Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr
On pourrait se croire devant un livre désespéré, même si nous en lisons la réédition en poche, quelques 12 ans après la première publication. Désespéré, du moins dans le ton. Il s’agit en tout cas d’y dénoncer les méfaits de la collusion entre les philosophes et le pouvoir. Et notamment les méfaits de la persistance d’une telle collusion dans les allées du pouvoir de notre époque. Ce trait ne résume pas l’ensemble de l’ouvrage mais il en donne le ton. Et en contre-point de cette optique, Christian Delacampagne, bien connu pour ses nombreux travaux esthétiques et politiques adopte d’abord un profil d’humilité : "je n’aurai pas l’outrecuidance, écrit-il, de prétendre que certaines catégories d’individus sont, plus que d’autres, porteurs de vérité, [...]", ceci pour se démarquer de la croyance proprement philosophique d’une identification possible entre la philosophie et la vérité. Et puis, quelques pages plus loin, il revient sur la question qu’il souhaite traiter en soulignant que le philosophe, dans le domaine de la politique, ne saurait être infaillible, et par conséquent devrait comprendre désormais qu’il a pour tâche propre l’élucidation critique des discours, "tout en renonçant au dogme de l’infaillibilité". Un message à l’adresse de ses pairs, en première approche, avant d’être délivré à tous les lecteurs.
On l’aura compris, cet ouvrage a pour objet la philosophie politique et surtout son rôle dans la cité, via les philosophes qui se muent en conseillers des gouvernements. Simultanément, il s’énonce à partir d’un régime politique moderne, la démocratie. Par conséquent, l’association des deux registres aboutit à l’affirmation suivante : " Et je crois même qu’à partir d’un critère aussi simple que celui-là (la démocratie est actuellement le meilleur des régimes possibles, parce qu’il n’y en a pas d’autre à profiler), il est possible de reconstruire une authentique philosophie politique – en entendant par là une pensée du politique susceptible d’assumer jusqu’au bout sa mission normative, sans pour autant chercher à s’appuyer sur un quelconque fondement transcendantal...".
La thèse est celle-ci : "Si la philosophie est née en Grèce, force est de reconnaître qu’elle y a pris, très tôt, une couleur antidémocratique". A quoi s’ajoute que l’auteur n’est pas certain de déceler des "évolutions" depuis lors. Consciemment ou non, ajoute-t-il, bon nombre de philosophes de notre temps persistent à situer leur propre discipline dans une position de surplomb par rapport à la politique. Et de distinguer deux cas, qui cependant aboutissent au même résultat : les philosophes qui se font les conseillers des princes et des tyrans ; et les philosophes qui, même s’ils n’ont ni accointance avec le pouvoir en place, ni ambition de carrières, n’en sont pas moins convaincus d’appartenir à une petite élite. L’auteur ne se départit pas de l’idée selon laquelle les philosophes, du fait de la "possession" de certaines connaissances philosophiques semblent détenir un certificat de compétence pour diriger les affaires publiques, ou pour conseiller ceux qui les dirigent.
Evidemment, en contre-point de cette prétention, il s’agit, mais cet ouvrage n’en a pas l’objet, de défendre l’idée que l’ "auto-organisation" est la meilleure chose que puisse faire une société humaine.
Au demeurant, l’auteur évite la caricature. Il reconnaît bien volontiers qu’on ne peut se représenter l’histoire des relations entre les philosophes et le pouvoir de manière monolithique. Il y a eu (et il y a encore) une majorité de philosophes opposés à la souveraineté populaire, ou hostiles à l’idée selon laquelle il reviendrait aux membres d’une communauté de définir eux-mêmes, en toute indépendance, la voie qu’ils entendent suivre. Mais il y a eu aussi (et il y a toujours) des penseurs pour lesquels la seule idée de voir un homme, ou un petit groupe d’hommes, en soumettre d’autres à leur caprice – est tout bonnement insupportable.
Où l’on voit que Delacampagne délimite fort bien son champ de travail, tout en affirmant qu’il n’est plus question, de nos jours, de se tromper de politique. Plus personne n’imagine, de nos jours – ce serait à étayer bien sûr ! – qu’une révolution puisse être imposée d’en haut à une communauté qui, dans sa majorité, n’en voudrait pas (la première publication de l’ouvrage date de 2000). Et plus modestement, l’auteur d’ajouter ensuite : " Ou, plus exactement, tout le monde en Occident, à gauche comme à droite, sait qu’une telle façon de procéder (à une époque marquée par les rapides progrès de l’éducation et des techniques de communication) risquerait, à long terme, de susciter plus de problèmes que d’en résoudre".
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Spartel