La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Préparez-vous à l'invasion des neuroscientifiques télépathes sécuritaires fous !
[vendredi 13 juillet 2012 - 17:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Lire le cerveau
Éditeur : Seuil
186 pages / 20,23 € sur
Résumé : Selon notre scanner, cet ouvrage "philosophique" sur la lecture cérébrale n’a pas stimulé les aires du plaisir de notre rédacteur mais a surexcité ses fibres C.
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Sur dix courts chapitres, Lire le Cerveau en passe cinq  à nous raconter une histoire, une histoire que l’on pourrait classer dans la catégorie de la fiction d’anticipation. Tout commence en 2009, lorsque M., une jeune neuroscientifique publie une étude dans laquelle elle prétend pouvoir déterminer par imagerie cérébrale les intentions de ses participants. Bien sûr, l’étude a ses limites : elle permet juste de discriminer l’intention d’additionner ou de soustraire, et le taux de prédictions justes est uniquement de 70%. Cela ne l’empêchera pas d’avoir de sérieuses répercussions.

Nous n’entendrons plus parler de M. Le récit va vite se focaliser sur Georges Smart, docteur en psychologie cognitive. Stimulé par l’article de M., Smart va décider de perfectionner la technique en cherchant à détecter par imagerie cérébrale l’intention de faire sauter la Tour Eiffel. Les implications potentielles d’une telle technologie pour la lutte contre le terrorisme attireront très vite l’attention des militaires, et plus particulièrement celle du lieutenant Trams (dont le nom, par une étrange coïncidence est celui de Smart, écrit à l'envers).

Jusque-là, rien de bien nouveau. Le véritable twist intervient lorsque Smart et Trams se heurtent dans leur entreprise à une des limites de cette technologie : les différences inter-individuelles. Ce n’est pas parce qu’une certaine localisation correspond chez un sujet à l’intention de faire sauter la Tour Eiffel qu’elle y correspond aussi chez une autre personne. Du coup, impossible d’utiliser l’imagerie cérébrale pour décoder les intentions d’un individu qui ne se serait pas une première fois prêté volontairement au jeu. Pour pallier à cette difficulté, Smart et Trams décident de populariser cette technologie et de la rendre accessible au public, ce qui permettra de collecter des données sur tout un chacun. Le brain reader (BR) est né, nous sommes alors en 2020.

La suite du récit raconte les transformations successives d’une société dans laquelle le BR est devenu un produit de masse. Imprécis et de la taille de gros ordinateurs au départ, les BR se miniaturisent et acquièrent de nouvelles fonctions. Dans un premier temps, le BR n’est qu’un gros ordinateur auquel on se branche par un casque et qui, après entraînement et calibration à partir d’une base de données, permet de projeter ce à quoi on pense sur un écran. Puis, il devient portatif et permet de lire les pensées des autres. Cela mènera bien entendu à une évolution supplémentaire : le BR sera bientôt muni d’une commande permettant de supprimer les pensées que nous ne voudrions pas voir exposées aux autres. Chaque jour, avant de sortir, les utilisateurs du BR font ainsi leur "toilette" mentale , éliminant les états mentaux socialement indésirables.

Le récit développe en longueur les changements de société suscités par l’usage croissant du BR. Outre le fait que les gens cessent bientôt de parler pour ne plus communiquer que par la pensée, le récit décrit une forme de vie dans laquelle les termes d’états mentaux cessent progressivement de renvoyer à une expérience intérieure pour bientôt ne renvoyer plus qu’aux verdicts du BR. Une douleur qui n’est pas perçue par le BR n’est pas une douleur, et il suffit que le BR déclare que quelqu’un mente pour qu’il mente. Cela est d’autant plus inquiétant que le narrateur émet régulièrement des doutes sur ce qui fait l’efficacité du BR : ce ne serait pas tant que le BR soit précis que les gens soient convaincus de son autorité et agissent en conformité avec ses décrets – à tel point qu’ils n’ont plus de vie intérieure autre que ce que décrète le BR. L’intériorité a disparu et les gens ne sont plus que des extérieurs livrés aux regards de tous.

Le dernier chapitre ouvre tout de même une porte de sortie : une minorité de personnes, les "parleurs", ont refusé le monde du BR, quitte à être mis au ban de la société (ici, en l’occurrence, la Gare du Nord) par des individus qui en ont peur parce qu’ils ne les comprennent pas . Parmi ces parleurs se trouve Rosa Smart, l’ex-femme du docteur Smart. Celle-ci a mis au point un virus qui détraque les uns après les autres les BR individuels. L’ouvrage se clôt sur les humains enfin libres et revenant à la pensée.

 

Philosophie et fiction

Quelle fascinante histoire !, me direz-vous, mais en quoi a-t-elle sa place dans un ouvrage de philosophie, et une place qui mériterait qu’elle prenne la moitié de l’ouvrage ? La réponse est simple : pour l’auteur de cette fiction, Pierre Cassou-Noguès, "la philosophie ne vise pas la vérité" .

On se calme au fond de la salle ! Il est probable que Cassou-Noguès ait écrit cela un peu vite et que ce qu’il veuille dire c’est que la philosophie ne vise pas le réel (en opposition au possible). Cela n’empêche pas la philosophie d’être une investigation dans le champ des possibles, avec pour outil principal la fiction, car : "la fiction narrative, l’histoire que l’on raconte, détermine le possible tel que l’exige l’analyse philosophique" . D’où la nécessité du récit dans un ouvrage de philosophie. 

Vous me direz que tout cela est flou, car "possible" peut être entendu en une multitude de sens. Pour mieux comprendre ce dont il s’agit, il faut donc revenir à l’ouvrage précédent de Pierre Cassou-Noguès, Mon Zombie et Moi , dont Lire le Cerveau n’est qu’une application, de l’aveu même de l’auteur.  Dans Mon Zombie et Moi, Pierre Cassou-Noguès soutient que le possible pertinent pour la philosophie est ce possible qui détermine l’essence des choses (le possible "métaphysique"). Ce possible est plus large que ce qui est possible dans notre monde ou possible selon les sciences et est déterminé par les "structures de notre expérience" .

Ce sens du possible étant fixé, Cassou-Noguès reprend à Husserl l’idée selon laquelle l’imagination permet de sonder l’étendue du possible, mais ajoute son grain de sel en faisant de la fiction écrite le véhicule de l’imagination, le moyen d’exploration du possible : "ce que je peux imaginer, c’est ce que je peux raconter " . Il en résulte donc que : "est possible une situation, un être, un dispositif mis en place dans une fiction qui emporte l’adhésion" .

Florian COVA
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Titre du livre : Lire le cerveau
Auteur : Pierre Cassou-Noguès
Éditeur : Seuil
Collection : La couleur des idées
Date de publication : 08/03/12
N° ISBN : 2021050548
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2 commentaires

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Florian Cova

14/07/12 12:48
Je plussoie Chris43. J'ai d'ailleurs fait une recension du livre de Baertschi sur nonfiction, à l'adresse suivante : http://www.nonfiction.fr/article-2489-la_neuroethique_pour_le_meilleur_et_pour_le_pire.htm
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Chris43

14/07/12 12:10
N'étant pas amateur de SF, je recommande le livre de Benard Baertschi: "La neuroéthique, ce que les neurosciences font à nos conceptions morales".

Les questions qui se posent sont réelles, et la recherche de réponses n'a que faire de l'approche émotionnelle.

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