La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

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Fondation Jean Jaures

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L’irrécupérable
[lundi 14 mai 2012 - 19:00]
Littérature
Couverture ouvrage
L'invention de Philippe Muray
Éditeur : Carnets nord
283 pages / 19,27 € sur
Résumé : Le beau portrait d’un “individu littéraire”, d’une pensée romanesque, qui aura eu l’affront de réellement vivre et souffrir l’effort de cohérence dans un monde à la fois uniforme et éclaté.
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Muray, écrivain
Saisir dans sa profondeur la pensée si vaste, si foisonnante de Philippe Muray n’est pas chose facile. L’homme avait visité toutes les galeries, fouillé dans tous les coins, soulevé les pierres, la poussière… Il était un soc qui, depuis les souterrains, s’attaquait inlassablement aux fondements de la modernité. Ce n’était pas un pur travail de sape : Muray édifiait une œuvre proprement romanesque sur les ruines. “Une voie destructrice et une voie créatrice, en réalité confondues dans un seul geste littéraire” . On ne peut utiliser de mot aussi galvaudé que “subversif” – “rebelle, révolté”, encore moins – pour qualifier Muray. “Séditieux” peut-être ? Pas plus. On approche, mais on n’est pas encore tout à fait exact. Les termes, trop usés, sont impuissants à le résumer. En un sens, c’est là aussi l’invention de Philippe Muray dont parle Vitry. Très beau titre, qui fonctionne doublement : Muray invente et s’invente lui-même. Cet essai n’a peut-être pas d’autre but que de répondre à la question de l’identité : qui est Muray ? Non pas, bien sûr, d’un point de vue biographique – quoiqu’on apprenne çà et là de petits détails sur l’homme – mais comment il est devenu celui qui a réussi l’exploit d’exister réellement dans son époque.

“On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure”, écrivait Bernanos en 1942 . Muray a eu l’affront de vivre comme “individu littéraire” . C’est dire qu’il est bien un écrivain, ce qu’établit très clairement l’essayiste dès les premières pages puis l’explique tout au long de son texte. Il n’a jamais voulu être connu en tant que philosophe, ni même penseur ou moraliste (une phrase de Balzac, “Celui qui moralise ne fait que montrer ses plaies sans pudeur”, se retrouve souvent dans l’œuvre). Il n’entendait pas “faire école” . Lui-même, de qui fut-il le disciple ? De personne, bien qu’il eût ses maîtres.

Trois noms reviennent fréquemment dans Le XIX siècle à travers les âges (l’œuvre majeure, mère de toutes les autres, dont il est très largement question dans L’Invention) : Baudelaire, Balzac et Flaubert . À l’image du poète, il était un antimoderne. Le terme fait peut-être frémir. La mise au point de Vitry est donc bienvenue : l’antimoderne n’est pas un réactionnaire, un traditionnaliste ou un antidémocrate ; c’est avant tout un individu qui cherche à adopter un point de vue excentré pour penser le moderne et le théoriser. Charles Maurras est le contre-exemple parfait de l’antimoderne ; et Drieu La Rochelle cesse d’être antimoderne quand il s’engage dans le fascisme, car alors la finalité de sa parole devient politique . Mais pour Vitry, la radicalité de Muray fait qu’il n’est pas réductible à la figure de l’antimoderne. L’auteur a cette très belle phrase en forme d’hommage : “Nous pourrions situer Muray à mi-chemin entre l’antimoderne (à la Chateaubriand ou à la Baudelaire) et Mallarmé – le Mallarmé qui pense que le monde n’est fait que pour aboutir à un livre” .

Si Muray ne s’est pas inventé ex nihilo mais s’inscrit dans la droite lignée d’écrivains (pas tous antimodernes, donc), il a choisi d’exister à la marge de son époque, fidèle à son esthétique “fondé[e] sur une dialectique de la norme et de l’écart” . Le rire a été l’un des moyens de cette réussite puisque “C’est dangereux, le rire, au fond. C’est la même chose que le silence. C’est encore un peu trop individuel” . Il a fallu ensuite, pour représenter le monde, s’en extraire (autrement dit, chercher ce point de vue excentré qui est l’un des traits distinctifs de l’antimoderne).

Vincent RAPPENEAU
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Titre du livre : L'invention de Philippe Muray
Auteur : Alexandre de Vitry
Éditeur : Carnets nord
Date de publication : 22/09/11
N° ISBN : 2355360529
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