La phrase

Il y a d'excellentes raisons de combattre l'Occident, il y a d'excellentes raisons de vouloir la fin de cette société, et qui ne se réduisent en rien au fait de vouloir y répandre la terreur. Cazeneuve et les spin doctors de l'antiterrorisme n'y peuvent rien : ce n'est pas en enfermant toujours plus leurs ennemis dans la figure du monstre, ni en multipliant contre eux les procédures judiciaires les plus démentes, que les démocraties occidentales retrouveront leur honneur perdu.

Collectif de Tarnac, Le Monde, 18 juillet

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CNL
Conan Doyle, un des derniers paladins et chevaliers courtois
[jeudi 16 août 2012 - 14:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Conan Doyle contre Sherlock Holmes
Éditeur : Editions du Moment
204 pages / 17,58 € sur
Résumé : Emmanuel Le Bret confronte Arthur Conan Doyle à ses obsessions, révélant la vie riche et aventureuse d’un écrivain prolixe et infatigable.
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Aussi productif que Balzac, aussi célèbre en son temps, immuable auteur de Sherlock Holmes, Conan Doyle demeure perçu à l’aune de son personnage illustre au point d’occulter une grande partie de sa vie tumultueuse et de sa riche et abondante œuvre littéraire. Mis à part les aventures de son génial détective et Le Monde perdu, le commun des mortels ignore tout, ou presque, du démiurge qui a donné vie à des univers si divers. Ce n’est pas le moindre mérite d’Emmanuel Le Bret que de restituer ce visage complexe d’un homme engagé, en enquêtant minutieusement sur cet ogre de la vie, en moins de deux cents pages, dans un style élégant et alerte, précis et littéraire.

Tout commence par un détour, un instantané situant le lecteur au moment de la mort du personnage emblématique de Conan Doyle. Car il s’agit pour lui de tuer le fils, encore et toujours, ou plutôt de tuer le père par le fils littéraire. Mais ce meurtre perpétuellement souhaité n’est jamais véritablement mis en œuvre. Tuer Sherlock serait tuer la poule aux œufs d’or et mettre en péril son identité d’écrivain. Le titre de la biographie d’Emmanuel Le Bret insiste logiquement sur ce duel entre l’auteur et son double, Conan Doyle contre Sherlock Holmes. L’existence de Sir Arthur Conan Doyle ne fut ainsi qu’une lutte perpétuelle pour tenter d’échapper à la fatalité du détective qu’il avait créé avec trop de succès. Ce succès le rattrapant, il ne put éviter de le faire revivre. “Homme de combat”, passionné de boxe, et médecin, il doit faire face, après la mise à mort temporaire de son héros emblématique, à l’hostilité des lecteurs et à leur courrier abondant. En 1893, après de nombreuses épreuves, des “malheurs” et des “morts”, Conan Doyle est saisi d’emblée par un portrait liminaire exécuté par Emmanuel Le Bret au point d’orgue de sa vie, avant de remonter la dynamique chronologique qui en a fait l’un des plus grands auteurs britanniques du XXe siècle.

Les origines nobles des Doyle, sous le signe de Walter Scott, “maître à penser de la maisonnée”, marquent profondément Arthur Conan Doyle, qui nourrit des “projets utopiques” sous l’influence de ce modèle indépassable. Entre “noblesse et chevalerie”, le jeune Arthur est pris entre sa mère omniprésente – “Ma’am”, gardienne du temple dynastique – et son père, artiste mélancolique et désenchanté. La fréquentation des Jésuites demeure une épreuve dont témoigne Emmanuel Le Bret, insistant sur la vocation sportive du futur père littéraire de Sherlock Holmes, sur son côté frondeur et l’influence, dans ces jeunes années, de l’“oncle Conan”, pourvoyeur de livres et éveilleur de vocations. Se dessine l’itinéraire d’un enfant rêveur, qui parcourt autant Jules Vernes que l’abbaye de Westminster et s’initie à Poe, lisant avec ferveur les histoires de détectives, “Dupin, Lecoq, Vidocq” qui “seront des références importantes pour [lui]. Avec Sherlock Holmes. Tous les quatre seront à la naissance du roman policier moderne”. Alors que Napoléon s’inscrit dans son champ de références, la rencontre avec l’oncle Conan coïncide avec la vocation de médecin.

À la faculté de médecine d’Édimbourg, la genèse de Sherlock s’opère malgré son auteur avec la rencontre du professeur Joe Bell, qui “a développé un sens de l’observation de l’humain qui préfigure la médecine moderne”, et dont la devise pourrait être celle du célèbre détective : “Observez soigneusement, déduisez astucieusement, et confirmez avec des preuves”. La méthode, scientifique et minutieuse, la “logique d’observation”, implacable et efficace, nourriront le personnage du détective, empereur de la déduction en quête perpétuelle de vérité. Étudiant avec ferveur, Conan Doyle, sportif accompli, commence son métier de “praticien” et rédige ses premiers écrits sous l’influence d’Edgar Poe : “L’écrivain fait ses gammes.”

Parti sur un baleinier “aux confins de l’Arctique”, il se révèle aventurier et voyageur en 1880, embarqué comme “apprenti chirurgien”. Après avoir expérimenté la chasse en zone hostile, il est reçu “bachelier en médecine et chirurgie” à l’automne 1881. S’ensuit un départ pour l’Afrique avant de mener une vie de médecin à Édimbourg mais la vie est difficile : la clientèle ne suit pas. Le salut n’est décidément pas à trouver dans la pratique médicale : installé à Portsmuth, il écrit plus qu’il ne consulte. La publication de nouvelles dans des revues se fait concurremment à la rédaction de sa thèse : il obtient son doctorat en juillet 1885 ; à l’automne, il réunit dix-huit contes fantastiques en un recueil, Lumières et Ombres.

C’est dans ce contexte que naît Sherlock Holmes, tirant son nom du chirurgien Timothy Holmes ou de l’écrivain Olivier Wender Holmes. Quant à Watson, son modèle serait le “brillant Dr Patrick Heron Watson, de la faculté de médecine d’Édimbourg”. Transférant l’addiction à l’alcool de son père dans la personnalité ou l’entourage de ses personnages, Conan Doyle fait de la fiction policière un creuset métamorphique de son existence. Il y exorcise ses zones d’ombre. Avec A Study in Scarlett (Une étude en rouge), il signe son “premier coup d’archet holmésien”, la nouvelle paraissant à Noël 1887. Déjà, une suite est attendue : ce sera Le Signe des quatre. Alors que s’éveille sa passion pour le spiritisme, l’auteur balance toujours entre littérature et médecine. Il s’installe à Londres et publie Un scandale en Bohème. Le succès impose Holmes à son auteur. Il devient incontournable : “Holmes, toujours Holmes.” Peu à peu, Conan Doyle devient victime de son personnage. Exploitant le goût du public victorien pour les histoires criminelles, il demeure pris à son propre piège. Son succès comme auteur de detective stories “nuit à son rêve de devenir le nouveau Walter Scott” car, à ses yeux, ses histoires policières ne sont pas de la haute littérature…

Sébastien BAUDOIN
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Titre du livre : Conan Doyle contre Sherlock Holmes
Auteur : Emmanuel Le Bret
Éditeur : Editions du Moment
Date de publication : 12/01/12
N° ISBN : 2354170998
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