Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr

Longtemps certaines œuvres de Stéphane Mallarmé ont été tenues pour frivoles. D’autres étaient au contraire passées au centre de toutes les attentions savantes. Parmi les secondes, on compte les œuvres liées à la crise spirituelle de 1860, celles qui disent le ralliement à la mort de Dieu, la reconnaissance du Néant (notamment rappelée dans un texte de La Dernière Mode, portant sur le voyage et le regard sur la mer, cf. seconde Chronique de Paris), bref, tout ce qui est exposé dans les célèbres lettres à Cazalis et que l’on peut résumer ainsi : le rien est vérité, seule l’esthétique nous sauve, l’éternité est sur terre, la poésie constitue un patient travail de tissage des éléments épars sur fond de néant.
Parmi les premières, on compte toutes celles qui s’inquiètent de la notion de quotidien, de manière assez évidente. C’est le cas des écrits sur la décoration qui traitent d’objets destinés à revêtir le corps ou à prendre place au sein de l’univers domestique. Parmi ces écrits figurent essentiellement les articles sur les expositions de Londres, La Dernière Mode, la “réponse à une enquête sur le beau et l’utile” et plusieurs autres textes. Tous les Vers de circonstance en relèvent aussi.
Or, il n’est pas certain que cette césure dans le corpus mallarméen soit cohérente. D’autant que l’usage du terme “quotidien” peut évoquer des choses différentes. Bien sûr, par ce terme, le quotidien, on peut entendre ce qui relève de la vie de tous les jours, le mot désignant par extension, l’habituel, l’ordinaire. Il peut désigner une temporalité à la fois éphémère et répétitive, marquée par le sceau de l’habitude. Mais il est aussi souvent synonyme de monotone et de banal. La notion prend alors un sens négatif. Ce qu’on pourrait prolonger encore, en rappelant que Walter Benjamin suggère qu’avec cette référence poétique et artistique au quotidien, c’est quelque chose comme la réforme de l’intérieur des maisons et des appartements qui vient en avant, ou pour être plus percutant, la pénétration de la marchandise dans l’intimité de la vie des femmes et des hommes .
Considérer l’ensemble de ces références, dans le corpus mallarméen, avec précision, contribue à construire un travail sans doute nouveau autour de ce poète. L’auteure de cette thèse rassemble les pièces de ce puzzle et nous offre une parfaite synthèse de ce que nous pouvons savoir et apprécier de ces écrits de nos jours.
D’une certaine manière, les options possibles autour de la césure habituellement pratiquée dans les œuvres de Mallarmé, sont les suivantes. Soit on maintient cette séparation de l’œuvre en deux blocs distincts, quoique souvent juxtaposés. Chaque bloc – un Mallarmé sérieux et un Mallarmé frivole en quelque sorte – ignore l’autre. Et on ne se pose même pas la question de savoir si l’on peut ou s’il ne faudrait pas relier ces deux blocs. Ainsi a-t-on procédé longtemps. Les lectures des années 1960 étaient de ce type. Seul le Mallarmé du Coup de dés avait l’heure de plaire.
Soit, on tente de lier les deux veines du poète, faisant alors de Mallarmé un être biface, sérieux et souriant à la fois, ancré dans la vie quotidienne en même temps qu’il rêve de l’absolu. Soit, on tente de gommer la coupure, en montrant que les œuvres “légères” le sont moins qu’on ne le croie, d’autant qu’elles sont destinées à perturber elles aussi les règles de genres ritualisés (le journalisme, la critique d’art) ou en ravalant le concret au rang d’illustration du concept. Soit, enfin, on tente une synthèse plus élaborée, consistant à montrer que la confrontation de l’absolu et du matériel, en quelque sorte, s’organise fort bien dans une philosophie matérialiste de ce type. Non seulement Mallarmé s’érigerait en faux contre les hiérarchies des genres en littérature, mais il accomplirait la même manœuvre du côté des séparations métaphysiques. Les objets périssables, néanmoins créés par des humains, ont alors autant de titre à comparaître dans la poésie que la pensée pure.
En tout cas, qu’on suive ou non cette voie, il est parfaitement certain que Mallarmé s’élève contre la pensée platonicienne qui exige la séparation en question (corps-âme, matériel-spirituel, chute-élévation), et pas seulement elle. En effet, il ne se contente pas de prendre cette pensée à parti. Il participe aussi au bouleversement de la hiérarchie des arts telle qu’elle se présente encore à son époque. Certes, de nombreux auteurs ont mis en question les classifications héritées (entre genres d’art, entre objets valorisables ou non, entre les sens). Baudelaire ne fut pas le dernier qui, de correspondance en commentaire de Wagner, exalte les traductions réciproques et la coïncidence entre les arts. Mallarmé connaît son Baudelaire et ne participe pas pour rien à une revue consacrée à Wagner.
1 commentaire
Alain Lipietz
content de te retrouver ! je vais lire ce livre. Car je travaille aussi sur Mallarmé, vois ici : http://lipietz.net/?article1642
J'aimerais bien reprendre contact.
Amitiés
Alain