La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

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Repenser la différence anthropologique. Prolégomènes à toute éthologie future…
[dimanche 19 août 2012 - 15:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Que diraient les animaux si... on leur posait les bonnes questions ?
Éditeur : La Découverte
325 pages / 18,05 € sur
Résumé : Un abécédaire où, à travers de nombreuses anecdotes relatives à la condition animale, on prend conscience des fausses routes de l’éthologie mais aussi et surtout de nos propres travers.
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Deux façons de "faire science"

L'un des leitmotivs du livre consiste en effet à mettre en lumière le non-dit sur lequel repose nombre d'arguments scientifiques issus d'expérimentations en laboratoire. Ainsi par exemple lorsqu'un étudiant de Darwin s'intéresse à la capacité d'imitation des animaux au début du siècle, celle-ci est considérée comme une faculté inférieure. Ceux qui ne réfléchissent pas imitent. Ces expériences l'amènent d'ailleurs tout droit à la conclusion que les animaux sont tout-à-fait en mesure d'imiter (cf. Bêtes). Mais dans les années 80 l’imitation change de statut et redevient une faculté cognitive supérieure. "Cette promotion de l’imitation au statut de compétence intellectuelle sophistiquée s'est accompagnée d'un nombre incroyable de preuves que les animaux, en fait, n'imitaient pas ou n'étaient pas capables d'apprendre par imitation."  Par exemple lorsqu'on met de la nourriture dans une boîte fermée d'un couvercle (un bonbon pour l'enfant, un fruit pour le singe) et qu'on montre à chacun comment faire pour ouvrir la boîte, on remarque que l'enfant répète fidèlement le geste là où le singe se contente d'ouvrir la boîte à sa manière. Les scientifiques en ont conclu que le singe ne sait pas imiter. Mais au lieu d'en conclure à la stupidité de cette espèce, comment ne pas voir, comme le dit Despret, que la grande différence entre les deux c'est qu'en ouvrant la boîte, l'enfant ne veut pas seulement manger le bonbon, il cherche dans le regard de l'autre une sollicitude dont le singe n'a que faire. En réalité les résultats des expériences en laboratoire sont habituellement faussés du fait même que "les scientifiques n'ont pas voulu s'engager dans le difficile travail de suivre les êtres dans leurs usages du monde et des autres, ils ont imposé aux singes les leurs sans s'interroger un seul instant sur la manière dont ces singes interprètent la situation qui leur est soumise."  Coinçant l’animal sur le stimulus-réponse recherché, les chercheurs parviennent toujours à prouver leurs dires.

Nous retrouvons donc ici notre question de départ : où est l'anthropomorphisme ? Du côté de ceux qui accordent aux animaux des capacités qui sont les nôtres ou du côté de ceux qui leur imposent des comportements qui ne les intéressent pas ? Il semblerait bien qu’il soit tout autant présent chez les uns et chez les autres. Afin de dépasser ce vieux débat sur la différence anthropologique, l’auteur propose donc de passer par un nouveau paradigme épistémologique où l'on abandonnerait la rigidité arbitraire et désuète du faire science au profit d'une sorte "d’empathie cognitive" à la Temple Grandin (cf. Génies). "Il ne s'agit pas de nier que, comme tous les vivants, ces animaux composent avec des nécessités biologiques, il s'agit de prendre activement en compte les conditions mêmes de leur existence concrète, des conditions au sens non causal, mais au sens de ce qui rend leur vie telle qu'elle est."  Trop d'éthologues se sont inspirés de méthodes rigides issues des "sciences dures" telles que les mathématiques et la physique chimie. Ils ont voulu appréhender la condition animale, réalité vivante et mouvante, avec des cadres rigides et éloignés du Lebenswelt, non adaptés à la diversité des milieux et des espèces, des situations que les animaux peuvent rencontrer, au ridicule des épreuves qu'on peut leur imposer. "On ne connaît jamais si bien ceux que l'on interroge que lorsque l'on accepte d’apprendre avec eux, et non sur eux, voire contre eux" 

Une autre éthologie est possible, avec son objectivité propre, objectivité qui n'aurait rien d'un a priori d'où on peut tout déduire mais qu'il faudrait construire. Nombres d'éleveurs ont été raillé et eux aussi accusés d'anthropomorphisme. Ils sont pourtant l'exemple d'une connaissance qui émerge d'un engagement réciproque, où l'objectivité se construit, où le savoir n’émerge que d'une pratique et d'une reconnaissance de l'autre vie comme vie .

De la même manière que nous éloignons les abattoirs pour mieux nous cacher à nous-mêmes le rapport consumériste que nous entretenons avec les autres espèces, que nous parlons en nombre de tonnes de viande consommées au lieu de parler en nombre d'animaux tués, nous mettons les mêmes masques lorsqu'il s'agit de connaître ces animaux qui nous entourent, nous nourrissent, nous tiennent compagnie, nous servent de cobaye, pour mieux les dominer et les utiliser à nos propres fins. Nous avons vu tout-à-l'heure que cette rigidité aveugle ne desservait d’ailleurs pas seulement les animaux mais aussi les hommes. Ce livre met clairement en lumière ce travers que nous avons de prendre appui sur une réalité qui n’est pas la nôtre pour soi-disant fonder en nature des situations qui ne concernent que nous.

Il ne s’agit dans cette œuvre ni d’accorder trop ni d’accorder trop peu aux animaux, il s’agit avant tout de sortir l’éthologie de ces deux carcans pour enfin voir l’objectivité comme le fruit d’un engagement réciproque et concret où l’observateur est tout autant l’observé. La diversité des formes de vie devrait être le nouveau point de départ, celui qui précisément n'est jamais où on l'attend, qui est toujours unique parce que chaque espèce et même chaque individu vivant est un être-avec-son-monde qui effrite la solidité des vérités générales.

Belle revendication dont on peut douter d'avance qu'elle sera entendue tant "faire place à l'agir du monde dans le savoir ménage des possibilités dérangeantes." .

Stéphanie FAVREAU
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Titre du livre : Que diraient les animaux si... on leur posait les bonnes questions ?
Auteur : Vinciane Despret
Éditeur : La Découverte
Collection : Empêcheurs de penser en rond
Date de publication : 03/05/12
N° ISBN : 2359250582
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