La phrase

Il y a d'excellentes raisons de combattre l'Occident, il y a d'excellentes raisons de vouloir la fin de cette société, et qui ne se réduisent en rien au fait de vouloir y répandre la terreur. Cazeneuve et les spin doctors de l'antiterrorisme n'y peuvent rien : ce n'est pas en enfermant toujours plus leurs ennemis dans la figure du monstre, ni en multipliant contre eux les procédures judiciaires les plus démentes, que les démocraties occidentales retrouveront leur honneur perdu.

Collectif de Tarnac, Le Monde, 18 juillet

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L'épistémologie à visage humain
[vendredi 30 novembre 2012 - 09:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Qu'est-ce qu'une théorie scientifique ?
Éditeur : Vuibert
224 pages
Résumé : Qu'est-ce qui fait l'identité d'une théorie scientifique à travers ses différentes formulations ? Marion Vorms défend brillamment que la réponse à cette question doit prendre en compte les activités cognitives des agents scientifiques.
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Qu'est-ce qu'un étudiant en sciences physiques apprend ? La physique. Il apprend à résoudre des problèmes de physique ; ce qui comporte deux aspects, la mise en équations et la résolution des équations. Cependant, qu'est-ce que cela lui apprend de plus, de savoir mettre en équations des problèmes et de savoir les résoudre ? Nous pensons qu'un étudiant en physique apprend quelque chose sur le monde qu'il ne savait pas avant de faire de la physique, et que ce contenu lui est fourni par la théorie physique.

Les savants, qui enseignent et qui expérimentent, appréhendent le monde selon la théorie physique. C'est du moins ce que nous supposons. La maîtrise d'une science apporte une connaissance d'un certain type sur le monde. Il s'agit là d'une compréhension, à mon sens, courante, de la science. Les savants savent, et le contenu de ce savoir est celui de la théorie qu'ils maîtrisent.

Cependant, comment caractériser ce contenu ? Prenons juste le cas de la mécanique classique, comme le fait Marion Vorms. Il se trouve que la mécanique classique est enseignée et utilisée selon plusieurs formulations différentes : la formulation de Newton, celle de Lagrange, celle de Hamilton. La mécanique classique est, cependant, une science achevée, dont les principes font l'objet d'un consensus si large qu'on pourrait dire qu'il s'agit d'une connaissance certaine du monde physique, au niveau qui est le sien, à savoir celui des objets macroscopiques. Marion Vorms écrit : "...l'identité de la mécanique classique et son statut de théorie scientifique sont considérés – à très peu d'exceptions près – comme non problématiques" .

On ne doute pas du fait qu'un physicien, quel que soit la formulation sur laquelle il va s'appuyer pour enseigner ou pour expérimenter, va bien avoir accès à (et délivrer) des contenus qui sont ceux de la mécanique classique ou qui sont en accord avec ces contenus.

Le problème se pose alors de savoir si ce contenu, ce que dit la mécanique classique, est sensible à la différence des formulations, ou si ce que dit la mécanique classique est strictement indépendant de la formulation. Tel est le problème auquel se confronte Marion Vorms.

Il s'agit d'un problème de taille, car, c'est le sens même de la science qui est en jeu. Si la science dit quelque chose du monde, alors il faut bien comprendre comment ce qu'elle dit est en rapport avec la manière dont la science est enseignée et pratiquée. Il faut bien établir un rapport entre la science comme contenu ou théorie et la science comme activité ou pratique.

L'auteure précise que sa démarche n'est pas historienne et qu'elle "[ignorera], dans cet ouvrage, le problème diachronique du développement historique de la mécanique classique, pour [se] concentrer sur le problème synchronique posé par la coexistence, dans la pratique et l'enseignement contemporains de cette théorie, de plusieurs formulations différentes" .
L'ambition majeure est rapidement avancée, dés l'introduction. Il s'agit "d'apporter des arguments en faveur d'une démarche consistant à prendre en compte les conditions d'utilisation des théories et la manière dont les agents les comprennent pour l'analyse de leur contenu"  Cette démarche est présentée selon ses grandes lignes dans la section 1.5.3 de l'ouvrage ; il s'agit d'étudier la science comme une "activité théorique", c'est-à-dire, l' "ensemble des activités cognitives impliquées dans la construction, le développement, l'apprentissage et l'utilisation d'hypothèses théoriques" . Il s'agit, entre autres, d'étudier l' "interaction cognitive des agents avec des hypothèses théoriques".

L'ouvrage que l'on recense ici n'a pas pour but d'exposer cette démarche intégralement, mais de la justifier en critiquant, notamment, deux approches formelles de la théorie scientifique : la "conception syntaxique" et la "conception sémantique", sur lesquelles on revient un peu plus loin.

La lectrice convaincue, comme je l'ai été, de la pertinence de cette démarche par Qu'est-ce qu'une théorie scientifique ? pourra soit attendre la publication de Théories, mode d'emploi. Une perspective cognitive sur l'activité théorique dans les sciences empiriques , soit aller consulter, avec profit, la thèse de Marion Vorms, disponible sur le site de l'IHPST. On notera que la thèse prend pour objet d'étude, outre la mécanique classique, la biologie moléculaire contemporaine. L'enjeu est donc bien de fonder une épistémologie cognitiviste des sciences empiriques existantes. Il n'est pas local, mais général. La restriction à la mécanique classique, pour l'ouvrage recensé ici, tient à la bonne circonscription de cette science.

Marion Vorms choisit de montrer, dans cet ouvrage, que les formulations de la mécanique classique ne sont pas indifférentes à son contenu, que "ce que dit cette théorie [dépend] de la manière dont elle le dit."  Si l'on est convaincu par cet argument, on sera tenté favorablement par l'approche cognitive et pratique du contenu des théories scientifiques qu'elle propose, par ailleurs, comme on vient juste d'en faire mention.

Deux lignes d'argument structurent l'ouvrage. La première ligne consiste à mettre en doute, à partir d'un examen précis des formulations newtonienne et lagrangienne de la mécanique classique, que l'équivalence de ces différentes formulations permette d'approcher correctement le contenu de la théorie scientifique en laquelle consiste la mécanique classique. C'est l'objet du premier chapitre.

Christophe AL-SALEH
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Titre du livre : Qu'est-ce qu'une théorie scientifique ?
Auteur : Marion Vorms
Éditeur : Vuibert
Collection : Philosophie des Sciences
Date de publication : 21/11/12
N° ISBN : 2311002473
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2 commentaires

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Christophe Al-Saleh

21/12/12 09:34
Cher Héraclite,
Je prends acte de votre critique si éclairante, et j'essaierai de faire mieux la prochaine fois.
Je vous remercie d'avoir pris la peine de laisser un commentaire.
Bien cordialement à vous,
Christophe Al-Saleh
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Héraclite

16/12/12 23:13
Un compte rendu d'ouvrage spécialisé dans une revue (en ligne) généraliste doit éclairer le lecteur profane. Cela n'est malheureusement pas le cas ici. Après une longue introduction largement redondante, l'auteur (du CR) assène un propos synthétique dont je gagerais qu'il est plus obscur que celui de l'ouvrage. Pas de définition des termes de la distinction apparemment centrale entre la "conception syntaxique" et la "conception sémantique" ; pas le moindre exemple pour illustrer la thèse de l'auteure.
Je ne vous remercie pas.

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