La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

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Le peuple substitué : la campagne néo-légitimiste de Nicolas Sarkozy
[dimanche 27 mai 2012 - 17:00]
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Un néo-légitimisme émergent

En effet, on feint d'ignorer la réalité des conflits d'intérêt, la diversité des aspirations et des parcours sociaux et finalement les tensions inhérentes à toute société entre classes sociales. Quelles que soient les conceptions philosophiques ou sociologiques que l'on pouvait adopter au sujet de ce concept de classes et de leurs rapports réciproques, il était admis que des divergences existaient et n'en obéraient pas pour autant toute conscience républicaine et toute aspiration à l'unité.

La position de Nicolas Sarkozy ne cessant de fustiger les corps intermédiaires, subordonnait ces réalités sociales à un modèle politique selon lequel le Prince reflète son peuple de même que le peuple reflète son Prince dans une unité et une réversibilité idéalisée, l'un étant le miroir de l'autre. Un narcissisme politique, d'une grande verticalité, était puissamment à l'œuvre.

Les diviseurs sont donc contre l'ordre naturel. On ne peut s'empêcher de songer au processus de légitimation de la répression des troubles populaires tel que le rapporte l'historien Boris Porchnev sous le règne de Louis XIII. Les révoltes paysannes d'alors étaient réprimées aussi parce qu'elles contestaient un Ordre naturel voulu par Dieu. Cujus regio ejus religio nous dit l'adage qui justifiait en pleine Réforme que le peuple épousât la religion du Prince.

Mais suivant cette devise retournée par le nationalisme intégral de Maurras, il n'est pas moins prudent que le Prince embrasse la religion de son peuple. On retrouve ici le paradoxal "positivisme" catholique de l'Action Française, faisant de la catholicité une condition du pouvoir car attestant de cette ressemblance fondamentale, de ce mimétisme entre le populaire et le régalien, reliés par le fil continu de la foi commune.

En se voulant le candidat du peuple, Nicolas Sarkozy disait "je suis comme vous" et cette ressemblance devient fondatrice de tout lien politique vertical mais aussi, on le verra, horizontal. Cette conception pose également la fiction d'une forme de rapport charnel nécessaire entre le pays dans sa géographie physique et mentale et l'ordre politique. Du sommet de l'Etat aux racines des arbres qui enserrent la dépouille des morts, de la matérialité d'une géographie physique à l'idéalité d'un ordre politique, il s'agit à travers ce discours de recréer une unité fictive et une nécessaire correspondance charnelle, physique entre le sommet et la base.

C'est le motif barrèsien de la terre et des morts qui ressurgit, visant à objectiver dans l'ordre de la nature et du temps l'identité du pays et d'en bannir la volonté des individus qui ne sont alors plus que le produit d'un sol, le fruit d'un enracinement. C'est enterrer définitivement la conception de la Nation autour de laquelle l'ensemble des républicains des deux rives se rejoignaient, faisant ainsi de la France une grande idée qui fondait un grand peuple par l'intermédiaire d'un contrat social.

 

Ethnos contre Demos, deux visions antagonistes du peuple

Il y a donc dans le discours de la droite "nationale" dont est issu Patrick Buisson une conviction fondamentale selon laquelle le peuple, dont le basculement vers la gauche serait une illusion, doit retrouver son rapport privilégié avec le Prince, obéré par le régime républicain représentatif.

La grande alliance entre la tête de l'Etat et le peuple contre les classes et corps intermédiaires hante l'histoire française depuis la relecture de l'apogée de l'absolutisme par les penseurs de la Restauration. L'interprétation de la Révolution par une certaine droite est en fait celle d'un paradis perdu par une révolte dont les principaux responsables seraient les éléments élitistes de la bourgeoisie ayant instrumentalisé le Peuple. On se retrouverait face à une alliance substituée à l'alliance fondamentale avec la Couronne dont la légitimité vient de Dieu.

Guillaume Peltier, autre néo-légitimiste passé par la double formation FN et Villiériste, pouvait ainsi écrire "J'ai la conviction que le clivage fondamental n'est plus celui Droite-Gauche, mais celui du peuple contre les élites", résurgence de ce mode de lecture de la révolution transposée au monde contemporain. Le peuple est formalisé comme une masse indifférenciée, nécessaire pourtant à la permanence de l'identité de la France car il porte en lui par son folklore, ses traditions le fil continu des réalités sociales derrière le miroitement de l'événementiel et du changement.

Le peuple conjure l'histoire et ses bouleversements par la somme des habitudes et des transmissions continues par des rites de passage par exemple. La leçon de Van Gennep sur notre folklore fut ainsi apprise et déformée. C'est également en ce sens que l'entendait Paul de Lagarde et l'ensemble du mouvement völkisch allemand, le peuple, le Volk, c'était donc la référence à la tradition et à l'immuable des rites et des coutumes, des hiérarchies sociales garantissant la pérennité d'une communauté à travers le temps.

Un empirisme anthropologique couronne cette conception du peuple car si ce dernier se comprend par la somme de ces rites sociaux, les éléments allogènes ne viennent pas simplement s'ajouter à un ensemble "toujours déjà-là", ils modifient en profondeur le peuple en incluant au sein de celui-ci des évolutions ou des hybridations qui en atteignent l'essence. On était de manière jamais vue depuis les années 30 au sein de la Droite aux antipodes de tout creuset républicain, de toute intégration de l'étranger. La Volonté se voit ici encore chassée au profit d'un naturalisme sous-jacent qui envie à atteindre notre conception de la nationalité, qui demeure au sein de notre République fort heureusement conventionnaliste et donc fondée sur le droit du sol et non sur l'ordre naturel du sang.

Frédéric LOWENFELD
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