La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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La campagne des animaux
[mardi 05 juin 2012 - 11:00]
sciences humaines
Couverture ouvrage
Vivre avec les animaux. Une utopie pour le XXIe siècle
Éditeur : La Découverte
159 pages / 15 € sur
Résumé : L'auteur, ancienne éleveuse de brebis et chercheuse en sciences sociales à l'INRA, nous propose une synthèse de son expérience sensible et intellectuelle avec les animaux et une réflexion sur la production animale aujourd'hui. Avec un langage simple, mais précis et bien référencé, elle invite le lecteur à penser l’élevage à travers le prisme de la relation entre l’Homme et l’animal. Ce qui pourrait paraître une évidence est en fait une petite révolution, et elle est la bienvenue ! 
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 * Une première critique de cet ouvrage, écrite par Sophie Burdet, a été publiée le 12 mars dernier. 

 

Jocelyne Porcher articule son propos autour d’une rupture : celle entre " l’élevage " et les " productions animales ". " L’élevage, dit-elle, est une relation de travail aux animaux qui a dix mille ans (…), alors que les productions animales ont cent cinquante ans et représentent l’un des rejetons les plus cupides et les plus malfaisants du capitalisme industriel "  . Le cadre est donné, et pour comprendre la dénonciation de cette rupture, il est nécessaire de comprendre le point de vue qu'aborde l'auteur.

Pour Jocelyne Porcher, les animaux d’élevages " travaillent ". C’est-à-dire qu’ils participent pleinement au processus d’élevage. Ils en sont acteurs, et de leur participation (voire leur collaboration) dépendra la qualité du travail, donc l’accomplissement d’eux-mêmes et de l’éleveur. Dans une relation régit par une sorte de contrat entre eux et l'éleveur, les animaux sont logés, nourris, soignés, protégés des prédateurs et vivent une vie sociale (relation avec les congénères, avec les humains, avec la nature et les différents éléments de leur environnement), en échange de quoi ils fournissent leur lait, leur viande, leur peau. En un mot, leur vie.

L'auteur souligne à plusieurs reprises que le lien qui unit animaux et éleveur est indispensable à la réalisation même du travail d’élevage. Elle accuse la " zootechnie " (terme inventé au XIXème siècle) de ne pas avoir pensé ce lien. En pleine révolution industrielle, deux approches de l'élevage existaient. La première est illustrée par cet écrit de Thompson de 1851 : " La relation humaine et la façon de traiter les animaux ont une influence matérielle sur le niveau de domestication possible, ainsi que sur ses effets dans l’esprit des animaux. Le bétail du Tyrol a plus de subtilité car ces animaux sont traités avec humanité et affection ; de la même façon, dans les Alpes Suisses, ils sont plus vivants et joyeux entre eux et plus attachés à leurs bergers que ceux des régions où peu d’attention leur est accordée. " Quelques décennies plus tard (1907), Sanson faisait part d'une vision toute différente: " Les animaux domestiques sont des machines, non pas dans l’acceptation figurée du mot, mais dans son acceptation la plus rigoureuse, telle que l’admettent la mécanique et l’industrie. (…). Ce sont des machines donnant des services et des produits. Ils donnent du lait, de la viande, de la force : ce sont des machines fournissant un rendement pour une certaine dépense. " Cette deuxième conception ne s'est pas ajoutée à la première, il y eu un glissement de l'une vers l'autre avec l'arrivée des zootechniciens du XIXème siècle, et des modernisateurs du XXème siècle, qui se sont opposés aux valeurs morales, esthétiques et aux propensions sentimentales des paysans, alors " ignorants " des savoirs rationnels.

Ce glissement a engendré une rupture entre les Hommes et les animaux. L'élevage a fait place aux productions animales, régi par la zootechnie, encore présentée comme une discipline scientifique – mais sans histoire – et de caractère " essentiellement pratique et actuel ". En conséquence de quoi " de nombreux éleveurs de vaches, éduqués dans le culte de la ration maïs-soja, sont incapables de remettre leurs vaches au pré parce-qu'ils ne savent plus comment les nourrir avec de l'herbe. De même, une majorité d'éleveurs de porcs (…) ignorent que les cochons pâturent et digèrent l'herbe. "   Ceci illustre la méconnaissance que peuvent avoir de leurs animaux les Hommes qui en ont la charge. Mais qu'est-ce qui défini alors un travail d'élevage et qui le différencie de la production animale ?

Le travail d'un éleveur est de fournir une " vie bonne " à ses animaux, dans un cycle de " donner-recevoir-rendre ", en référence à la théorie du don de Marcel Mauss. Ainsi " les éleveurs donnent la vie et, in fine, la reprenne pour nourrir les êtres humains, autrement dit pour entretenir la vie. (...) Car il s’agit, non pas de nier la mort, mais de se souvenir que la mort et la vie sont inséparables "  . A contrario, dans un système industriel défini comme l' " ensemble des activités fondées sur la division du travail est la spécialisation qui ont pour objet l'exploitation à grande échelle d'animaux domestiques en vue de leur transformation en biens de consommation avec le meilleur et le plus rapide rendement technique et financier possible "  , on n'élève donc pas des animaux, mais l'on produit du " minérai " de porcs, de volailles, de chair... dont les objectifs sont la performance technique et la rentabilité économique.

Gautier FÉLIX
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Titre du livre : Vivre avec les animaux. Une utopie pour le XXIe siècle
Auteur : Jocelyne Porcher
Éditeur : La Découverte
Date de publication : 12/03/12
N° ISBN : 2707169005
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