La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
"Le rouge et le vert ne s'épousent-ils pas ?"
[lundi 30 juillet 2012 - 12:00]
Essais politiques
Couverture ouvrage
Pour un socialisme vert
Éditeur : Lignes
132 pages / 12.50 € sur
Résumé : Proposant à la fois un plaidoyer pour l’écosocialisme et une cartographie des courants intellectuels de la pensée écologiste, cet essai accessible et intéressant risque de laisser le lecteur sur sa faim sur ces deux plans.
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Le titre du dernier essai du philosophe Arno Münster annonce la couleur dans tous les sens du terme : son orientation est clairement normative et la plaidoirie se fait en faveur d’un mouvement d’idées tentant de marier le "rouge" et le "vert" face aux défis sociaux et écologiques posés par un système capitaliste en crise. Dès l’introduction, l’auteur affirme en effet que tous les discours écologistes ne se valent pas. Une bonne part d’entre eux, approuvés par la gauche réformiste actuellement au pouvoir en France, tiennent selon lui d’un "méliorisme [qui] ne peut que conduire, tôt ou tard, vers une impasse"  . En toute logique, il leur préfère les approches plus radicales appelant à rompre avec l’organisation actuelle de la production et des échanges humains. Cela dit, le livre n’apparaît pas seulement comme celui d’un intellectuel engagé, mais aussi comme celui de l’enseignant en philosophie qu’il a longtemps été : la défense du courant écosocialiste prend ainsi la forme de détours pédagogiques qui dessinent une sorte d’introduction à l’histoire des idées écologistes en France, en Allemagne et dans le monde anglo-saxon.

L’alternative écosocialiste

Il faut d’ailleurs reconnaître à Münster un talent certain d’exposition, dont il a récemment fait preuve dans la même collection en présentant la pensée d’André Gorz  . Pour un socialisme vert lui est d’ailleurs dédié, ce qui témoigne d’une admiration évidente mais apparaît en outre tout à fait logique, tant le diagnostic qui sert de base argumentative à Münster s’inscrit dans le sillage de l’analyse gorzienne du capitalisme, ici complétée et confortée par des références plus récentes, notamment à Daniel Tanuro  . En résumé, la quête d’un écologisme radical et socialiste est justifiée par les deux limites auxquelles le capitalisme ferait actuellement face. La première, d’ordre interne, a trait à l’épuisement des remèdes employés pour surmonter une crise chronique de réalisation depuis la fin de l’ère fordiste. Le plus récent symptôme en est évidemment la crise actuelle, fruit de l’accroissement hors-normes de la sphère financière et dont les développements semblent indiquer que la survie du système aura désormais pour synonymes "régression sociale" et "extension du domaine de la marchandise". La seconde limite, d’ordre externe, concerne l’épuisement de l’écosystème, perceptible à travers le réchauffement climatique et la mise en danger des ressources naturelles indispensables aux sociétés humaines. Dès lors, face aux risques d’effondrement et de fuite en avant dans la barbarie du système, "la seule alternative" serait celle de l’écosocialisme. Münster reconnaît que ce dernier n’a guère d’expression partisane significative dans le paysage politique français, mais souligne sa persistance en tant que courant de pensée durant ces vingt dernières années et même son développement dans les sphères intellectuelle et militante. L’articulation des luttes sociales et écologiques est au cœur de la réflexion de ses promoteurs, qui se distinguent tant de "l’écologie profonde" que d’une "écologie réformiste" compatible avec le capitalisme.

Dans un premier chapitre précédant l’analyse de ce qui sépare ces courants, l’auteur précise d’abord en quoi l’éthique éco-socialiste dépasse le fameux principe de responsabilité envers les générations futures défendu par Habermas. Münster tient à souligner qu’il devrait être associé plutôt qu’opposé au "Principe Espérance" d’Ernst Bloch, sans que l’abstraction de cette considération ne soit jamais vraiment éclaircie. En revanche, on comprend bien pourquoi selon l’auteur le point de vue habermassien s’avère insuffisant, en ce qu’il empêche de véritablement prendre en compte l’urgence de la situation à laquelle fait face l’humanité d’aujourd’hui, et qui lui imposerait d’en finir dès maintenant avec l’hubris productiviste et consumériste dont elle fait dramatiquement preuve. Plaçant la revendication de l’égalité et de l’autonomie au cœur d’une éthique éco-socialiste qui ne se veut ni technophobe ni scientiste, Münster en appelle à l’ "écologisation et [à la] démocratisation de la production, de l’économie, de la culture et de toutes les structures décisionnelles de notre société"  .

Fabien ESCALONA
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Titre du livre : Pour un socialisme vert
Auteur : Arno Münster
Éditeur : Lignes
Date de publication : 23/06/12
N° ISBN : 2355261032
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