La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

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L'Ecran et l'Ecrou. La désindustrialisation comme phénomène culturel
[vendredi 28 septembre 2012 - 12:40]
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Comme tout phénomène traumatique pour une société, la désindustrialisation massive que nous subissons a provoqué des transpositions au niveau culturel. Productions artistiques et habitudes culturelles semblent former une constellation en laquelle se cristallisent les conflits et les contradictions de la société matérielle dans le domaine médian de la culture de masse. On aurait donc grand tort de négliger ces oeuvres et ces mouvements de la culture populaire a priori et de les rejeter. L'insignifiant est en lui-même signifiant et il faut redonner sa noblesse à ces mouvements marginaux, ces détails fugaces qui parfois sont un mode d'expression à travers les quels la société nous fait parvenir des signes forts et nous tend un miroir dans lequel nous ne savons pas nous reconnaître.

Il arrive ainsi que la minceur du signifiant recèle en son sein un signifié caché d'une haute importance pour la compréhension de la société étudiée. Nous savons depuis Roland Barthes que la disposition d'un plat, la courbure d'un corps participent de ce sens caché qui se dévoile parfois dans une posture, un objet ou une habitude. Des productions culturelles et des faits sociaux qui semblent parfois anecdotiques permettent néanmoins d'appréhender aujourd'hui combien ce phénomène de dilution de notre tissu industriel s'exprime et combien il divise profondément les individus selon qu'ils en soient bénéficiaires ou victimes sans d'ailleurs toujours savoir eux-mêmes de quel côté de cette frontière ils se situent.

C'est là où la sémiotique laisse la place à la sociologie et la sociologie interroge naturellement le politique. Comme le disait Aron dans sa leçon inaugurale au Collège de France, "les sociodicées moins encore que les théodicées n'arrivent à justifier la condition des hommes". Nous invitons, à l'occasion de cette réflexion sur les conséquences culturelles de la désindustrialisation, la gauche à repenser les grands principes de la mobilité sociale, cet espoir raisonnable qui guide bien des vies parmi les plus modestes. Face à une crise sans précédent, penser les principes justes d'un progrès social généralisé devient un préalable indispensable à l'action concrète car faut-il encore savoir quel modèle d'évolution des rapports entre classes et quel modèle d'échelle des classes doit guider l'action publique.

Il ne suffit pas tant de s'appuyer sur des modèles scientifiques que de s'interroger sur la notion de justice appliquée à cette donnée des sociétés qu'est la mobilité, une donnée qui permet à chacun de donner corps à cet idéal républicain que certains considèrent comme mièvre ou dépassé mais qui relève de la promesse démocratique : croire que tout homme doit être en mesure de s'élever par l'accomplissement maximal de ses capacités sans être empêché par l'obstacle structurel de la stratification sociale.


Malaise dans la désindustrialisation

On a donc assisté ces dernières années à des phénomènes culturels de masse majeurs autour de la désindustrialisation et de la reconversion de ces lieux de production qu'étaient jadis les usines. Il n'est pas rare que ces derniers aient été transformés en établissements à vocation culturelle et l'on peut parler d'une politique publique de fait qui s'est imposée en maints endroits du continent. Il suffit de se promener en Europe pour trouver des modèles fréquents de ce type d'évolution : l'axe rhénan est ainsi un lieu d'expérimentation de nouvelles formes urbaines fondées sur ce type de reconversion. L'urbanisation très particulière d'une agglomération comme Essen est révélatrice d'un processus de montée d'une conception post-industrielle de la ville marquée par l'accroissement des espaces interstitiels.

Les distances sont étendues et les espaces naturels forment une sorte d'alternance avec le bâti qui ne répond plus tant à une fonction de reliance comme dans la ville traditionnelle qu'à une fonction conservatrice et isolante, espaçant les individus les uns des autres, formant des pôles irréductibles, des monades urbaines sans fenêtres sur l'extérieur au sein d'un continuum dont la monotonie était annoncée dans le morceau Autobahn de Kraftwerk dès la fin des années 70, morceau rythmé par une phrase unique déclinée sur un rythme continuel.

Frédéric MÉNAGER-ARANYI
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