La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

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Slavoj Žižek à la croisée de Hegel et de Lacan
[mardi 19 juin 2012 - 08:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Le plus sublime des hystériques, Hegel avec Lacan
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
464 pages
Résumé : Le philosophe slovène - sous la houlette de Lacan - pulvérise ici les interprétations canoniques de Hegel, propose une autre vision de Marx et renouvelle toute notre conception de la culture, de l'histoire et de la politique.
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Slavoj Žižek à la croisée de Hegel et de Lacan

Dans Žižek Marxisme et psychanalyse (PUF, 2012), Ronan de Calan et Raoul Moati se demandent si la pensée du philosophe slovène est " autre chose qu’une curiosité médiatique ", pour lui attribuer finalement consistance théorique et regard inédit sur la culture. Soutenue à Paris VIII en 1982 sous la direction de Jacques-Alain Miller, la thèse de Žižek - Le plus sublime des hystériques, Hegel avec Lacan – est rééditée par les PUF dans la collection " Travaux pratiques ". Lire Hegel avec Lacan, mais tout autant lire Lacan avec Hegel, et penser leur articulation réciproque à Marx, tel est ici le geste philosophico-psychanalytique de Žižek, à travers une argumentation souvent sinueuse, intempestive, laissant au passage libre cours à l’humour.

La (re)lecture de Hegel via Lacan constitue d’abord une réévaluation de la dialectique hégélienne, dont la dimension triadique est revue à l’aune de la " logique du signifiant ". Contre l’interprétation en vigueur, Žižek affirme que la raison n’a pas vocation à enrichir et à totaliser les déterminations abstraites - figées et séparées - de l’entendement, mais à soustraire à ce dernier ce qui le qualifie : sa dimension formelle et sa capacité " négative " à isoler les déterminations ; le mouvement dialectique hégélien aboutit en définitive à une perte du contenu, la symbolisation effectuée par le logos se poursuivant en effet sous l’égide de médiateurs évanouissants (" Le passage dialectique vers la " Vérité " d’un objet implique donc l’expérience de sa perte : l’objet, sa forme fixe, se dissout dans le réseau des " médiations ", des procédé formels " p. 40). On peut donc affirmer (avec Lacan), que l’écart entre le langage et le réel est consommé, du moins jugé irréductible. Adhérer à une conception " substantialiste " du vrai se révèle ainsi impensable. Il n’est même pas impossible que le Savoir absolu hégélien soit sur le fond " séparateur ", comme le précise Žižek plus loin.

La belle totalité hégélienne est d’ailleurs malmenée dans le chapitre 2 également : reprenant à son compte la désignation de la femme comme " pas toute " par Lacan, Žižek veut montrer que le supposé " holisme " hégélien est plus paradoxal qu’il y paraît, et que le langage se greffe toujours dans l’après-coup sur la réalité, ce qui réintroduit la question de la temporalité. Le processus de connaissance est à nouveau en ligne de mire. Est-il, chez Hegel, éminemment " performatif ", l’acte de connaissance ne constituant pas son objet de l’extérieur, mais en vertu de la modification qu’il lui impose ? Il faut souligner là encore que la " synthèse " des opposés se trouve déjà dans la scission elle-même, et que la dialectique hégélienne redouble (ou est redoublée par) la logique du signifiant lacanien. La temporalité est par conséquent toujours rétroactive et le " performatif hégélien fait que l’enjeu dont il s’agit est après-coup ce qu’il a toujours été " (p. 51). L’analysant ne déclare-t-il pas à l’analyste respectivement " qu’il ne savait pas " et " qu’il l’a toujours su ? " … En bref, cette " reprise " de la dialectique hégélienne conduit au moins à deux idées : il n’existe pas d’acte (y compris historique) qui échappe à la contingence et Hegel lui-même insistait, dans son interprétation de la tragédie, sur l’aveuglement qui préside aux actes humains. Le " panlogicisme " hégélien est donc un mythe à dissiper d’autant plus que la formule " le réel est rationnel et le rationnel est réel " signifie, aux yeux de Žižek, qu’il n’y a rien du réel qui ne soit pas rationnel, autrement dit que " tout n’est pas rationnel ". En ce sens, dans la sphère éthique par exemple, on doit exclure le hasard sans s’opposer à lui (p. 57) et la particularité " pathologique " resurgit au cœur même de l’éthique (contre la position kantienne). Ce n’est pas tant que la fin détermine le commencement, selon l’auteur, mais plutôt que la nécessité ne naît que de conditions elles-mêmes contingentes. En termes lacaniens, c’est le signifiant-maître (S1), le " point de capiton " – sans signifié, sans nécessité ..., irrationnel au fond, - qui vient donner consistance à la chaîne des signifiants, leur conférant une nécessité qui ne repose sur rien (ce qui explique que, politiquement, un monarque possède un pouvoir purement " performatif ", nullement fondé sur ses capacités effectives …).

La deuxième idée renvoie à une certaine acception du concept de totalité. La philosophie kantienne, par exemple, est " totalitaire " en un sens précis : il existe un moins un élément, une Exception, qui la fonde, c’est la Chose-en-soi – le noumène – et la fait échapper au cadre universel de la forme transcendantale. Le holisme hégélien, a contrario, est en apparence autoréférentiel, puisque le " Tout fait toujours partie de lui-même ", à l’image de la blague évoquée par Lacan, " j’ai trois frères, Paul, Ernst et moi ". Mais cette circularité est à nouveau démentie par Žižek lorsqu’il soutient que la dialectique hégélienne relève de la logique du " pas-tout ". La rencontre entre l’Universel et le Particulier est toujours ratée parce que l’Universel ne peut jamais englober exhaustivement le Particulier ni ce dernier le combler, et le mouvement de l’esprit ne s’accomplit jamais sans reste. Le réel ne " s’inscrit que d’une impasse de la formalisation " (Lacan, 1975a, p. 55).

Patricia DESROCHES
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Titre du livre : Le plus sublime des hystériques, Hegel avec Lacan
Auteur : Slavoj Žižek
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
Date de publication : 18/06/12
N° ISBN : 2130593100
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