La phrase

Brûler, en esprit, tous ces livres, tous ces mots – toutes ces incomparables, subtiles, profondes, mortelles pensées. Pour s’ouvrir à la pluie qui tombe, traversée de moucherons, d’insectes, à ce pays gris et vert ; à un craquement dans les pierres du mur ou le bois de la porte.

Philippe Jaccottet, “Carnets 1968-1979”, La Semaison, Œuvres, Gallimard, “Bibliothèque de la Pléiade”, 2014, p. 597  

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Guerre et paix : Jaurès assassiné
[jeudi 02 août 2012 - 17:00]

Cette semaine, on célébrait les 98 ans de la mort de Jean Jaurès, assassiné par Raoul Villain au café du Croissant, le 31 juillet 1914, deux jours avant l’entrée en guerre de la France. Combattant pour l’unité, défenseur acharné de la paix, Jaurès reste le symbole des idéaux socialistes, en même temps que de ses désillusions.

Le congrès de Toulouse de 1908 constitue le point d’orgue de la geste jaurésienne, initiée quelques dizaines d’années plus tôt. Alors que ses membres se déchiraient en luttes et débats intestins, le tribun de Carmaux réussit à unir les motions de Jean Longuet, d’Hubert Lagardelle et d’Alexandre Varenne à la sienne. Dépassant Jaurès, cette synthèse socialiste constitua la ligne politique de la SFIO jusqu’au tournant du congrès de Tours (1920). 1908 et la victoire de la motion de Toulouse marquait l’ascension de Jean Jaurès au statut de nouveau véritable chef de la SFIO. A partir de ce moment, le mythe se construisit de lui-même.

Au-delà de l’unité, c’est l’appel à la paix qui résonne lorsque l’on évoque aujourd’hui Jaurès. C’est sa série de discours contre la guerre en 1913 qui illumine la légende socialiste, résumée dans cette photographie qui le représente haranguant la foule du Pré-Saint-Gervais, avec dans la main gauche un drapeau rouge. Ce jour-là, l’unité socialiste semblait susceptible de triompher face aux menaces de guerre toujours plus inquiétantes. Pourtant, le mythe paraissait s’effondrer lorsque le 31 juillet Jaurès était assassiné d’une balle dans la tête, et que la France entrait en guerre le 3 août, avec la bénédiction de la gauche.

Le décès du principal dirigeant socialiste était-il à l’origine de cette résignation ? Une telle affirmation reviendrait à nier l’ensemble de son parcours. En effet, ses grands discours pathétiques pour la préservation de la paix s’intègrent parfaitement dans une pensée socialiste plus large au sein de laquelle coexistent et se complètent les notions d’internationalisme, de patriotisme et d’antibellicisme.  En 1893, dans une tribune publiée dans La Dépêche de Toulouse, Jaurès déclarait que les socialistes se devaient de défendre la France "si [le] pays était menacé par une coalition de despotes ou par l’emportement brutal d’un peuple cupide". Et d’insister, en 1895, devant la Chambre des députés : "Il est du devoir de tous les socialistes, dans tous les pays, de protéger chacun leur patrie contre les agressions possibles." Quand, lors du congrès de l’Internationale en 1910, il se ralliait à l’idée de grève générale en cas de guerre, il confirmait la logique de ses précédentes déclarations : Jaurès et les socialistes feraient tout pour éviter la guerre – ennemi juré de la classe ouvrière – mais défendraient leur patrie si la France était attaquée. C’est chose faite le 3 août 1914, trois jours après sa disparition.

"La paix n’a pas triomphé"

Il pensait pouvoir faire reculer les dirigeants européens, il avait donc repoussé l’ouverture de la grève générale, qui devait se tenir le jour même de sa mort. Au lieu de cela, le lendemain, le Gouvernement lançait la mobilisation générale. Le 4 août, lors de ses funérailles, les principaux dirigeants socialistes et syndicaux rendaient un dernier hommage au mythe de la gauche – plus vivant que jamais – en clamant leur soutien indéfectible à l’Union sacrée. Et c’est au nom de la lutte contre l’impérialisme allemand que Léon Jouhaux, secrétaire général de la CGT, farouche défenseur de la paix, annonçait, dans son illustre discours d’hommage au chef défunt de la SFIO, son soutien à la défense nationale :

"Jaurès a été notre réconfort dans notre action passionnée pour la paix. Ce n'est pas sa faute, ni la nôtre, si la paix n'a pas triomphé. Avant d'aller vers le grand massacre, au nom des travailleurs qui sont partis, au nom de ceux qui vont partir, dont je suis, je crie devant ce cercueil toute notre haine de l'impérialisme et du militarisme sauvage qui déchaînent l'horrible crime. Cette guerre, nous ne l'avons pas voulue, ceux qui l'ont déchaînée, despotes aux visées sanguinaires, aux rêves d'hégémonie criminelle, devront en payer le châtiment. Acculés à la lutte, nous nous levons pour repousser l'envahisseur, pour sauvegarder le patrimoine de la civilisation et d'idéologie généreuse que nous a légué l'histoire. Nous ne voulons pas que sombrent les quelques libertés si péniblement arrachées aux forces mauvaises. Notre volonté fut toujours d'agrandir les droits populaires, d'élargir le champ des libertés. C'est en harmonie avec cette volonté que nous répondons "présent" à l'ordre de mobilisation."

L’éternelle question "Qu’aurait fait Jaurès ?" semble alors bien vaine. Sa mort l’empêchait de poursuivre son combat pour la paix, de toute façon annihilé par les circonstances auxquelles il n’aurait sans doute pas manqué de s’adapter. En même temps, son martyre renforçait et unifiait une gauche en proie aux divisions. Au-delà du mythe, Jaurès initia et porte encore la geste de l’unité socialiste..


A lire sur Nonfiction :

- Jean Jaurès, Le socialisme et la vie. Idéalisme et matérialisme, par Fabien Escalona.


A lire aussi :

Les publications de la fondation Jean-Jaurès :

- Gilles Candar et Manuel Valls, La gauche et le pouvoir, 2010.

- Gilles Candar, Jean-Numa Ducange, Vincent Duclert, Marion Fontaine, Emmanuel Jousse, Jaurès, du Tarn à l'Internationale, 2011.

- Marion Fontaine, La République désemparée. 1912 : Jaurès et l’insécurité, 2012.


Ailleurs dans la presse :

- "31 juillet 1914. Raoul Villain offre une paix éternelle à Jean Jaurès, avec une balle dans la tête.", Le Point, 31 juillet 2012, par Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos

Mathilde HERRERO
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1 commentaire

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Philomene

03/08/12 13:00
QUE RESTE -T-IL DE JEAN JAURES ?

Député, directeur de la petite République et surtout instigateur de la loi de la séparation de l’église et de l’Etat, assassiné par le très catholique Raoul Vilain qui n’appartenait à aucun groupement politique mais qui vit très mal la loi de 1905 signifiant la séparation de l’église et de l’Etat. Il trouve en Jean Jaurès, le démon à abattre. Ce qu’il fera le 31 juillet 1914. Il sera acquitté, alors que la veuve de Jean-Jaurès, partie civile, est condamnée aux dépens. Plus tard, on l’arrêtera en flagrant délit de trafic de fausse monnaie, mais ne sera condamné qu’à 100 francs d’amende.

Cette fin tragique de Jean Jaurès, il faut s’en souvenir, mais pourquoi donc ?
Et bien parce qu’elle est le fruit non pas de ses combats contre la guerre, l’antisémitisme, la pauvreté et autres, non c’est le fruit de Sa loi de la séparation de l’église et l’Etat.
Noble combat et je dirais même un combat évangélique honorant un certain Jésus qui ne s’est jamais imposer a quiconque, n’ayant lui-même et ses représentants d’alors pris la vie d‘un autre, institué une religion, construit d’édifices dits religieux.

Mais aujourd’hui que reste t-il de la loi de Jean JAURES ?

Aujourd’hui nous assistons a un retour a toutes sortes de religieux, plusieurs organisations se disputent le leadership.
Prenons celle qui domine en France et qui veut dominer la France.
Celle qui se fait appelée église catholique.
Grace au soutien apporté par l’Etat et ses collectivité, les jeunes savent qu’en France il n’y a qu’une église dite chrétienne*, puisqu’elle est la seule financée. Comment ?
Tout d’abord les bâtiments qui ne sont rappelons-le utilisés qu’exclusivement par la religion catholique sont rénovés et entretenus, d’une manière toutes aussi déguisée des écoles, des fondations, des associations, des radios télés et autres officines catholique bénéficient de larges subsides fruit des prélèvements et impôts.
La République est donc service de la dite église, comme jadis la royauté. (rappelons nous l’époque des Cathares et le bûcher de Montségur )
Nous voyons les officiels de la République se précipiter aux offices religieux, récoltant par la même occasion les doléances des représentants de la dite église, qui rappelons, n‘en est pas une.
Oubliant que les riverains doivent subir le bruit assourdissant des cloches.
Quoique croyant, je demeure profondément Laïc et souhaite que l’Etat marque les limites a ses organisations religieuses, qui elles n’en connaissent pas.

* Aujourd’hui la République finance l’organisation catholique et l’accompagne a faire condamner comme secte tout ce qui n’est pas catholique, pourtant 1% des scandales a répétitions dans l‘église, suffirait à fermer n’importe qu’elle officine religieuse.

Attention de ne pas faire comme le religieux qui célèbre celui qu’il renie par ses actes !

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