Education nationale : culture nationale.
[mercredi 06 février 2008 - 10:00]
Rarement l’Etat-nation aura été aussi jaloux de sa culture que dans le domaine littéraire… Presque exclusivement rattachée à la langue du pays, la littérature n’est envisagée à l’école que dans sa dimension nationale. Les rares auteurs européens - les autres n’existant quasiment pas - ne sont traités qu’à la marge. La culture, la vraie, est nationale ou elle n’est pas…
Comment dès lors envisager la prise de conscience d’une identité multiple ? Un français qui n’a aucune idée de qui est Dante, auteur italien par excellence, ne pourra que se sentir différent du florentin qui connaîtra autant
La Divina Commedia que son voisin gaulois
Les Misérables. La littérature enseignée à l’école n’est pas la seule discipline dans laquelle la nation a exercé son pouvoir d'hégémonie culturelle, mais c’est sans doute ici que le manque d'ouverture est le plus criant. Dans les pages "Débats" du
Figaro, Guy Fontaine, créateur de la
Villa Mont-Noir, lance un appel à la prochaine présidence française de l’Union pour que la littérature européenne soit étudiée en classe, ce qui est l'une des conditions de la citoyenneté européenne. Au niveau du Conseil de l’Europe (organisation paneuropéenne qui regroupe 47 Etats dont La Russie et La Turquie), une recommandation devrait être votée au printemps prochain à ce sujet.
Annick Benoit-Dusausoy et Guy Fontaine sont les auteurs de :
Lettres européennes. Manuel universitaire d'histoire de la littérature européenne aux éditions De Boeck.
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Crédit photo: www.flickr.com/ "The Last King of Gatineau"
4 commentaires
matmegy
matmegy
1) Oui c'est très dérangeant quand on veut construire un espace culturel unis sur la base de valeurs. Unis, celà ne veut pas dire avec la même langue ou avec une culture qui s'uniformiserait... celà veut dire avoir la conscience que l'on vit dans un espace culturel qui a sa cohérence... L'idée d'Europe s'affirmera à la condition que les européens prennent conscience que l'identité d'une personne est multiple : européenne, nationale, régionale...et plus encore, parce qu'une personne ne devrait pas être seulement "nationale"... ce qu'essaye de nous faire croire la nation (et y est en grande partie parvenue).
2) Le problème n'est pas de reconnaître la différence mais de connaître la culture des autres. Il est évident que la culture européenne, les langues (nationales, régionales...) forment une mosaïque passionnante dans laquelle la différence est partout et tant mieux (l'UE cherche par ailleurs à cultiver à tout prix ces différences)… ne pas connaître la culture de l’autre n’empêche pas de communiquer, heureusement ! mais elle peut grandement freiner l’envie de faire un bout de chemin ensemble… dans le sens où la tendance est de dire (et on peut le regretter) : s’il est si différent de moi et que nos cultures n’ont rien à voir l’une avec l’autre, ai-je vraiment un intérêt à m’unir à lui ?
3) Tout dépend du rôle que l’on veut donner à l’éducation nationale… s’il est de former des citoyens strictement français qui, à l’heure de l’immense défi européen, n’ont aucune idée de la culture de leurs voisins immédiats et de ce qui les rapproche alors, oui, l’éducation nationale doit continuer dans cette voie, c’est parfait. Si en revanche, nous voulons des citoyens français qui ont pleinement conscience que l’identité culturelle est multiple et qui connaissent aussi bien le fonctionnement de l’Union que celui de La France (et là c’est de l’éducation civique urgentissime)… alors il faudra non seulement ouvrir l’éducation nationale aux cultures européennes mais aussi aux cultures régionales, détruites, ou, au mieux, laissées à l’abandon… La France est un des rares Etats de l’Union à ne pas avoir ratifié la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires adoptée sous l’égide du Conseil de L’Europe en 1992.
4) J’espère me tromper…mais je ne crois pas. Personnellement, j’ai eu droit à Gogol en section littéraire… superbe auteur de langue russe… bon, je n’aurais peut être pas commencé l’ouverture par Gogol mais cela partait d’un bon sentiment. Alors bien sûr on ne peut pas tout étudier, il faut faire des choix, et les premiers choix vont vers la langue du pays… c’est bien normal. Mais il est urgent de changer de façon d’appréhender la culture pour que les élèves n’aient plus l’impression que les seuls grands auteurs de l’histoire littéraire viennent de leur pays. Pour qu’un italien ne dise plus : « Bon tu es bien gentil avec ton Racine ou ton Hugo, mais Lis La Divina commedia et tu comprendras la vraie littérature »…juste parce qu’il ne connaît que ça… (je prends cet exemple parce que le problème est loin d’être uniquement français).
Michel
Cela m'inspire plusieurs remarques :
1) En quoi cela est-il dérangeant qu'un Italien et un Français se sentent différents ?
2) Est-ce que (et en quoi) le fait de reconnaître cette différence est-elle forcément un obstable à la communication ?
3) L'école ne doit-elle pas, entre autres missions, former des citoyens et, à ce titre, transmettre un patrimoine ? Rien de choquant, dans le cadre de l'Etat-nation à ce que l'on invite les élèves à découvrir ce patrimoine national en l'inscrivant dans l'universalité.
4) Êtes-vous bien sûr que les programmes français soient si franco-centrés ? ...
Olivier Sécardin