La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
De la nature du libéralisme
[jeudi 18 octobre 2012 - 09:00]
Science Politique
Couverture ouvrage
Les penseurs libéraux
Éditeur : Belles Lettres
1200 pages / 27.55 € sur
Résumé : Une somme impressionnante d’érudition et un remarquable outil de travail au service, hélas, d’une vision conservatrice du libéralisme.
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Le recueil d’Alain Laurent et Vincent Valentin constitue un remarquable outil de travail pour tous ceux qui s’intéressent à la nature et à l’histoire du libéralisme. Il est, en effet, salutaire de mettre à la disposition du lecteur un tel ensemble de textes. L’ouvrage, divisé en 3 parties (l’émergence du libéralisme, son affirmation et son renouveau), parties elles-mêmes organisées autour de quelques thématiques centrales de la pensée libérale (tolérance, libertés politique et économique, etc.), attache une très grande place aux spécificités nationales (Lumières françaises, enlightement anglo-écossais, aufklärung allemand) et, surtout, met à notre disposition des textes rares (Pierre Jurieu, Lysander Spooner, Charles Dunoyer, etc.) sans évidemment négliger les classiques. Sur chacun des auteurs, Laurent et Valentin apportent un éclairage dont le lecteur ne peut que tirer un grand profit. Ce qui fait de ce gros livre (plus de 900 pages) une somme majeure tient également aux 75 pages de notices, occasion pour les auteurs de manifester une impressionnante érudition, et, aussi, à la substantielle préface de V. Valentin (79 pages). C’est cette dernière qui dessine le projet politique de l’ouvrage. Projet parfaitement cohérent et, probablement, reflet d’une vision majoritaire du libéralisme. Il n’en reste pas moins que les choix des auteurs peuvent être discutés et c’est à la discussion de ceux-ci qu’est prioritairement consacrée cette note.

Libéralisme économique et libéralisme politique

La thèse centrale est le rejet de toute séparation entre libéralisme économique et libéralisme politique, rejet clairement assumé par A. Laurent dans son ouvrage de 2002, La Philosophie libérale (2002), et qui le conduisait alors à condamner les définitions du libéralisme du Dictionnaire Robert de la langue française (1991) et du Grand Larousse universel (1997). Cette entreprise d’éradication lexicale, qui prend des libertés excessives avec la réalité des revendications, conduit, à partir de l’hypothèse de la cohérence du corps théorique libéral autour de propositions et principes affirmatifs réglant la libre interaction des individus en société, à vider la maison de l’encombrante présence de Rawls, Hobhouse ou Keynes. V. Valentin reprend ainsi les thèses exprimées par A. Laurent en 2006 (Le libéralisme américain. Histoire d’un détournement) n’hésitant pas à évoquer "la dérive américaine". En quoi consiste-t-elle ? En "l’abandon, ou la corruption, de l’héritage du libéralisme non seulement économique mais aussi politique" (p. 14). Ainsi, la thèse, pourtant parfaitement défendable, selon laquelle le libéralisme peut justifier aussi bien un Etat minimal qu’un Etat-providence, est-elle impitoyablement rejetée au prétexte qu’elle viderait de sa substance l’opposition avec le socialisme réformiste. Ce rejet implique celui de la primauté du libéralisme politique qui caractériserait le "libéralisme" américain.

Sans nier que l’on puisse légitimement rechercher dans une généalogie intellectuelle des éléments qui valident le point de vue du caractère indissociable de l’économique et du politique, la thèse opposée ne constitue nullement une "mythologie naïve" (selon l’expression de Michéa). Il est, en effet, décisif de ne pas confondre le libéralisme politique, centré sur la préservation des libertés individuelles, l’expression des droits politiques, le pluralisme et la limitation réciproque des pouvoirs, et le libéralisme économique, fondé sur la régulation par le marché comme ultime horizon d’un fonctionnement libre et qui, dès lors, exclut l’alliance entre démocratie, anticapitalisme et libéralisme politique. D’ailleurs, en langue italienne, entre liberismo (en français libérisme), qui désigne le libéralisme économique, et liberalismo, qui signifie libéralisme politique, la distinction est particulièrement claire et semble remonter à Croce en 1927 . Elle n’est évidemment pas ignorée des auteurs qui ont l’honnêteté d’insérer dans leur recueil des textes de Gobetti et de Croce.

C’est précisément ce lien nécessaire entre l’économie de marché et le libéralisme politique qui doit être dénoué afin de permettre à la gauche de se réapproprier les ressources intellectuelles de la philosophie libérale. Comme le remarque Sophie Heine dans un ouvrage stimulant, Oser penser à gauche. Pour un réformisme radical,  "embrasser les principes de base du libéralisme politique et philosophique tout en dénonçant clairement le libéralisme économique comme une mystification justifiant les rapports de classe existants est non seulement envisageable mais aussi hautement souhaitable pour une pensée de gauche neuve et progressiste". Il n’est donc nullement pertinent d’affirmer que le libéralisme politique s’oppose, par nature, à un projet de régulation démocratique des mécanismes de l’économie de marché. 

Alain POLICAR
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Titre du livre : Les penseurs libéraux
Auteur : Alain Laurent, Vincent Valentin
Éditeur : Belles Lettres
Collection : Bibliothèque classique de la liberté
Date de publication : 12/10/12
N° ISBN : 2251390553
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