La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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L'imagination au service de l'action
[mercredi 12 septembre 2012 - 21:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Les puissances de l'imagination : Essai sur la fonction éthique de l'imagination
Éditeur : Cerf
300 pages
Résumé : J.-P. Pierron soutient que loin de n’être que la capacité de déréaliser et de fuir le réel, l’imagination est la condition de possibilité de la pratique humaine.
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C’est ensuite à une minutieuse analyse des apports de la pensée de Ricœur que se livre l’auteur. Celle-ci permet de mettre au jour comment l’imagination permet l’agir éthique. L’auteur distingue trois niveaux dans la perspective ricoeurienne. D’abord, au niveau du choix, car l’imagination permet de mettre "de la perspective dans une vie" . Autrement dit, elle permet de se représenter un projet, des conséquences, de tester des hypothèses, d’envisager des possibilités pour élaborer une action qui atteigne la fin voulue par les moyens adéquats. A un deuxième niveau, l’imagination nous permet de prendre conscience de nos motivations, et de les alimenter. Grâce à elle, nous pouvons choisir des modèles, des valeurs qui proviennent de l’imaginaire (individuel ou collectif) ), plus simplement même, il existe une part d’imagination dans tous nos désirs qui peuvent être des motifs d’action ; une réflexion sur l’imagination rend possible une enquête sur ces sources de l’action . Au troisième niveau, c’est elle qui nous invite à intensifier nos facultés en nous présentant ce que nous pourrions faire si nous en étions capables. Elle libère ainsi de la fixe rigidité du réel pour tenter de nous faire atteindre un possible espérable. De plus, par l’aperception analogique, rendue possible par l’imagination, l’homme va pouvoir être affecté par le passé ou les fictions : grâce à ce qui lui représenté dans un récit fictif ou historique, il peut envisager des possibilités d’action supplémentaires, nouvelles et augmenter ainsi la surface du champ de ses possibles. C’est en effet ce que montre Ricœur dans Temps et récit. L’auteur met également en relation l’imagination avec l’herméneutique et, s’appuyant toujours sur la philosophie de Ricœur, il montre que se comprendre comme soi requiert le passage par des médiations qui exigent d’être remises en contexte, interprétées, et qui de ce fait nécessitent un usage convenable de l’imagination.

Après ces chapitres destinés à élaborer une légitimation de l’imagination – en particulier en l’éthique – , l’auteur propose quatre cas concrets et actuels dans lesquels le rôle de l’imagination a toute sa place dans le cadre de la réflexion éthique qui les entoure. Le premier cas envisagé est celui de l’improvisation et fait appel aux "hard cases", aux réponses à apporter aux questions soulevées par une innovation, comme le clonage ou les lacunes juridiques. Il faut alors avoir un certain usage de l’imagination pour commencer à agir de façon éthique. Le second cas est celui du rôle de l’imagination pour comprendre les motivations des hommes sans les réduire à ce schéma qu’est l’homo oeconomicus, tel que l’envisage le prix Nobel d’économie Amartya Sen ). Le troisième point d’application des thèses défendues dans l’ouvrage sur l’importance de l’imagination se trouve dans la réflexion de certains juristes (en l’occurrence M. Delmas-Marty) : il s’agit de créer de nouveaux droits, non pas en divaguant complètement à partir de tout et de rien, mais par exemple de construire un droit européen unifié à partir de l’exigence d’unité et de la diversité des différents systèmes de droit existant dans les différents Etats européens. La médiation réglée de l’imagination semble capitale pour se livrer à une telle tâche. Enfin, c’est à l’humour enfin qu’est consacré de dernier "exercice" d’imagination, l’humour compris comme ce qui permet de s’opposer à l’esprit de sérieux, rigide et austère de la morale. L’humour, sagesse comique, permet de faciliter le vivre ensemble, évite la crispation sur des principes, permet de ne pas consacrer l’ordre des choses – si terrible soit-il – mais de le subvertir. L’humour, comme le dit encore l’auteur, « autorise une forme de désimplication ou de désengagement qui met en perspective et par là ouvre des perspectives. Cette ouverture créatrice constitue le noyau éthique du comique et de l’humour." . Dans l’humour, l’imagination apparaît encore comme capable d’innovation, de création, d’une création au service de l’éthique.

S’il y avait une remarque à formuler, on pourrait se demander pourquoi C. Castoriadis, qui est mentionné parfois, n’est pas plus attentivement convoqué dans le cadre de la réflexion sur l’imaginaire collectif et social. Pour le reste, le raisonnement est clair, convaincant et audacieux.

Yoann COLIN
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Titre du livre : Les puissances de l'imagination : Essai sur la fonction éthique de l'imagination
Auteur : Jean-Philippe Pierron
Éditeur : Cerf
Collection : Recherches morales
Date de publication : 14/06/12
N° ISBN : 2204097195
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