La phrase

Les événements n'ont pas d'intérêt en eux-mêmes, mais ils sont comme réverbérés par l'imaginaire et la rêverie. Par la manière dont on les a rêvés, dont parfois on les a mélangés et amalgamés, on a mis sur eux une sorte de phosphorescence, ils sont métamorphosés. En écrivant ainsi, j'ai l'impression d'être plus proche de moi-même que si j'écrivais d'un simple point de vue autobiographique.

Patrick Modiano, prix Nobel de littérature 2014, Télérama, le 4 octobre 2014

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Actualisation de Spinoza
[vendredi 20 juillet 2012 - 10:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Spinoza. L'expérience et l'infini
Éditeur : Armand Colin
296 pages / 20.43 € sur
Résumé : Un classique du commentaire de la philosophie de Spinoza, présentant aussi les recherches de ces dernières années sur le philosophe d’Amsterdam.
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A mi-chemin entre un essai original et un commentaire pédagogique portant sur la philosophie de Baruch Spinoza (1632-1677), l’ouvrage commence classiquement par une rapide biographie du philosophe, accentuant plutôt les données sur la situation religieuse (la synagogue d’Amsterdam, le monde protestant) et politique de l’époque (le rapport à l’Espagne, et les frères de Witt).  

Suivent deux passages extrêmement importants, tant pour le projet de Hadi Rizk, professeur de khâgne au lycée Henri-IV (Paris), que pour la compréhension de Spinoza. Le premier concerne la critique de la figure de Dieu établie par Descartes, ce Dieu dont on sait qu’il a une fonction décisive dans l’ordre de la connaissance en fondant le savoir, et en garantissant l’objectivité des idées. Mais un tel concept de Dieu (cause intentionnelle et finale) est exposé à de nombreuses difficultés. Dieu fonde l’ordre des choses mais échappe à l’ordre de ce qu’il fonde. De ce fait, il n’est pas analysable. Cette fonction de Dieu se place donc en marge de sa propre efficacité, qui est de fonder un inconditionné. Par conséquent l’intelligible trouve son fondement dans l’inintelligible. Enfin, si la transcendance de Dieu a l’avantage de donner une image profane de la nature, il n’empêche qu’elle laisse pressentir un arrière-monde (si l’on adopte le terme de Friedrich Nietzsche, renvoyant ainsi non pas à un autre monde mais à un monde qui oublie celui-ci). C’est à partir de ces difficultés que s’élabore la pensée de Spinoza. Il y apporte la solution suivante : identifier Dieu et la nature. Il forge l’idée d’une causalité immanente dont la propriété est qu’elle n’a pas à sortir d’elle-même comme la cause efficiente et transitive, importante en revanche dans la production des choses singulières. Il s’agit donc d’une cause qui n’a pas besoin de sortir d’elle-même, qui est autoproductrice. Donc absolue.

Le second passage concerne les 11 premiers paragraphes du Traité de la réforme de l’entendement. C’est bien un itinéraire que Spinoza nous y livre, un itinéraire vers la philosophie (ne présupposant d’ailleurs pas l’achèvement du système) au cours duquel la raison effectue une certaine mise en ordre du désir. Mais cette mise en ordre se confond avec cet itinéraire même, cheminement d’une réforme déjà en cours, au long de laquelle le désir anticipe sa propre rationalité. Car la décision de réformer l’entendement nous renvoie bien au désir même, lequel initie une telle réforme parce qu’il s’est constitué au cours de l’expérience comme le seul sujet de cette réforme déjà annoncée. Loin de se plier aux habituels exercices religieux, cette réforme propose non d’abolir ce monde pour un autre. Il n’est pas question ici de faire le sacrifice du désir, mais de le réformer. Et ce n’est même pas lui que l’on réforme. Ce n’est pas le désir qu’il faut modifier, mais le rapport du désir à l’objet et au type d’objet. Plutôt donc le rapport du désir à son objet (qui met le désir en action), et à l’intelligence/imagination qu’il a de ses objets.

Fort de ces deux considérations générales, l’auteur peut mieux définir l’axe de son propos. A l’encontre de ce qu’affirment la plupart des philosophes, il n’est pas nécessaire d’opposer le fini et l’infini en les concevant comme des entités séparées. Le "souverain bien"des exhortations morales s’apparente à un fantasme induit par les biens partiels, et le vrai bien est le résultat d’une autre démarche, en appelant à un au-delà ou à des biens inaccessibles. Ce que souligne Rizk, en la philosophie de Spinoza, c’est qu’elle contribue à une autre démarche et à d’autres résultats. L’expérience même de la finitude révèle l’infini. Dès lors, le vrai bien n’est pas projeté dans une transcendance, mais se confond avec les objets partiels du désir à condition toutefois qu’ils soient ressaisis par le désir selon l’intelligence des lois et des rapports qui les produisent effectivement – y compris dans leurs limites. Et ceci s’expose, chez Spinoza, dès le Traité de la réforme de l’entendement qui, même en l’absence d’un but déjà fixé de cette philosophie, explicite le passage du fantasme du souverain bien à l’idée du véritable bien, qui est le premier résultat de la réforme de l’entendement.

Christian RUBY
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Titre du livre : Spinoza. L'expérience et l'infini
Auteur : Hadi Rizk
Éditeur : Armand Colin
Collection : Lire et comprendre
Date de publication : 04/07/12
N° ISBN : 2200276761
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