Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr

La théorie sociologique de Pierre Bourdieu et ses usages sociologiques est un livre écrit par Anne Jourdain et Sidonie Naulin, doctorantes à l’ENS. Cet ouvrage entend présenter de façon synthétique la pensée sociologique de Pierre Bourdieu, dix ans après sa disparition.
Plutôt que d’aborder les travaux du sociologue de façon chronologique, ou par le biais d’ouvrages fondamentaux, les auteures font le choix de dégager quatre grands thèmes qui, selon elles, caractérisent l’œuvre de Bourdieu. Chaque thème est l’occasion de synthétiser les recherches, prises de position et avancées du sociologue dans un domaine spécifique. Des références à d’autres travaux qui se sont inscrits dans la continuité suivent, ce qui permet de constater l’impact de ces recherches sur la discipline sociologique.
Ces thèmes sont respectivement : la méthodologie de la recherche, la sociologie de l’école, la sociologie de la culture et les théories de l’espace social. S’ils sont distingués de façon didactique, ils imprègnent toute l’œuvre bourdieusienne dont chaque dimension ne peut être envisagée indépendamment.
Comment faire de la sociologie ?
La partie sur la méthode résume les positions de Bourdieu concernant la pratique des sciences sociales. Celui-ci s’inscrit dans une démarche durkheimienne qui consiste à fonder le processus de recherche sur la mise à l’écart des prénotions, c'est-à-dire des représentations inexactes implantées dans l’esprit du sociologue à cause de son appartenance à la société qu’il étudie. Il poursuit cette réflexion en insistant sur l’enjeu du langage employé par les chercheurs, car celui-ci est truffé de prénotions. Notons que cette démarche poussée à bout conduirait à la création d’un nouveau langage spécifique à la sociologie, dans la lignée du positivisme logique défendu par les disciples de Wittgenstein .
Dans un second temps, les auteures expliquent la notion de structuralisme génétique qui caractérise les positions de Bourdieu dans le débat entre subjectivisme et objectivisme. Le concept d’habitus est à envisager dans cette perspective. Il est défini comme "les principes de fonctionnement, générateurs de pratiques et de représentations, qui vont permettre aux agents sociaux de structurer leur actions" . Cette conception conduit Bourdieu à parler d’agents sociaux plutôt que d’acteurs.
De la reproduction sociale au capital culturel
Une fois ces bases méthodologiques posées, les deux auteures se penchent sur leurs deux terrains d’application les plus connus : la culture et l’éducation. Elles commencent par contextualiser l’émergence des travaux de Bourdieu sur le système scolaire. En effet, ce domaine de recherche ne prend réellement de l’importance en sociologie que dans les années 1960, à l’heure de la massification scolaire.
L’Ecole est envisagée comme une instance de reproduction des inégalités de classe présentes au sein de la société. Pour Bourdieu, cette institution impose un arbitraire culturel que les élèves doivent être capables d’incorporer pour passer sous les fourches caudines de la sélection scolaire. Ce processus, la reproduction sociale, mène à une forme de violence symbolique, notamment à destination des milieux populaires. Détaillée dans Les Héritiers, cette théorie bat en brèche le mythe de la méritocratie républicaine. L’ouvrage s’étend alors sur les travaux de Stéphane Beaud, qui a travaillé dans la même lignée sur les conséquences de la "démocratisation scolaire" en suivant la trajectoire d’enfants d’ouvriers issus de l’immigration à Montbéliard .
La partie suivante est consacrée à la sociologie de la culture. Les concepts de distinction et de capital culturel, déjà présents en filigrane dans la sociologie bourdieusienne de l’école, y sont développés. Proche de la définition anthropologique de cette notion, Bourdieu définit entre autres la culture comme "les façons de manger, d’aménager son intérieur, de se vêtir mais aussi le rapport entretenu avec les œuvres d’art ou de l’esprit" . Les pratiques culturelles sont ainsi des marqueurs de positionnement social. Pour le sociologue, la culture est hiérarchisée, et la classe dominante (c'est-à-dire la bourgeoisie) a le plus de légitimité sociale dans cette hiérarchie. La culture des autres classes se constitue dans ce cadre théorique de formes dégradées de la culture dominante.
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