La phrase

Les événements n'ont pas d'intérêt en eux-mêmes, mais ils sont comme réverbérés par l'imaginaire et la rêverie. Par la manière dont on les a rêvés, dont parfois on les a mélangés et amalgamés, on a mis sur eux une sorte de phosphorescence, ils sont métamorphosés. En écrivant ainsi, j'ai l'impression d'être plus proche de moi-même que si j'écrivais d'un simple point de vue autobiographique.

Patrick Modiano, prix Nobel de littérature 2014, Télérama, le 4 octobre 2014

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Philippe Descola, médaille d’or du CNRS
[vendredi 14 septembre 2012 - 17:00]

Et le lauréat est… Philippe Descola ! C’est sans véritable surprise que l’anthropologue a été désigné ce vendredi 14 septembre pour recevoir la plus prestigieuse médaille du CNRS pour l’ensemble de son œuvre. Après l’avoir décernée en 2011 au biologiste et prix Nobel de physiologie et médecine Jules Hoffmann, le mastodonte de la science lui reconnaît ainsi par ce geste d’avoir "contribué de manière exceptionnelle au dynamisme et au rayonnement de la recherche française".

Directeur d’étude à l’EHESS et titulaire de la chaire d’Anthropologie de la nature au Collège de France, Philippe Descola est d’abord connu pour son travail sur les différentes modalités du rapport à la nature établies par les sociétés humaines. Après plusieurs années consacrées à des études de terrain sur le territoire équatorien parmi une tribu Jivaro, il étendit progressivement sa réflexion sur ces thèmes à d’autres sociétés jusqu’à publier en 2005 sa grande synthèse Par-delà nature et culture dans la célèbre Bibliothèque des sciences humaines de Gallimard ; déjà une forme de consécration.

Dans ce livre au titre évocateur, Philippe Descola tente de dépasser la dialectique obsédante qui structure notre propre rapport au monde et aux êtres. Elle-même posée comme production culturelle, l’opposition entre nature et culture est alors intégrée à un inventaire des ontologies observables – analogisme, animisme, naturalisme ou totémisme – fonctionnant comme autant d’idéaux-types devant permettre d’analyser dans leurs particularités les modes d’identification des êtres sur lesquels se fonde l’épistémè des sociétés. Le naturalisme, régime ontologique propre à la culture des sociétés occidentales, serait ainsi lui-même à l’origine de l’idée singulière de nature.

Globalement bien reçue, cette thèse a néanmoins été critiquée à la marge pour son caractère plus personnel qu’elle ne semblait le vouloir, et pour diverses faiblesses perçues dans l’identification et la construction de la typologie des quatre ontologies, quelque peu forcée aux yeux de certains commentateurs .

Toujours est-il qu’en décidant d’accorder à Philippe Descola sa plus brillante médaile, le CNRS fait preuve d’une certaine constance, puisque qu’il l’avait déjà gratifié de la médaille d’argent en 1996. Mais il faut sans doute également voir dans ce choix une manière de mettre en avant les sciences humaines, longtemps laissées de côté par la plus grande institution de recherche française. Signes probables d’une orientation générale de la politique scientifique, les derniers médaillés d’or dans ces disciplines étaient l’anthropologue Maurice Godelier, mis à l’honneur en 2001, et l’économiste Jean Tirolle qui reçut la même médaille en 2007.

Pour aller plus loin :

Un double compte-rendu critique de Par-delà nature et culture paru dans Etudes rurales 2/2006 (n° 178), par Emmanuel Lézy et Gérard Chouquer.
 

Pierre-Henri ORTIZ
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2 commentaires

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PH Ortiz

18/09/12 00:08
@ Ludivine: merci pour cette observation.

Le palmarès des médaillés d'or du CNRS est disponible à l'adresse suivante:

http://www.cnrs.fr/fr/recherche/prix/medaillesor.htm
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Ludivine

17/09/12 20:19
Pierre-Henri, vous oubliez que le sociologue Pierre Bourdieu a eu cette médaille en 1993!

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