La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
Pour la diversité des pensées
[mardi 26 juin 2012 - 18:00]
Langue française
Couverture ouvrage
Contre la pensée unique
Éditeur : Odile Jacob
256 pages / 21,09 € sur
Résumé : Quand le célèbre linguiste français s’insurge contre la pensée unique, il rappelle l’importance de la diversité des langues et la nécessité de cultiver leurs différences.
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Derrière le titre de ce livre à la provocation convenue (choix de l’éditeur ?) se cache un réquisitoire pour la diversité du monde. Cette diversité est depuis la fin de la Seconde Guerre mise en péril par la croissante diffusion du néolibéralisme dont un des vecteurs est sa langue d’origine : l’anglais. Le procès n’est pas la critique de la langue anglaise mais bien celle de l’hégémonique vision du monde qu’elle exporte. Car si, selon Unamuno, “la langue est le sang de mon esprit” , c’est l’ADN du monde qui est menacé avec son cortège de différences au profit d’une consanguinité intellectuelle peu enthousiasmante.

Claude Hagège, célèbre linguiste dont le savoir encyclopédique a déjà richement alimenté la compréhension des langues, ajoute à ses recherches un combat politique qui n’est plus simplement celui d’une préservation défensive des langues mais un sursaut offensif devant l’“idéologie confusionniste”. Il comprend la “pensée unique” comme une mise sous contrainte politique, davantage que comme une forme de censure intellectuelle que définissait Alain de Benoist . Et le français, qui a joué un rôle historique important, y compris dans l’enrichissement de la langue anglaise, se doit de rester ce qu’il est selon Boutros Boutros Ghali : une “langue non alignée” .

L’auteur nourrit d’abord la question de connaissances historiques. Il excelle dans la narration de la création de l’anglais et du français. On oublie trop souvent leur parenté latine et l’innombrable vocabulaire que le français a donné à l’anglais via le français des Normands au XIe siècle. Le français est alors la langue d’une culture jugée riche et l’anglais s’ouvre à ce nouvel apport (de nombreuses abstractions, le célèbre honni soit qui mal y pense”, les latinismes de la langue juridique et les “faux-amis”). Les mots donnés en exemples par l’auteur prennent une signification familière grâce à l’explication de leur étymologie. Ils se réveillent alors dans le grand dortoir des mots de la langue, toujours prêts à reprendre leur place dans l’usage.

Aujourd’hui, le rapport de force s’est inversé, même si l’auteur soutient que l’influence de l’anglais est en léger déclin depuis les années 1980. Car la langue de l’empire s’est toujours imposée : le grec à l’origine de l’Occident, le latin pour Rome, l’arabe avec l’islam et le russe du bloc soviétique. Mais l’anglais est “la plus importante des langues véhiculaires qu’ait connues l’humanité” . Les pères fondateurs des États-Unis d’Amérique avaient dès l’origine l’ambition de diriger le monde. La “démocratie totalitaire”  doit s’appuyer sur la langue la plus répandue, au détriment du russe et du français. Les États-Unis ont alors créé de nombreux outils d’implantation de l’anglais hors de ses frontières : l’USIA, la CIA (“qui finance la construction européenne comme un marché extérieur”, p. 51)), les Peace Corps, l’USICA ou les SIL parmi tant d’autres. Ces organes tentent d’imposer l’anglais dans des régions aussi variées que l’Amérique du Sud ou l’Asie (Vietnam, Malaisie). La communication en anglais garantit des économies colossales et s’est prolongée par l’action des grandes agences d’information et le développement des réseaux informatiques.

Mais une langue soutient une vision du monde particulière dans la mesure où elle décrit le réel à sa façon. Aucune ne peut être universelle sans gommer les différences des autres. Comment mieux s’attribuer les marchés qu’en généralisant l’American Way of Thinking dont les produits culturels, Hollywood en tête, sont les agents les plus efficaces ? Les visions du monde sont parfois intraduisibles. La libre circulation de l’information a favorisé l’anglais au détriment des souverainetés culturelles. Cela avec l’aide d’une nouvelle stratégie outre-Atlantique : la mondialisation. Celle-ci est pour Claude Hagège une véritable colonisation, à ne pas confondre avec une globalisation qui est une diminution des distances entre les peuples, sans contrevenir aux différences culturelles et politiques.

Éric MARSON
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Titre du livre : Contre la pensée unique
Auteur : Claude Hagège
Éditeur : Odile Jacob
Date de publication : 12/01/12
N° ISBN : 2738125638
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4 commentaires

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youpi

03/07/12 21:43
En même temps, Hagège a l'air d'un conservateur. Dans une interview donnée au magazine Le Tigre du mois de juin, il ose dire que d'une certaine façon il est normal que l'arabe par ex. soit boycotté parce que porteur d'un "islamisme conquérant" (sic)
La réalité est que pour défendre le français comme langue universelle face à l'anglais, ce genre de pseudo-intellectuel est prêt à tout. Son bouquin est juste du chauvinisme déguisé en gentil concept.
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miquel mayol

03/07/12 05:44
Hagege a raison: la diversité des langues et cultures est à l'humanité ce que la biodiversité est à la nature. La promotion de l'une et de l'autre sont vitales. Ceci dit les locuteurs de langues dominées par le français sont pardonnables de considérer avec une certaine indifférence l'anglicisation de notre vie quotidienne.
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LucieP

01/07/12 20:47
Il serait intéressant de savoir comment l'auteur relie pensée et langue et par conséquent, comment l'uniformation linguistique induit une uniformisation intellectuelle (d'où le titre de l'ouvrage). On se focalise ici beaucoup sur le duel anglais/français : est-ce le cas de l'auteur également ?
Je suis d'ailleurs un peu surprise que l'on reste dans cette dualité très "classique" entre anglais et français. Le vent n'a-t-il pas tourné ? N'existe-t-il pas aujourd'hui d'autres langues devenant "impérialistes" comme peut-être l'espagnol, l'arabe ou le chinois ? J'ai aussi en vie de demander : l'uniformisation de la langue précède-t-elle vraiment l'uniformisation de la pensée ? J'aurais tendance à penser qu'il s'agit d'un résultat. A voir si l'ouvrage donne quelques éclairages là-dessus...
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Budelberger

27/06/12 10:59
Je lirai ce livre, si je peux le faire gratuitement – je lui ai filé assez de pognon comme ça, à cet hurluberlu (trois livres très onéreux d’achetés quand même…) –, et reviendrai ici en causer, mais en attendant, jetez un œil aux commentaires de cette page : http://www.franceinter.fr/emission-les-affranchis-claude-hagege-hubert-felix-thiefaine-musique-tetes-de-chien… (Anecdote : il m’a fallu m’y prendre à six fois (!) par commentaire pour passer le mur de la censure des “Affranchis” de “France Inter” !…  Ça sera pareil ici ?…)

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