La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

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Étendre la lecture de Mallarmé
[jeudi 06 septembre 2012 - 12:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Jouir partout ainsi qu'il sied. Mallarmé et l'esthétique du quotidien
Éditeur : Classiques Garnier
691 pages / 47,22 € sur
Résumé : Pour sortir d’un Mallarmé écartelé entre deux types de poésies incompatibles, l’une sérieuse et l’autre frivole, Barbara Bohac reprend tout le dossier.
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Pour en revenir à la hiérarchie des objets artistiques, Mallarmé connaît parfaitement bien les idées et les travaux de tous ceux qui s’intéressent, à l’époque, aux arts décoratifs, à la décoration. Mais l’enchaînement de sa pensée est plus pertinent. Après avoir proclamé la mort de Dieu et donc aussi des hiérarchies attachées, Mallarmé finalement propose une esthétique qui met l’accent sur le travail minutieux de la forme, sur une virtuosité capable de créer de la beauté à partir d’une matière restreinte, voire sans grande valeur. Elle témoigne aussi souterrainement d’une réduction de l’écart entre les arts majeurs et les arts mineurs, entre la poésie et les arts décoratifs, entre objets quotidiens et objets élevés. La conquête du nouvel absolu, le néant, peut s’accomplir à partir de presque rien. La perfection du vers ou d’une forme où les points de rencontre ont été ménagés avec art et multipliés de telle sorte que chaque élément, pris dans un réseau complexe de relations, apparaît comme nécessaire et non interchangeable, permet de cristalliser cet absolu jusque dans l’objet poétique le plus infime. C’est à ce geste que nous devons les allégories somptueuses du Néant, ouvrant ainsi à une “conception spirituelle du Néant”.

Dès lors, l’absolu et le quotidien se rejoignent. Mallarmé l’indique dans une Chronique de Paris, où il évoque les solennités publiques ou intimes, dont il compte traiter, livres, spectacles, expositions et bals qui chacun représentent la “manifestation de nos instincts de beauté”. Ce ne sont pas nécessairement des vanités qui sont là présentes. Plutôt, sans doute, des objets quotidiens dont l’homme fait son travail. Car si le rien forme l’horizon de la condition humaine, il nous reste l’infini, le langage, qui repousse le rien. C’est par l’infini que l’homme donne sens à sa place dans l’univers. Le vide se remplit de toute la splendeur sensuelle de la création humaine. Ainsi dépasse-t-on le frivole et le stérilisant, en nous détournant des vanités du monde pour nous tourner vers la plénitude de l’art.

La raison qui fait que l’objet décoratif peut, au même titre qu’un poème, incarner une forme d’absolu esthétique, est qu’il porte l’estampille de l’esprit. Ce dernier y inscrit un ensemble de rapports nécessaires. L’éclat intense du bibelot – que sa lourde matérialité peut parfois occulter, mais que Mallarmé choisit toujours dans les objets anciens, lourds de passé (condamnant par ailleurs les objets neufs industriels) –, la saturation des couleurs des productions humaines, la majesté des formes créées, par leur excès même, parfois, débordent la nature et s’élèvent au-dessus d’elle, attestant du même coup l’aspiration vers autre chose que ce qui est seulement. Y aurait-il donc du divin dans l’homme, à défaut de l’existence d’un Dieu, dans cette capacité à créer pour ainsi dire ex nihilo une beauté qu’il tire de son propre fonds.

En un mot, l’auteure défend la thèse suivante : la crise de 1860 apporte à Mallarmé la révélation du néant, mais cette révélation est inséparable de la mise au jour d’une esthétique qui se présente comme une véritable reconquête de l’absolu à partir du quotidien. Cette reconquête peut donc s’accomplir à partir du plus petit élément poétique possible. Il n’y a aucune raison de mépriser un art ou un genre ou un type d’objet particuliers. Du coup, le mot d’ordre de la pensée de Mallarmé pourrait être : “jouir partout ainsi qu’il sied”. Et comme on le voit, l’auteure fait de cette maxime le titre de son ouvrage. Sans bouder son plaisir donc, sans se laisser leurrer par le caractère spécifique de l’objet, par l’aspect utilitaire de tel bibelot. Il n’y a pas de grand art plus important que d’autres, comme on le croyait encore sous la direction des aèdes susceptibles de créer de la mythologie, il faut attacher une attention soutenue à tout ce qui se présente.

Avec le typique et le moderne, c’est le vaste champ des réalités contemporaines et quotidiennes qui s’ouvre à l’artiste, mettant fin à un ostracisme séculaire, sur lequel il reviendra une dernière fois dans la première Chronique de Paris. Seul point irréductible, Mallarmé stigmatise la langue misérable par laquelle certains exposent l’infini. Ce qui d’une certaine manière refonde la hiérarchie des arts. Certes, autrement. Désormais, la supériorité d’un art tient à sa lucidité ou sa conscience de soi (ce qui est plus vrai du livre que du bibelot). En vertu de quoi la poésie est certainement le plus élevé des arts, d’autant que chacun peut la pratiquer, à l’heure de la grande ville et du tourisme égalitaire.

Et tout ceci pour conclure : Dans une société coupée du divin et de tout ce qui peut donner sens à notre destinée, le quotidien menace de verser dans la plus affligeante platitude. L’homme doit mettre en œuvre des stratégies pour échapper à son inconsistance. Il se replie sur l’espace domestique où, par le moyen de l’ameublement, il réintroduit le rêve et une épaisseur temporelle. Parce que l’essentiel de la vie quotidienne s’y déroule, parce que l’intérieur a tendance à devenir la coquille et le reflet de celui qui l’habite, cet espace est, une image privilégiée de l’espace mental. Voilà qui donnera à beaucoup l’envie, souhaitons-le, de relire Mallarmé..
 

Christian RUBY
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Titre du livre : Jouir partout ainsi qu'il sied. Mallarmé et l'esthétique du quotidien
Auteur : Barbara Bohac
Éditeur : Classiques Garnier
Collection : ERD
Date de publication : 04/04/12
N° ISBN : 2812403926
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1 commentaire

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Alain Lipietz

10/09/12 17:14
Bonjour Christian
content de te retrouver ! je vais lire ce livre. Car je travaille aussi sur Mallarmé, vois ici : http://lipietz.net/?article1642
J'aimerais bien reprendre contact.
Amitiés
Alain

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