Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr
* Cet article est accompagné d'un droit de réponse (voir disclaimer et note de bas de page).
Après avoir publié il y a une dizaine d’années une Histoire du négationnisme en France, Valérie Igounet s’est intéressée de plus près au négationniste sans doute le plus connu de l'Hexagone : Robert Faurisson . De façon très pédagogique, elle explique dans l’introduction que le terme "négationniste" a été introduit en 1987 par Henry Rousso pour qualifier ceux qui nient les faits attestant de la réalité des génocides, et en particulier du génocide juif (souvent dénommé "Shoah" malgré les restrictions d’usage qui devraient s’imposer). Les négationnistes se nomment eux-mêmes "révisionnistes", dans l’idée qu’il est bon d’exercer un regard critique sur l’historiographie et de "revoir" certains chapitres.
L’intérêt de ce livre réside dans la diversité de ses sources, qu’il s’agisse des écrits négationnistes, d’archives privées, d’archives publiques (départementales et nationales), mais aussi de très nombreux entretiens, malheureusement non-listés et seulement indiqués au cas par cas dans les notes. Ces sources permettent à Valérie Igounet de replacer M. Faurisson dans les cinq âges qu’elle définit pour le négationnisme :
• Le premier âge, de 1948 à 1967, marqué par les écrits fondateurs et leur réception, notamment par M. Faurisson,
• Le deuxième âge qui débute avec la Guerre des Six jours et se caractérise par une orientation à la fois antisémite et anticommuniste du négationnisme,
• Le troisième âge, à partir de 1978, qui offre un rôle de premier plan à Robert Faurisson, notamment grâce à ses procès,
• Le quatrième âge, dès le milieu des années 1980, marqué par le développement de liens avec ce que l’auteure qualifie d’extrême gauche .
• Et le cinquième âge, débutant avec le XXIème siècle, consacrant l’essor du négationnisme iranien.
Au bout des 400 pages de texte, ayant passé en revue des chapitres importants de l’histoire de la France d’après-guerre à travers le prisme de la vie d’un homme, le lecteur aura pu saisir comment est né le mensonge sur le fonctionnement des chambres à gaz (véritable spécialité de M. Faurisson), en quoi cette obsession est particulièrement dangereuse pour la société et surtout comment, aux différentes époques et selon les contextes, ce venin a pu être distillé à grande échelle.
Par souci sans doute de simplicité mais aussi d’efficacité, la biographie est présentée chronologiquement en cinq chapitres de la vie de M. Faurisson, l’extrémiste (1929-1968), le provocateur (1968-1978), le propagandiste (1978-1985), le manipulateur (1985-2000) et l’heure de gloire (2000-2011), sachant qu’un point d’interrogation posé à la fin de ce dernier titre amène à plus de prudence et peut-être à un peu d’optimisme. Dans une introduction très claire, l’auteure aborde en outre une question de déontologie importante : doit-on chercher à discuter avec les négationnistes même si cela risque de leur offrir une tribune et, en l’occurrence, devait-elle s’entretenir avec l’homme dont elle écrit la biographie ? Elle a choisi de le rencontrer et raconte en détail, de façon passionnante, les modalités de l’entretien de 1996.
Pour le lecteur qui souhaitera simplement consulter ce livre, appelé à devenir un ouvrage de référence, un index conséquent permet de s’informer sur la plupart des personnages de la sphère négationniste. Avant de revenir sur les points cardinaux de cette sphère, il peut être opportun de préciser d’une part pourquoi M. Faurisson mérite de faire l’objet d’une biographie, et, d’autre part, quelles ont été ses influences et les complicités dont il a pu bénéficier.
1 commentaire
athee
Quand à la protection dont a pu bénéficier quelques temps Faurisson, elle s'appelle liberté d'expression et elle n'a guère été vaillante avant de se coucher.
Fr.