La phrase

On retombe sur des structures finalement très classiques. Quand un acteur devient trop puissant ceux qui l’environnent cherche le soutien d’une puissance extérieure pour le contrebalancer. Les relations internationales restent et seront toujours mues par l’intérêt des Etats. Le pragmatisme a donc de l’avenir et la géopolitique classique, de beaux jours devant elle

Gérard Chaliand, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
De la décadence à la modernité dixneuviémiste
[mardi 18 septembre 2012 - 12:18]
Littérature
Couverture ouvrage
La Décadence. Le mot et la chose
Éditeur : Les Belles Lettres
341 pages / 33,73 € sur
Résumé : La définition de la décadence reste floue. Avec ce livre, Jean de Palacio lui rend justice et explique son unité et les points d’incohérence qui la caractérise.
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Dans la carte du XIXe siècle, tout au bout d’années de bouleversements politiques et de réformes morales, se trouve un territoire littéraire qui fuit les définitions précises : la décadence. Point une école, mais un état d’esprit qui emprunte au naturalisme, au romantisme, au parnasse et au symbolisme. Si le siècle débute avec autorité dans le vers hugolien, il se termine dans une pensée à l’excès, à rebours, à la fois participante du constat du siècle et la singeant par sa posture littéraire.

Jean de Palacio est professeur émérite à la Sorbonne. Spécialiste de la “fin-de-siècle”, il propose avec ce nouvel ouvrage une synthèse de ses nombreuses recherches sur la décadence. Ce territoire y est étudié sous les aspects grammaticaux, lexicaux mais aussi politiques et religieux. Si plusieurs auteurs décadents sont restés célèbres, d’autres, plus confidentiels (Champsaur, Lorrain, Haraucourt, Tailhade) sont souvent introuvables en librairie malgré les efforts d’édition de l’ancienne collection “Fins de siècle” de Hubert Juin chez 10/18 ou des éditions Séguier par la suite. C’est donc une heureuse publication qui permet de côtoyer un esprit qui éclaire de sa noirceur la fin des élans d’un siècle chahuté.

Concevoir le XIXe siècle, c’est comprendre le retournement des perspectives : religion de l’homme, établissement de la République, progrès scientifique, autonomisation des arts. Jean de Palacio précise : “La décadence est contemporaine de deux faits majeurs : le déclin de l’aristocratie de sang et la naissance de l’esprit républicain” . En même temps que l’esprit républicain s’érige, c’est l’ancien esprit religieux qui décline. La croyance au péché originel décroît et la littérature semble vouloir rappeler cette force du mal absente du nouvel homme de la vertu républicaine. C’est Baudelaire qui en revendique d’abord l’existence et en cueille les fleurs les plus esthétiques. C’est tout l’enjeu de la littérature catholique de l’époque : Barbey, le Verlaine des Sagesses, jusqu’à Huysmans en plein cœur du décadentisme. L’“extrême civilisation” qui revient sous la plume de chacun n’est-elle pas la trajectoire imposée du Progrès naissant en même temps que le châtiment de la faute originelle ?

La décadence rend à l’excès ce constat, noircissant le tableau et prolongeant l’étude naturaliste dans les recoins de l’âme. Octave Mirbeau précise : “Il y a plus d’un an que je crie à la décadence, à la décomposition, à la fin de la France” ; ou encore : “Nous avons eu successivement des monarchies absolues, des monarchies constitutionnelles, des empires, des républiques, une Commune et un septennat” . Le pays change et ses principes avec. Drumont écrit dans La France juive en 1886 : “Il y a un monde entre la France d’alors et la France actuelle, avilie par l’opportunisme, morte à toute pensée grande, pourrie dans les moelles, préoccupée de sales trafics, de pornographie et de scandales” . Socialement, on passe au règne de l’argent, celui du suffrage universel. L’idée monarchique et la noblesse ont “le socialisme au flanc, comme un poignard” . À la fin d’En route, Huysmans fait parler le supérieur de la Trappe : “Je vois par des bribes de journaux qui me parviennent que la société est férue de socialisme, pour l’instant” ; et Durtal de répondre : “Où ça en est ? Mais à rien ! À moins de changer les âmes des ouvriers et des patrons et de les rendre, du jour au lendemain, désintéressées et charitables” . Le changement d’esprit est encore incompris et ajoute à la maladie fin-de-siècle. La confusion entre politique et littérature se prolonge. La décadence serait même, selon Jean Ajalbert, proche du boulangisme, une “contrepartie implicite de la fondation de La Cocarde .

Éric MARSON
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Titre du livre : La Décadence. Le mot et la chose
Auteur : Jean de Palacio
Éditeur : Les Belles Lettres
Collection : Essais
Date de publication : 17/11/11
N° ISBN : 2251444262
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1 commentaire

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Romain Courapied

19/09/12 10:51
Bonjour,

Je me permets de vous signaler que les oeuvres de Jean Lorrain sont moins "introuvables" que celles de ses contemporains. L'excellent Monsieur de Phocas est édité en poche chez Garnier-Flammarion, et ses oeuvres complètes sont actuellement rééditées chez Coda éditeurs depuis 2007 (cependant, j'ignore si ces éditions sont ou non de qualité).
Pour les amateurs de Décadence et qui ne sont pas spécifiquement bibliophiles : on trouve facilement les oeuvres d'Octave Mirbeau, quelques ouvrages de Rachilde ont été réédités au Mercure de France, Penses-tu réussir, l'oeuvre de Jean de Tinan et Les Lauriers sont coupés d'Edouard Dujardin (inventeur du monologue intérieur) sont deux beaux exemples d'une modernité décadente tous deux disponibles en poche.
Enfin, la collection "Bibliothèque Décadente" de Séguier que vous mentionnez est vraiment excellente, les ouvrages sont abordables et assortis de préfaces très complètes et de nombreux documents.

Bien à vous,

Romain Courapied.

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