La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

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Le lycée Chatel : le legs d’une réforme ambiguë
[lundi 25 juin 2012 - 10:00]
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Le nouveau gouvernement de gauche arrive alors que le lycée vit au rythme de la réforme impulsée par Luc Chatel en décembre 2009. Son objectif était de personnaliser l’enseignement, d’encourager l’innovation pédagogique au moyen d’une plus grande autonomie des établissements et enfin de faciliter les réorientations. Quel bilan en tirer ? Sur le plan politico-syndical, la réforme n’a pas suscité de clivages forts, en raison de ses ambivalences. Un questionnaire du site Café pédagogique montre que 67 % des professeurs la jugent négativement, ses modalités étant ressenties comme inefficaces et aggravant leurs conditions de travail. Pourtant, leur principal syndicat, le SNES-FSU, n’a pas réussi à mobiliser fortement contre elle. Quant aux forces favorables à une mutation du lycée , elles jugeaient cette réforme peu ambitieuse en comparaison de celle proposée auparavant par Xavier Darcos.

Exemple de ces équivoques : cette réforme a été vécue par les professeurs comme un moyen de faire des économies, notamment en supprimant de nombreuses heures de cours (par exemple 3 h 30 d’enseignement scientifique en première S ou 2 h de gestion en première STMG). Toutefois, le volume global d’heures de cours suivi par les élèves change peu, il est même plus élevé qu’en 1982 . Se polariser sur l’aspect budgétaire conduirait donc à une analyse tronquée, et négligerait le succès des postulats de la réforme dans l’opinion publique.

La personnalisation en question

Lorsque Luc Chatel proclame qu’il procède à une "révolution de la personnalisation" , il fait l’éloge d’un système éducatif basé moins sur des connaissances à transmettre que sur les demandes des élèves. Cela répond au besoin de prise en compte de l’individu, mais présente le risque d’une dérive anomique chez des adolescents. Ainsi au lycée Balzac de Paris, un chef d'établissement a constitué pas moins de 255 groupes pour 900 élèves. En dehors de quelques matières, les élèves d'une même classe ne sont jamais ensemble. L’institution scolaire renonce de fait à leur proposer une communauté de vie, un apprentissage de la mixité sociale. La personnalisation implique que les professeurs connaissent leurs élèves, pour prendre en compte leurs besoins. Or, la fragmentation des cours, la diminution des horaires des disciplines accroissent l’effectif géré par l’enseignant, générant l’anonymat des élèves. Il n’est plus rare de voir 12 ou 13 professeurs par classe de seconde, avec des emplois du temps alourdis par la multiplication des groupes parallèles.

La réforme introduit une nette hausse du nombre d'heures d'enseignement en petits groupes (10 h 30 désormais contre 7 h en seconde, 7 h contre 4 h 30 en première ES...). Toutefois, la portée de ce progrès est amoindrie par le flou du texte. Dans l’ancien système, le nombre d’élèves et l’horaire par professeur était précisé, désormais l’arrêté mentionne un "effectif réduit". Ceci autorise les établissements, contraints à des mesures d’économie, à mettre en place des systèmes ingénieux. Par exemple, quand on crée trois groupes pour deux classes de 36 élèves, on aboutit à des effectifs de 23 élèves par groupe, l’équivalent d’effectifs de classe entière existant auparavant…

Des filières toujours déséquilibrées

La réforme est censée rééquilibrer les filières du lycée. En effet, la série S attire 50 % des élèves de la voie générale, au détriment d’une série littéraire dont le niveau et les effectifs baissent dangereusement. Pourtant la disparition des mathématiques obligatoires met clairement en danger l’attractivité de la série L, la positionnant comme une série très spécialisée, dans les langues plus que dans les lettres . La nouvelle option "droit et grands enjeux du monde contemporain" devait revaloriser la série. Néanmoins, elle est essentiellement mise en œuvre par des lycées prestigieux qui abritent encore des classes de L d’un bon niveau.

Pour s’attaquer à la sélection sociale et scolaire qui produit une hiérarchie des séries, les réformateurs entendent diminuer l’attractivité de la série S en insistant sur son caractère scientifique. Toutefois, son succès n’est pas d’abord conditionné par le type d’enseignement qu’elle propose, puisque les études scientifiques sont en perte de vitesse à l’université, mais par le statut envié qu’elle donne à ses élèves. La filière S n’est donc pas la cause de la sélection, mais son instrument. Dans les années 1950, la cible des réformateurs était le latin qui a perdu son caractère sélectif au profit des mathématiques, sans que la démocratisation y gagne .

Des passerelles à la marge

Faute de concurrence, la série S gagne encore des élèves . En revanche, sa spécialisation accrue risque de priver les meilleurs élèves d’une culture humaniste. Paradoxalement, si l’identité des séries du lycée est plus affirmée, le tronc commun pour certaines matières en première générale induit une certaine uniformisation, dans la continuité de l’unification progressive entreprise depuis le ministère Jospin, en 1992 . Cette tendance est confirmée par l’alignement croissant des voies technologiques et professionnelles sur la voie générale, ainsi que par l’obligation pour les élèves d’étudier en seconde une deuxième langue vivante et de l’économie, au détriment des autres options.

Officiellement, avec le tronc commun, la réorientation en première générale est facilitée. Toutefois, les transferts restent marginaux et confortent le statut de la série S. Le tronc commun ne comportant pas de matière scientifique, rend possible le passage de la 1S vers la 1L, mais pas l’inverse. La réorientation en série ES reste ardue, car les autres élèves n’ont pas étudié les sciences économiques et sociales.

Si le tronc commun ne sert pas à l’orientation des élèves, il joue un rôle conséquent pour fermer des classes, en répartissant mieux les élèves. 70 % des fermetures de classe sont concentrées en première, malgré une légère augmentation du nombre d’élèves . Ceux-ci sont toujours aussi désorientés, d’autant que les dispositifs annoncés (tutorat par des enseignants, découverte des métiers par l’enseignement d’exploration) ne fonctionnent pas. Paradoxalement, le ministère Chatel entendait confier l’orientation aux professeurs, dont la méconnaissance du monde du travail et les préjugés sur les métiers non intellectuels sont fréquemment critiqués.

Laurent FRAJERMAN
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2 commentaires

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ortho

02/07/12 09:46
le trémas de "ambiguë" se situe sur le e et non sur le u...faute classique
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pedrona

25/06/12 12:31
Une très bonne analyse de l'instrumentalisation managériale d'une réforme qui aurait pu pourtant initier une nouvelle ère à l'éducation nationale...
Deux ajouts cependant:
- Pour avoir participer au niveau national à la mise en place de l'option DGEMC, il semble que ce ne soit pas forcément toujours les lycées de centre-ville disposant de bons Terminales L qui aient choisi d'ouvrir cette option. Dans mon territoire, ce sont plutôt des lycées cherchant justement à diversifier leur offre scolaire qui ont ouvert l'option (souvent de périphérie ou en périurbain), quand aucun des grands lycées de centre-ville n'a cru bon ouvrir cette option. D'autre part, les critères de recrutement sont assez clairs pour enseigner dans cette discipline nouvelle: une licence en droit ou un diplôme d'IEP, ce qui conduit à une certaine main-mise des enseignants d'éco-gestion sur cette nouvelle discipline.
- Vous n'évoquez que peu la concurrence disciplinaire que cette réforme a fait naître. Pour reprendre l'exemple de l'option DGEMC, pour prendre cette option, les élèves doivent abandonner leur option de 1e, le plus souvent Histoire des Arts ou Théâtre ou cinéma, au profit d'une option inconnue ayant un gros coefficient au bac...Choix qui leur semble peu intéressant, d'autant plus que les collègues refusent de voir fondre leurs effectifs. Mettre en place une telle réforme qui proposait la multiplication des options à DHG constante voire réduite, c'est l'assurance d'un pugilat en salle des profs...Même chose pour les heures d'AP données à des collègues en sous-service, sans réflexion sur le contenu de cette AP!
Une étude, voire un livre sur ces aberrations (peut-être déjà écrit?) ne serait pas de trop!

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