Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr
Pier Paolo Pasolini était une force de la nature. L’étude, la troisième, qu’Angela Biancofiore lui consacre, ainsi qu’à son œuvre, Pasolini. Devenir d’une création , fait tout ce qu’elle peut pour nous en convaincre. L’ouvrage est traduit de l’italien par Jean Duflot qui publia des entretiens avec Pasolini et qui est l’auteur d’un Pasolini . Il s’agit d’un “itinéraire” qui amène à prendre conscience d’une “œuvre en devenir” , c’est-à-dire dont l’impact est prodigieux en tant que projet culturel, à prendre connaissance d’un engagement exemplaire.
Deux parties le démontrent : une première qui suit l’œuvre en sériant les domaines ou le poète se signifia, une seconde qui rend raison de la réception d’une œuvre riche car multiforme. La thèse de cette étude détaillée et passionnée pose en effet “la notion d’œuvre ouverte, autrement dit d’une œuvre sans conclusion, provisoire, transitive” . Le livre débat de ce qui en a été perçu ou non, exposant “les raisons d’un tournant dans la création pasolinienne, marquée désormais par une poétique de l’inachevé” . C’est bel et bien une force irrépressible qui nous est donnée à penser, celle d’un écrivain sans pareil et plein de ressources dont la recherche constante nous est donnée à apprécier : “Une écriture qui est aussi connaissance de l’altérité, tentative de conjuguer anthropologie et poétique” .
Le but d’Angela Biancofiore est clairement défini : “comprendre l’œuvre complexe de Pasolini” . Cela commence avec la place fondamentale qu’occupe la langue de poésie par le choix du frioulan, dialecte symbolisant l’univers de la mère. Tel est l’intérêt pasolinien pour l’originaire, pour une “archéologie du sujet” ; telle est la défense d’un monde paysan qui devance celle d’un monde d’ouvriers puis d’un monde d’exclus urbains que romans et films donnent à voir. Partir de la vie et aller au fond des choses, tout cela s’exprime dans une œuvre dont “l’autobiographie sera l’axe central” , assumant des contradictions comme moteur de créativité.
De cet imaginaire sont énumérés les thèmes importants comme le désert et l’ailleurs, ce que l’étude inscrit dans la tradition d’“un certain expressionnisme” ; tel est le parti pris de se situer toujours au cœur du réel. C’est encore le thème de la mort –la “thanatolâtrie de Pasolini” – qui marque une œuvre au sein de laquelle coïncident le mythe et la réalité. Le théâtre, comme le cinéma, dont la peinture est le modèle, témoigne pour un langage des corps ; et l’écriture privilégiant l’oxymore relance le processus créateur par quoi le style ne saurait relever de la pure forme puisque l’extralittéraire la nourrit. L’œuvre se déploie alors par une “contamination des langages artistiques [qui] fait toute la singularité du langage pasolinien” .
En la parcourant, se dessine l’image d’un intellectuel dont la conscience déchirée se transforme au contact d’un monde tendant à l’uniformisation des conduites. Toute l’œuvre vit et se poursuit à la lumière d’une homologation de ce monde que Pasolini combat mais qu’il admet désespérément jusqu’à devoir abjurer. C’est le constat que “chaque œuvre de Pasolini n’est jamais conçue comme un univers clos sur lui-même, mais comme un acte qui vise à modifier la réalité et pas seulement à la décrire” . Chaque fois, c’est un défi que se lance ce touche-à-tout incomparable : “Partir de la tradition pour en faire un usage anti-traditionnel : il est possible de retrouver ce principe dans les poésies, dans les romans, dans les films et dans les œuvres picturales de Pasolini” . Celui qui se mettait en scène tenait par-dessus tout au sacré et entendait bien agir sur les valeurs. Son anthropologie culturelle l’atteste, qui est celle d’un combattant pour le progrès et contre le développement. Pasolini dérangea, par sa liberté et pour son indépendance ; en perpétuel dialogue, celui qui fut aussi un critique et un journaliste commentait sans réserve l’actualité.
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