La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Il faut de tout pour faire un monde
[samedi 13 octobre 2012 - 20:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Après la fin du monde. Critique de la raison apocalyptique
Éditeur : Seuil
295 pages / 23 € sur
Résumé : Un essai brillant et stimulant sur l'idée de fin du monde, qui ne parvient malheureusement pas à intégrer dans son analyse une perspective environnementale.  
Page  1  2  3  4  5  6 

Tant de mauvais livres ont été publiés ces dernières années sur le thème de la fin du monde, de l’apocalypse, des catastrophes écologiques ou autres désastres économico-financiers, que ce n’est plus sans appréhension que l’on se risque à ouvrir les nouveaux ouvrages consacrés à cette question. Le livre dont nous allons parler ici, que vient de publier Michael Fœssel, ne cache d’ailleurs pas son jeu, et alimente d'emblée toutes nos craintes en faisant figurer sur la page même de couverture en lettres capitales les deux signifiants clés de la rengaine catastrophiste. Jugez plutôt : Après la fin du monde. Critique la raison apocalyptique.      

Une fois passé ce petit effroi épidermique, le lecteur aura la bonne surprise de découvrir un livre tout à fait passionnant, très clair, soigneusement argumenté – bref, un livre sans aucun rapport avec le tout-venant de la production philosophico-journalistique du moment. A vrai dire, la chose n’est pas pour surprendre car l’auteur s’est déjà distingué à l’attention par plusieurs publications remarquables, à commencer par le livre paru en 2008 sous le titre de Kant et l’équivoque du monde  , dont il ne serait pas abusif de dire que le présent essai constitue en un sens un prolongement pour peu que l’on tienne compte des autres essais que l’auteur a fait paraître dans l’intervalle  . La réflexion que Michael Fœssel élabore ainsi depuis quelques années a la solidité de celles qui disposent d’un objet thématique bien précis, la patience de celles qui savent remettre inlassablement leur ouvrage sur le métier, et la vitalité de celles qui savent se renouveler en se risquant dans des directions nouvelles. A ce titre, elle est de celles qui méritent discussion, et c’est pourquoi notre compte rendu s’attachera moins à une présentation du livre en ses diverses parties, qu’à une discussion critique des thèses principales qui y sont défendues.      

Isolement, acosmisme et impuissance politique

La thèse majeure, dont procèdent toutes les autres, est énoncée dès l’Introduction, et fait encore l’objet d’une ultime élucidation dans les toutes dernières pages du livre : la pensée catastrophiste contemporaine, avance Michael Fœssel, tire des conclusions erronées à partir d’une intuition juste ; elle une mauvaise réponse à une bonne question. Il ne s’agit pas de dire que la fin du monde est un concept vide de sens, mais qu’elle est mal comprise dans la mesure où la raison apocalyptique interprète comme une fin ce qui pourrait bien être un commencement, comme un désastre une situation de détresse qui appellerait plutôt de nouvelles inventions  .

En effet, poursuit l’auteur, le catastrophisme confond deux choses pourtant très différentes : d’une part, la fin du monde, comprise comme destruction sans reste de toute forme de vie sur terre, et, d’autre part, la perte du monde, comprise comme rupture du lien entre une humanité pensante et agissante et un monde auquel elle peut se rapporter de manière signifiante pour y inscrire son action en vue de le modifier et de le reconfigurer.

Que faut-il entendre par la "perte du monde" ? Selon l’auteur, le monde peut être dit perdu chaque fois que les hommes ont le sentiment d’être confronté à un ensemble de processus sur lesquels ils n’ont plus aucune prise, à chaque fois que l’avenir leur apparaît de telle sorte qu’ils finissent par l’envisager sous la figure d’un destin où il leur est impossible de faire autre chose que d’attendre que se produise ce dont ils ne peuvent pas différer l’avènement. Dans de telles conditions, la pluralité humaine, en l’absence de laquelle aucune action ne peut être entreprise, est tout simplement dissoute. Chacun est renvoyé à sa propre solitude depuis laquelle il observe en spectateur l’ordre immuable des choses – et en spectateur désintéressé par ce qu’il observe car un monde sur lequel il semble que nul ne puisse avoir la moindre prise perd toute signification et, pour ainsi dire, tout visage humain.

Hicham-Stéphane AFEISSA
Page  1  2  3  4  5  6 
Titre du livre : Après la fin du monde. Critique de la raison apocalyptique
Auteur : Michael Foessel
Éditeur : Seuil
Date de publication : 13/10/12
N° ISBN : 9782021053678
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

1 commentaire

Avatar

NB

01/11/12 14:35
Un extrait (son & image)

https://vimeo.com/52472038

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici