce stade critique de basculement du rapport de l'homme aux savoirs, tracer les contours du livre à venir ? Voilà autant de questions que se sont posées les participants du 5e atelier de la journée sur le livre numérique organisée au CNL.

La discussion a mis en avant la difficulté d'adapter les usages et pratiques de lectures à l'enrichissement infini des livres offert par le numérique. Pour Jean-Christophe Tamisier, directeur d'Armand Colin, cela pose le problème de l'appropriation des contenus. On peut s'affranchir d'un certain nombre de normes juridiques et commerciales avec un livre numérique, ce qui remet nécessairement en question la légitimité première de l'éditeur. Comment peut-il s'approprier des textes dont les mises à jour possibles sont infinies et les capacités d'influence démultipliées ? Paradoxalement, un livre papier contribue à dématérialiser le flux d'informations qu'on trouve sur le Web en le limitant et en le vidant pour partie de sa substance. Si l'acte d'éditer est un acte de restriction, il doit être interrogé pour laisser au lecteur toute sa place dans la réception et la diffusion des oeuvres. Concrètement, cela signifie que chaque apport textuel doit pouvoir être référencé et tracé à la manière d'un dictionnaire.

Dans une perspective comparable, Mickael Ferloni, directeur des éditions MkF, a porté la discussion sur le changement de valeur d'une oeuvre. Celle-ci ne dépend plus seulement d'une réception à distance par le lecteur, mais repose sur son parcours de lecture - les annotations et les commentaires qu'il est susceptible d'apporter au texte. Si l'éditeur peut prendre cet aspect en compte, il n'est pas intégré à tous les niveaux de la chaîne d'édition d'un livre. En effet, des gros distributeurs en ligne comme iTunes dupliquent actuellement la logique commerciale qui veut que la nouvelle version d'un livre en remplace une autre. iTunes oblige donc l'éditeur à préciser les modifications apportées à une version. Le lecteur peut ainsi se retrouver avec dix éditions différentes de la même version d'un livre. Dans ce cas, la question de savoir qui a la responsabilité de changer ou de préserver une édition - l'éditeur, le distributeur, l'auteur, le lecteur - reste ouverte. Fondamentalement, il s'agit de décider si on doit considérer le livre numérique comme le même objet qu'un livre papier sur un autre support ou comme un nouvel objet sur un nouveau support.

Ronan Le Breton, scénariste de BD, a insisté sur les transformations du statut de l'auteur. A ses yeux, les négociations achoppent entre auteurs et éditeurs de livres numériques car la frontière entre leur deux fonctions devient floue. Le droit d'auteur distingue par exemple une collaboration, dans laquelle plusieurs auteurs travaillent ensemble pour produire une oeuvre qui appartient à tous les auteurs, d'une oeuvre collective, qui est initiée par une personne physique ou morale (un éditeur) mais est composée de plusieurs contributions. Dans le cadre d'un livre numérique, ces définitions sont moins pertinentes.

A son tour, l'écrivain François Bon a expliqué que le développement du livre numérique est porteur de problématiques aussi paradoxales que passionnantes. En effet, pour prendre un exemple précis, nombre d'epubs - un format de livre numérique standardisé - deviennent trop sophistiqués pour être modifiés. Seule une dizaine de personnes qualifiées en France sont capables de les créer et susceptibles de le faire sur des sites particuliers. D'une part, il faudrait renforcer la formation au livre numérique et l'intégrer pleinement au système éducatif, d'autre part, il faudrait changer les règles du jeu quant à la possibilité - actuellement limitée sur des sites comme iTunes ou Amazon - d'enrichir des textes. Selon François Bon, l'enjeu essentiel est de retrouver un paradigme d'imaginaire sur des supports comme la tablette, le streaming ou un portable sans s'accrocher à tout prix à la forme livre traditionnelle. A l'époque de Diderot, il était communément admis qu'une ligne devait comprendre 70 à 80 caractères pour que l'oeil humain puisse l'embrasser entièrement. Aujourd'hui, ce chiffre a peut-être doublé car notre oeil s'habitue à des lectures différentes. Nous entrons à la fois dans une phase de réinvention et d'apprentissage du livre. Le fait que les oeuvres ouvertes donnent naissance à de nouvelles écritures et de nouvelles instances du récit doit donc nous rendre optimistes.

 

* Lire aussi sur nonfiction.fr et livreshebdo.fr :
- Tous les comptes-rendus de cette journée professionnelle
Au CNL, le numérique dans tous ses états 
Journée sur le livre numérique réussie au CNL 

 

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