La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

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Une éthique du présent à l’écoute du sensible
[jeudi 09 août 2012 - 10:00]
Littérature
Couverture ouvrage
René Char : éthique et utopie
Éditeur : Classiques Garnier
506 pages / 44,65 € sur
Résumé : Une traversée de l’œuvre de René Char, ce poète qui a éprouvé les maux de son temps comme des atteintes faites à sa propre chair.
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Dès lors que de nouveaux documents sont mis à la disposition du public, il est important de réviser les commentaires conçus à propos de l’œuvre de tel ou tel écrivain. C’est désormais le cas de René Char, puisque des documents inédits sont rassemblés et consultables à la Bibliothèque Jacques-Doucet à Paris, à la médiathèque Valery-Larbaud de Vichy et à l’IMEC à Caen. L’auteure de cet ouvrage a eu, de plus, accès à la bibliothèque du poète à l’Isle-sur-Sorgue, ainsi qu’à des versions dactylographiées des textes. Elle a aussi pu consulter les éditions de textes cités, utilisées par Char, notamment les éditions des œuvres de Friedrich Nietzsche lues et annotées par le poète.

Confrontée à cette documentation, il lui fallait aussi disposer d’un projet susceptible de la guider au cœur de cette masse documentaire, et surtout capable de l’aider à valoriser telle ou telle option d’analyse. C’est ainsi que le thème de l’utopie est venu en avant. René Char, effectivement, n’a cessé de répéter, tout au long de sa vie, son refus des idéologies tournées vers un avenir chimérique. Il jugeait l’esprit de l’utopie incompatible avec ses exigences éthiques. Plus globalement, Char ne cessera de dénoncer les utopies progressistes qui sacrifient le présent pour un avenir susceptible de se retourner en son contraire. Mais, il fallait non moins faire remarquer rapidement que ce refus demeurait également marqué par un certain souffle de l’espérance. Il ne fallait pas oublier ce beau vers de Char : “À chaque effondrement des preuves le poète répond par une salve d’avenir”.

Armée de ces perspectives, l’auteure pouvait alors interroger les fondements et les caractéristiques de l’éthique charienne. Pour être une éthique, elle ne cesse de tenter de pulvériser la morale courante, les représentations que produisent la poésie cherchant à renverser de fond en comble l’ordre des choses. Elle débouche sur l’énoncé de nouvelles règles de vie, par-delà le Bien et le Mal, suivant les termes mêmes de Nietzsche, dévastant alors les impératifs de la morale classique. Mais elle se fait aussi violente puisque, au temps du Marteau sans maître, aucun progrès de l’humanité n’est possible sans anéantissement de ce qui est, aucune avancée authentique n’est possible sans cataclysme. L’auteure fait, à cette occasion, le repérage pointilleux des images (en général telluriques) des fatals engloutissements que Char promet.

Mais c’est aussi d’emblée une éthique de l’écriture. C’est d’ailleurs ce pourquoi Char rejette clairement, dès 1936, l’écriture automatique qu’il a pratiquée aux côtés des surréalistes. Mais il ne tient plus à défendre la thèse de Breton selon laquelle l’artiste ne serait pas responsable de sa propre production. Donner voix à l’inconscient est une chose, la responsabilité de ce qui est, et donc de l’écriture, demeure entière. Il ne cessera plus de prendre ses distances avec ce mouvement, d’autant qu’un certain nombre d’affaires tendront encore plus leurs relations (affaire de l’adhésion au PCF, affaires Aragon).

Cela étant, c’est surtout la gravité de la situation politique en Europe qui incite Char à reconsidérer, vers 1935-1936, ses rêves de destruction et de régénération de l’éthique et de la morale, et à refonder, loin de l’utopie surréaliste, ses exigences éthiques et poétiques. Les menaces de l’hitlérisme, le fascisme et le stalinisme font peser sur l’humanité un poids tel qu’il n’est plus question de revendiquer une prétendue irresponsabilité du poème. On ne peut plus s’exclure de l’histoire et se réfugier dans l’esthétisme.

Mais alors comment refuser à la fois la soumission à ce qui a été et la soumission à ce qui devrait être, sinon en donnant corps à la notion de présent. À la manière de Sénèque ? Sans doute. Mais aussi en lien avec le Camus de L’Homme révolté. Autrement dit, rien ne doit aboutir à une quelconque résignation, surtout pas dans cet Occident qui s’est affaissé.

D’autant que tous les hommes sont embarqués de la même manière dans le monde. Et d’ailleurs, c’est à eux tous que le poète s’adresse, puisque la poésie authentique s’origine dans les noces de l’homme et du monde. Même s’il arrive à Char de souligner sa volonté d’exclure certain public de son œuvre, qu’il estime incapable de comprendre, ce congé altier laisse la porte ouverte à l’humanité entière : des résistants et maquisards aux artisans, des artistes aux ouvriers.

Christian RUBY
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Titre du livre : René Char : éthique et utopie
Auteur : Eugénie Morin
Éditeur : Classiques Garnier
Date de publication : 20/04/12
N° ISBN : 2812403888
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2 commentaires

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daniel b.

21/08/12 12:01
Char était-il à ce point technophobe ? Les propositions résumées semblent particulièrement rétrogrades, et stupides : "la technique" n'est pas un grand sac où l'on peut fourrer indistinctement les camps de concentration, la lumière électrique, l'abrutissement télévisuel, et quoi encore ??
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Paul

03/08/12 19:04
On continue l'allégeance aux classiques Garnier...

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