Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr
L’auteure fixe clairement l’objet de son ouvrage : “L’idée première de ce livre m’est venue parce que j’avais envie de rappeler, contre toutes les réductions du roman à des jeux de langage, qu’il est instrument de connaissance.” Ce liminaire pourra en rebuter beaucoup. Notamment ceux qui sentent ainsi condamnés d’un trait un peu léger les ouvrages (et certains modes de lecture) fondateurs de la modernité, et d’ailleurs sans la moindre compréhension véritablement affichée des liens entre le thème de cette étude, l’écriture du désir, et la double question moderne du langage dans ses rapports au désir et du Witz freudien faisant jouer l’inconscient dans la condensation, la dénaturation et le double sens du langage. Il est repris plusieurs fois, condamnant les théories du texte (au demeurant non nommées, mais sans aucun doute : sémiologie, structuralisme, matérialisme de l’écriture), vivant reproche adressé, en nom au moins, à Alain Robbe-Grillet.
S’agirait-il donc de provoquer une nouvelle “crise du roman” ? Un chapitre entier est consacré à ce thème (le chapitre 12). En première approche, il le semble bien. Une autre déclaration le corrobore : “Je dois ajouter que, passées les modes des deux décennies que je viens d’évoquer, les inflexions du roman contemporain depuis les premières années du XXIe siècle, plus résolument tournée vers l’expression des nouvelles dimensions du monde, [...], de ses nouveaux défis, et de l’histoire, me paraissent enfin riches et prometteuses.” Comme on le voit, elle ne se contente pas d’un constat. Elle déploie une véritable assignation à écrire/décrire l’univers, le paysage, le bonheur... !
Néanmoins, et heureusement, l’affaire est sans doute plus subtile que ces déclarations lapidaires ne le laissent entendre, si l’on veut bien comprendre que les écrivains de notre temps ont manifestement besoin d’être rassurés sur leur sort au sein même d’une autre crise, celle de la modernité. Que signifie encore écrire des romans ou des textes littéraires en 2012 ?
Cette envie de “rappeler que...” prend la forme d’une réflexion sur le désir, sur le désir d’écrire et l’écriture du désir.
Cela étant, il ne faut pas se dissimuler la difficulté que l’écriture offre à la prise en considération philosophique du désir. Quand un auteur se met en avant pour parler de son désir – toujours en excédant de son moi, et qui n’a rien à voir avec la conquête ou la prédation –, il réduit ce dernier à un état passionnel en se permettant de dire “je”. Le désir devient une sorte de causalité mécanique pour laquelle l’autre demeure extérieur. C’est uniquement quand l’écriture seule se met à fonctionner comme centre moteur des choses (ici littéraires, pourquoi pas ?) que le désir accède à sa véritable forme, qui est processus dont l’altérité est immanente.
Sans doute le Schubert platonicien de Die Junge Nonne (La Jeune Nonne) ne contribue-t-il pas toujours à éclairer ce point, mais il suffit de rappeler les derniers mots d’Isolde avant de céder à la mort pour le saisir : “S’engloutir – sombrer – sans conscience – suprême jouissance !”
Cela suffira-t-il à souligner que, pour autant qu’il se veuille écrivain ou artiste, le sujet qui veut advenir à l’écriture, à son œuvre, doit se délivrer de sa volonté individuelle pour devenir en quelque sorte ce médium par l’entremise duquel l’écriture fête sa délivrance de tout subjectivisme.
L’auteure de cette étude fait de cette idée son point de départ : “C’est-à-dire que nous sommes des êtres de désir.” Une déclaration à la Spinoza ou à la Hobbes ! Nous marchons. Il faut pour cela un élan, l’élan inaugural qui redresse le corps, le met à la verticale... Nous désirons donc. Et l’auteur de souligner, contre toutes les pensées de la passion qui fondent le désir sur le manque et l’absence, que le désir n’a pas le manque pour défaut. Il est constitué de l’altérité et du manque comme processus.
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