La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Guignon belge et amour filial
[jeudi 23 août 2012 - 10:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Lettres de Belgique à sa mère
Éditeur : Ramsay
150 pages / 15,20 € sur
Résumé : Poussé à l’exil en Belgique pour fuir ses dettes, Baudelaire tente maladroitement de minimiser sa situation catastrophique aux yeux de sa mère.
Page  1  2 

Son désir d’aller à Paris, malgré l’angoisse, doublée d’une agoraphobie patente, d’y croiser ses créanciers, est récurrent, comme celui de rejoindre sa mère à Honfleur. Mais aucune démarche pour obtenir quelques paiements n’aboutit : “Dois-je réellement croire que tous ces articles que j’ai si douloureusement écrits sur la peinture et la poésie n’aient aucune valeur vénale ?”, se plaint-il le 14 août, et toujours l’argent revient faire écran à toutes ses velléités de voyage, même en Belgique où “les chemins de fer sont chers” (lettre du 31 juillet 1864). Entre ennui (“horrible torture”) et paranoïa, l’hiver passe dans le froid glacial et humide de sa chambre blanche, il demande des nouvelles de sa mère, dont la santé n’est pas bien meilleure que celle de son fils (elle ne lui survivra que quatre années). Il confesse qu’égoïstement, il lui sait gré de ne pas l’avoir affolé, en le ménageant des mauvaises nouvelles de sa santé jusqu’à ce qu’elle soit elle-même rétablie. Dans la même lettre du 3 février 1865, on comprend bien que malgré ses attentions filiales et les promesses réitérées de revenir vivre avec sa mère pour leur bonheur commun, dans le fond, pour lui, “il ne s’agit pas seulement de Bruxelles ; il s’agit de Paris ; il s’agit d’affaires ; il s’agit de littérature”, alors que dans le même temps il constate que “La Revue de Paris dégringole”. Cela ne l’empêche pas de refuser, par fierté, une traduction du Melmoth le voyageur de Maturin à la maison Lacroix et Verboeckhoven qui l’avait “si drôlement éconduit” (lettre du 15 février 1865).

Durant son séjour belge donc, il “occupe son temps à grossir doucement [son] paquet de Poèmes en prose” (lettre du 30 mai 1865), commet quelques articles, dîne avec la famille Hugo et ses fils, installés eux aussi à Bruxelles, ce qui n’arrange pas sa misanthropie quasiment généralisée : “Si j’étais affligé d’un fils qui singeât mes défauts, je le tuerais par horreur de moi-même”, conclut-il sa lettre avec un humour cinglant (idem). Entre l’affaire Poulet-Malassis (propriétaire par traité de ses droits d’auteur pour cinq ans) et son agent Julien Lemer, on découvre à travers les missives de Baudelaire tout le jeu des tractations d’un auteur aux prises avec les éditeurs (les frères Garnier, avec lesquels les négociations s’éternisent et restent sans suite), un public difficile à saisir, et des mondanités entrecoupées de séries de purgations. Baudelaire explique même à sa mère le principe de droit d’auteur et ses avantages pour les ayants droit dans l’espoir de contrecarrer dans l’au-delà “le guignon dont [il] se plaint” (lettre du 23 décembre 1865).

Les amis et la mère au chevet du poète
L’année 1866 commence par un bilan de santé effroyable qui donne à l’abnégation de son entourage et la persévérance de Baudelaire une tournure tragique. Le médecin lui diagnostique une hystérie qui selon Baudelaire ne fait que témoigner de son incompétence : “Cela veut dire : je jette ma langue aux chiens” (lettre du 6 février 1866), bien que toujours en proie à des crises de “névralgies” toujours plus fortes, accompagnées de violents étourdissements. Si les médecins de Hugo ou de Sainte-Beuve travaillent à soulager ses souffrances, cyclique, le mal revient toujours. Entre les descriptions des symptômes qui prennent de plus en plus de place dans ses lettres, Baudelaire parvient à dessiner progressivement son projet de publication, jusqu’à ce que le 11 mars 1866 ne frappe sa première crise d’hémiplégie, chez les Hugo (il venait de finir Les Travailleurs de la mer et comptait en faire un article, raconte Mme Hugo dans une lettre à son mari). Dès lors, les événements s’accélèrent et le 31 mars, alors que Baudelaire ne peut déjà presque plus se déplacer, l’ultime crise qui aura raison à la fois du contrôle de son esprit et de son corps s’abat sur lui.

La suite est racontée par Crépet et ses proches, tel Nadar dans son Charles Baudelaire intime : le poète vierge (1911) ou Charles Asselineau dans Charles Baudelaire, sa vie, son œuvre (1869). On ne saurait dire si le noir tableau de ces deux dernières années en Belgique, où il fut traqué par ses créanciers et harcelé par sa maîtresse d’hôtel, n’ont pas contribué à faire de Baudelaire le poète maudit qu’on se représente. Pourtant, ses lettres exposent aussi le malentendu entre celui qu’on imagine un “monstre” et qui se révèle “froid, modéré et poli” (lettre du 13 octobre 1864 à Narcisse Ancelle, p. 15) et l’écart entre la dure réalité du monde éditorial où Baudelaire s’adjoint les services d’un agent littéraire et son propre succès malheureusement trop souvent d’estime. En annexe de cette correspondance intime, des extraits de Pauvre Belgique ! donnent le ton atrabilaire de ce séjour marqué par les déceptions et le déclin physique d’un poète qu’on découvre pourtant toujours pétri de tendresse filiale et d’invincibles espoirs.
 

Magali NACHTERGAEL
Page  1  2 
Titre du livre : Lettres de Belgique à sa mère
Auteur : Charles Baudelaire
Éditeur : Ramsay
Date de publication : 23/03/11
N° ISBN : 2812200227
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

Aucun commentaire

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici