Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr

Si le christianisme apparaît comme une religion révélée et affirme un certain nombre de limites et frontières dans son canon scripturaire (défini et achevé entre les IIe et IVe siècle), il se présente aussi dès l’origine comme pluriforme, divers et complexe. S’affirme ainsi dès la fin du IIe siècle une forte tension entre les apologistes (Justin, Irénée, Clément d’Alexandrie), défenseurs d’une vision de l’Eglise et du christianisme unifiée autour de certaines normes de la foi, et les gnostiques, réservant le salut eschatologique aux seuls initiés ayant atteint la Gnose (la Connaissance ou la découverte de Dieu en soi-même). C’est précisément ce christianisme pluriel, ces tensions théologiques qu’Antonio Orbe, professeur de théologie à l’Université Grégorienne de Rome , spécialiste notamment de la théologie patristique des tout premiers siècles, explore dans son ouvrage intitulé Introduction à la théologie des IIe et IIIe siècles (2 tomes).
Le livre, paru initialement en 1987, fait ici l’objet d’une réédition : à la traduction de Joseph M. Lopez de Castro et Agnès Bastit s’ajoutent les références textuelles de Pierre Molinié (qui restaient très sommaires dans l’original), l’actualisation des données bibliographiques de Jean-Michel Roessli concernant les études parues depuis la sortie de l’ouvrage en espagnol ainsi qu'une bibliographie des titres cités par l’auteur et plusieurs index créés grâce aux soins de Bernard Jacob.
Le plan du livre
Le présent ouvrage constitue une vaste introduction à la littérature chrétienne des second et troisième siècles de quelque provenance que ce soit, y compris gnostique ou apocryphe. Cette approche s’inscrit dans une vision de la théologie de l’histoire et adopte donc un plan qui suit les étapes du plan divin de salut, depuis le Dieu inconnu (premier chapitre : " Vers la connaissance de Dieu ") et son entreprise créatrice jusqu’au régime du Millénium et au Jugement Dernier, en passant par l’épineux problème du péché et l’incarnation du Verbe en Jésus. L’enchaînement des chapitres adopte donc la ligne narrative des deux Testaments comme s’il s’agissait pour l’auteur de mettre à jour les desseins du dieu de la Bible, autrement dit le sens et le but de l’économie divine. Le premier volume, comportant vingt-sept chapitres, débute ainsi avec la connaissance de Dieu et s’achève sur l’évocation du Nouveau Testament tandis que le second volume, comportant vingt-et-un chapitres, commence avec l’Incarnation et se termine sur la vision du Père.
La confrontation de deux visions : celle des gnostiques et celle des ecclésiastiques
La méthode suivie par l’auteur est assez simple : chaque chapitre offre un schéma commun où les doctrines gnostiques, selon leurs différentes familles (Ophites, Valentiniens , Séthiens, Marcionites), sont confrontées aux doctrines ecclésiastiques (entendons ici "orthodoxes"), notamment celle d’Irénée. S’inaugure dès lors sous les yeux du lecteur un dialogue fécond où l’auteur entend éclairer la compréhension de la grande Eglise à la lumière des doctrines gnostiques. De ce point de vue, Orbe privilégie clairement les camps valentiniens et irénéens et s’en explique dans le prologue : " D’emblée, sans aucun signe annonciateur, ils [les Valentiniens] ont manifesté une maîtrise absolue dans tous les domaines de la théologie et esquissé l’économie du salut, selon une ligne continue. "
Bien souvent, cette méthode permet de souligner le caractère pluriel d’un christianisme originel traversé de tensions, mais préoccupé par des thématiques communes. La notion de péché, faisant ainsi l’objet de trois chapitres dans le premier volume, illustre bien la vigueur de la confrontation théologique autour d’un même thème, notamment dans le chapitre intitulé " Le péché des anges ". Aux ecclésiastiques qui voient dans l’exhortation à la désobéissance du serpent l’action d’un ange qui se serait, pour une mystérieuse raison, affranchi du commandement divin s’oppose la pensée gnostique qui considère le serpent comme l’agent de la Sagesse (Sophia) venu instruire l’homme et l’amener à la Connaissance. On voit donc là qu’il y a, selon les uns et les autres, une vision radicalement différente de la nature du péché : pour les ecclésiastiques, le péché est la désobéissance à Dieu alors que pour les gnostiques, le péché est un état d’ "ignorance" (autrement dit une impossibilité pour l’homme d’accéder à la Connaissance du bien et du mal (la Gnose)) qui doit être dépassé. En effet, à leurs yeux, le monde sensible se révèle corrompu et corrupteur et la seule façon de s’élever au divin, c’est d’accéder à la Gnose
5 commentaires
ash.gut@gmail.com
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S. Briand
ac
Petite correction : il me semble que l'auteur de l'_Histoire des sectes chrétiennes_ s'appelle Gustave Welter, du moins son nom est ainsi orthographié dans la collection "Petite Bibliothèque Payot".
Cordialement