La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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N’est pas Montaigne qui veut…
[jeudi 31 mai 2012 - 11:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Du bon usage de Montaigne
Éditeur : Hermann
168 pages / 23,27 € sur
Résumé : Un ouvrage décevant par son contenu philosophique et respectable par l’attitude humaine qu’il révèle.
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Jacques Schlanger, professeur émérite de philosophie à l’université hébraïque de Jérusalem, a écrit un livre décevant et respectable à la fois. Décevant par son contenu philosophique et respectable par l’attitude humaine qu’il révèle.

Pour comprendre les raisons de la déception, il faut réaliser ce qui est, à nos yeux mais non à ceux de l’auteur, la démesure du projet visé à travers ce petit livre et exposé dans la première partie "Un portrait de soi". Sachez d’abord que Jacques Schlanger se présente comme un "philosophe de chambre" , pratiquant donc "la philosophie de chambre" identifiée par lui à une discipline interne à la philosophie et mise curieusement sur le même plan que l’histoire de la philosophie, l’épistémologie et l’éthique . À la différence du "philosophe symphonique", dont la manière de philosopher est "plus classique", "publique, impersonnelle", le "philosophe de chambre" a "une manière privée, personnelle, intime de philosopher" . Cette opposition va de pair avec deux autres, l’une concernant la lecture des philosophes, l’autre en rapport avec la finalité de la philosophie. D’abord à la lecture "savante", "d’experts", "professionnelle" - Schlanger dit avoir lu ainsi Aristote, Spinoza et Kant -, est opposée une lecture "émotive" et "personnelle"  - les auteurs concernés sont alors Épicure, Épictète, Marc-Aurèle et Nietzsche. À ce dernier type de lecture correspond une conception de la philosophie comme préparation à la vie et au premier, une conception de la philosophie comme savoir théorique.

Refusant la posture des "experts" , qu’il pense, dans son cas au moins, comme cachant son "je" , Schlanger n’a donc pas écrit un livre savant sur Montaigne (aussi se dit-il "montaignard" et non "montaigniste" ). Prenant plutôt le philosophe de Bordeaux comme "guide"  et comme "maître à réfléchir" , Schlanger veut "se situer par rapport à lui et par rapport à soi" , hésitant d’ailleurs à nos yeux entre deux relations avec Montaigne : tantôt il le voit comme un compagnon ("il s’agit pour Montaigne et pour moi de parler avec justesse et simplicité de ce que d’ordinaire on passe sous silence, par pudeur ou par négligence. Jusqu’ici je me trouvais seul dans ma chambre, dans ce livre celle-ci est devenue une chambre à deux"  ), tantôt il est celui auquel il s’agrippe, "lui à cheval et moi à pied"  (p.16 : "je m’appuie sur lui pour pénétrer en moi"). Résumons en termes simples : Jacques Schlanger ne se propose donc pas moins que d’imiter Montaigne parlant de lui-même. Aussi le lecteur est-il conduit irrésistiblement à juger l’ouvrage qu’il a en mains à l’aune des Essais. Mais c’est ici qu’il nous coûte de reconnaître la médiocrité du résultat, tant en effet est honnête l’autoportrait que l’auteur donne de lui-même.

C’est d’abord au niveau de la langue que la comparaison est accablante. Certes l’auteur, assumant "la pauvreté de (son) langage" le reconnaît : "plus d’une fois il me donne l’impression de mieux dire ce que j’ai à dire de moi"  ou bien "je n’ai pas le sens des formules percutantes et audacieuses qu’a Montaigne" . C’est donc dans une langue dépourvue de style que Jacques Schlanger présente d’abord ses pratiques de parole, de lecture et d’écriture, ensuite sa personne (où le lecteur, qui n’en croit pas ses yeux, lit entre autres: "Je ne veux pas changer de voiture, une Renault 19 que j’ai depuis 1993 et qui convient tout à fait à mes besoins"  ), puis ses affections et enfin son état physique, l’ouvrage se terminant sur une dernière partie au titre parlant : "sçavoir estre à soy".

Patrick DUCRAY
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Titre du livre : Du bon usage de Montaigne
Auteur : Jacques Schlanger
Éditeur : Hermann
Collection : Philosophie
Date de publication : 25/01/12
N° ISBN : 2705682252
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