La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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L’abandon du cannibalisme
[mardi 18 septembre 2012 - 23:00]
Ethnologie, Anthropologie
Couverture ouvrage
Les mangeurs d'autres. Civilisation et cannibalisme
Éditeur : Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS)
292 pages / 20.90 € sur
Résumé : Entre fascination et répulsion, le cannibalisme, observatoire de la civilisation et de la discipline anthropologique.
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Ce livre de Georges Guille-Escuret, par un heureux hasard, fut publié quelques temps avant de tomber au cœur de l'actualité. Souvenons-nous en effet de quelques faits divers survenus ces derniers mois de l'année 2012. En mars, deux cannibales étaient arrêtés en Russie, où de nombreux cas de cannibalisme ont été recensés depuis quelques années. Mi- avril, c'est au tour du Brésil de se trouver face à ses propres anthropophages. Début juin, un jeune Canadien est arrêté en Allemagne après une cavale de plusieurs jours faisant suite au meurtre aux relents de cannibalisme d'un étudiant Chinois à Montréal. À Miami, en mai 2012, un homme est trouvé par la police en plein milieu du "repas" qu’il prélevait sur un SDF. Suivront au début de l'été 2012 une série d’événements semblables. Pendant plusieurs semaines, il n'était plus question que de cannibalisme, ou presque, dans nos médias. Plus que de simples faits divers, chacun aura pu remarquer le dégoût et l'incompréhension totale que ce genre d’événements peuvent susciter.

Pour une anthropologie de l’anthropophagie

Le cannibalisme, c’est bien sûr le sujet de ce livre passionnant, fruit d’une longue réflexion qui fût déjà précédée par trois autres ouvrages sur le sujet, étudié sur trois continents différents (Afrique, Asie et Amérique). Les mangeurs d’autres est en fait l’ouvrage de synthèse de Guille-Escuret sur un sujet de recherche qui l’occupe depuis le milieu des années 1980. Un  phénomène d’attraction/rejet tel que celui du cannibalisme aurait du passionner les anthropologues de longue date. Et pourtant, comme signalé en introduction du livre, si toute science se doit d’affronter les démons présents sur son territoire, force est de constater que l’anthropologie à bien failli à cette mission. Sous prétexte qu’il n’était en rien un sujet digne de ce nom, la science de l’Homme a mis de côté le cas du cannibalisme.

Guille-Escuret entend aller plus loin qu’une simple revue ethnographique et/ou historique de l’anthropophagie dans le monde. Dans sa volonté de s’inscrire dans une anthropologie comparative ouvertement scientifique, c’est à une véritable réflexion épistémologique sur les sciences sociales ainsi que s’est livré l’auteur  .

Dès le début, Les mangeurs d’autres invite ni plus ni moins, une nouvelle fois dans l’histoire de l’anthropologie, à repenser et dépasser la dichotomie opposant nature et culture, et avec elle, la civilisation contre les sauvages, donc le eux et le nous. Ce vaste programme s’expose dans une introduction parfois difficile à digérer et qui nécessite parfois plusieurs relectures pour en saisir toutes les subtilités. Pierre Clastres s’était distingué au milieu des années 1970   en s’attaquant au tropisme en vogue jusqu’à cette époque (et qui, sous bien des aspects, existe encore de nos jours) et qui consistait à voir dans les sociétés dites exotiques des sociétés incomplètes, en "manque de quelque chose" : sans écriture, sans État, sans histoire. Ainsi, Guille-Escuret remarque malicieusement que, puisque la société civilisée est "rescapée du cannibalisme"   et que le cannibalisme y est relégué au-delà de ses limites, dans les confins du sauvage, cette société civilisée devient une société "sans cannibalisme". Quelque part, une société elle aussi incomplète  .

Cette horreur envers le cannibalisme développée en Occident est un héritage direct des Grecs et de leurs mythes ; c’est ce que nous apprenons avec le premier chapitre. Alors qu’on reconnaît aujourd’hui une opposition entre allélophagie (manger des autres) et homophagie (manger des semblables), on apprend qu’il s’agit là d’un lapsus du 19ème ; en effet, les Grecs parlaient, eux, d’ômophagie (manger de la viande crue), notamment  au sujet des cultes rendus à Dionysos  . Pour Hérodote, c’était aux androphages, peuples sans véritables noms ethniques, que revenait la palme des "mœurs les plus sauvages" (p. 35)). Après les Grecs, il faut aussi relever le cas du christianisme, où, comme le signal Guille-Escuret, "de nombreux auteurs ont relevé […] la dimension cannibale de la communion"  . Bien qu’interdites par l’Église, les pratiques cannibales existeront pendant les croisades (lors du siège d’Antioche notamment) et les grandes disettes (entre le 8ème et le 11ème siècle), justifiées par la dualité corps/âme et impure/pur.

Samuel LEMPEREUR
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Titre du livre : Les mangeurs d'autres. Civilisation et cannibalisme
Auteur : Georges Guille-Escuret
Éditeur : Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS)
Date de publication : 08/03/12
N° ISBN : 978-2713223396
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