Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr

On connaît la contribution de l’écrivain et académicien Dominique Fernandez à l’importante bibliographie sur le voyage en Italie, à destination du grand public cultivé : on lui doit notamment Le Voyage d’Italie , un Dictionnaire amoureux de l’Italie ainsi qu’un ouvrage consacré à la villa Médicis , déjà illustré par F. Ferranti et présenté à la manière d’un trajet initiatique.
La toute récente réédition de Rome, son volume de 2004, permet de revisiter la Ville éternelle sous l’angle de l’intimité. L’auteur n’ignore pas que son sujet est rebattu : “Comment penser par soi-même, devant des œuvres commentées cent fois par les meilleures plumes ?” s’interroge-t-il d’entrée . Afin de légitimer sa démarche, il s’attache à révéler des aspects insolites de la capitale, à mettre en lumière des trésors qu’il juge méconnus. Le monde antique est néanmoins présent à travers le forum, la via Appia ou les célèbres et spectaculaires villas de Néron et d’Hadrien, autant de lieux sur lesquels le promeneur nous livre quelques anecdotes, études de détail, voire rectifications. Néron se trouve ainsi réhabilité : D. Fernandez admire tout particulièrement son sens de la démesure sublime et son rôle de précurseur dans l’histoire des arts. Le chapitre consacré à la basilique San Clemente est quant à lui l’occasion de rendre hommage à la Rome palimpseste, feuilleté de civilisations “empilées” sur quatre étages.
L’inventaire établi par l’ouvrage fait songer à celui de Madame de Staël dans Corinne ou l’Italie : “Palais”, “Villas et jardins”, “Églises”, “Collines”, etc. Cette dernière avait déjà noté que la ville ne se laissait pas si facilement appréhender : “On croit que Rome avait autrefois un nom mystérieux, qui n’était connu que de quelques adeptes ; il semble qu’il est encore nécessaire d’être initié dans le secret de cette ville. Ce n’est pas simplement un assemblage d’habitations, c’est l’histoire du monde, figurée par divers emblèmes, et représentée sous diverses formes” .
La posture se veut singulière : l’auteur esquisse son autoportrait en dilettante et enregistre une évolution dans le temps. De sa jeunesse dans les années 1950 – il était alors “programmé pour voir” les beautés convenues de Rome – jusqu’à l’époque actuelle, il a entretenu et approfondi son amour pour la ville en y séjournant au moins une fois par an. On devine que s’est progressivement tissé un lien entre la découverte de la ville et l’apprentissage de l’écriture : le texte rappelle utilement que Rome a toujours attiré les étrangers et fécondé leur génie. Mais l’érudition compte moins que le plaisir de raconter et de faire partager quelques secrets, de vagabonder en laissant libre cours à sa culture littéraire et mondaine.
Une telle posture (faussement ?) désinvolte est toutefois héritée de celle du narrateur stendhalien : lui aussi rejette les guides et autres itinéraires imposés, prend ses distances avec les “hauteurs de l’admiration obligée” ; lui aussi, déjà, prétend aider son lecteur à penser par lui-même (tout en façonnant son regard) : “L’œil a besoin d’une éducation, et, cette éducation, l’on ne peut guère se la donner qu’à Rome” . À la suite de Dupaty et des “voyageurs sensibles”, Stendhal prône avant Fernandez (qui le cite souvent) la supériorité des impressions personnelles et de l’émotion sur le “prêt-à-porter culturel pour touristes nigauds” .
C’est le XIXe siècle qui invente le genre de la promenade , par opposition au registre normatif des guides de voyage du siècle précédent. D. Fernandez, on le sent, doit beaucoup à ses prédécesseurs – de Chateaubriand à Zola –, sans oublier plus tard les écrivains italiens du XXe siècle qu’il a souvent personnellement connus.
1 commentaire
lola
devenus d'une pauvreté incroyable et démoralisante .