La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
Faut-il suivre le modèle québecois de défense de la langue française ?
[mercredi 09 mai 2012 - 11:00]

La Loi All Good. Quand Jacques Toubon, ministre de la Culture et de la Francophonie du gouvernement Balladur, a proposé une loi relative à l’emploi de la langue française   – une loi destinée à protéger le patrimoine linguistique français menacé par l’invasion des anglicismes – l’opinion publique l’a vite raillée et surnommée la loi All Good (tout bon !). En effet, dans un pays où la place de la langue ne fait pas de doute, il semblait alors bien peu nécessaire et, surtout, terriblement désuet d’imposer par la loi l’emploi de certains mots français en lieu et place d’anglicismes couramment usités. D’ailleurs, certaines dispositions de la loi ont été censurées par le Conseil Constitutionnel, pour lequel la liberté d’expression promise dans la Déclaration des Droits de l’Homme était contraire à l’obligation prévue dans le texte de loi d’user "de certains mots ou expressions définis par voie réglementaire sous forme d'une terminologie officielle"  .

Pourtant, ce qui peut nous apparaître comme un combat archaïque ne l’est pas du tout de l’autre côté de l’Atlantique, au Québec, seule province francophone d’un Canada certes officiellement bilingue mais uniquement anglophone dans la pratique. Ilot francophone perdu dans un océan nord-américain anglophone, les Québécois cultivent leur exception linguistique, symbole de leur différence culturelle. Ainsi, le premier gouvernement souverainiste du Québec, dans les années 1970, a instauré la Charte de la Langue Française, connue sous le nom de Loi 101, qui fait du français "la langue de l'État et de la Loi aussi bien que la langue normale et habituelle du travail, de l'enseignement, des communications, du commerce et des affaires". Il faut dire qu’à l’époque, le Québec vit une période identitaire difficile : une révolution culturelle et sociale, la Révolution tranquille, est venue réveiller une province endormie dans la Grande Noirceur d’un Premier ministre conservateur au pouvoir de 1944 à 1959, dont l’étendard n’est autre que la langue française. Ce sont les anglophones qui contrôlent alors la province. "Nous, les francophones, étions souvent considérés comme incompétents", écrira par la suite Jacques Parizeau, futur Premier ministre souverainiste. 20% de la population non-francophone contrôle alors 80% des postes de cadres. Il ne fait pas bon parler français en Nouvelle-France.

Aujourd’hui, le Québec s’est quelque peu libéré du carcan canadien – il est aujourd’hui reconnu officiellement comme une nation au sein du Canada. Cette émancipation politique est allée de pair avec une émancipation culturelle et linguistique – la place du français au Québec, protégée par la loi, n’est plus menacée.

Il n’empêche, la prise de conscience de l’importance de la langue comme vecteur d’une culture particulière a créé, chez les Québécois, un "militantisme linguistique" bien plus prégnant qu’en France, où l’on considère que la langue "va de soi" et qu’il n’est donc nul besoin d’être offensif pour la défendre.

Ainsi, à l’heure de la révolution numérique, les termes anglophones pénètrent de plus en plus dans la langue française en France quand, dans le même temps, les Québécois les traduisent : un "email" est devenu "courriel" (contraction de "courrier électronique") et un "spam" un "pourriel". De façon plus générale, on ne dit pas "weekend" mais "fin de semaine" et "faire du shopping" se dit "magasiner". Plus marquant encore : leurs panneaux "Stop" sont des panneaux… "Arrêt". Logique, non ?

Cette créativité linguistique est le reflet de la menace qui a, un temps, pesé sur la langue : si les Québécois laissent le monopole des mots nouveaux à l’anglais – s’ils ne sont plus traduits au fur et à mesure qu’ils apparaissent – le français risquerait de disparaître.

Les Français ont tendance à se moquer – toujours gentiment, certes ! – de l’accent québécois, mais il est pourtant clair que ce sont ces derniers qui, aujourd’hui, sont en première ligne dans la défense de la langue qu’ils partagent ! .

 

* Nonfiction.fr organise un débat au Centre national du livre le jeudi 10 mai à 19h sur l'avenir de la langue française
 

Jules FOURNIER
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3 commentaires

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Montecristobal

14/05/12 17:24
J'ai été surpris de constater à quel point l'Europe s'anglicise sous prétexte de mondialisation, et en France, tout particulièrement. Les métiers techniques sont aujourd'hui envahis par l'anglais, de sorte que plus personne ne peut désormais travailler dans sa langue maternelle, la langue dans laquelle chacun peut donner le meilleur de soi-même. Or, la grande majorité des travailleurs ne maîtrise pas suffisamment l'anglais et personne n'ose avouer son incompétence linguistique de peur de perdre son emploi, ce qui génère un stress considérable au travail. Ce sont les élites politiques et corporatives qui forcent le jeu, raillant ceux qui dénoncent le tout à l'anglais pour les mettre d'emblée dans le cercle des ringards un peu vieille France, pour ne pas dire pire. Ce faisant, ils se déconnectent de leur réalité, car le bon peuple, lui, reste attaché à sa langue. Se préoccuper de la sauvegarde du français, deuxième langue parlée sur les cinq continents, est un devoir écologique pour tous ceux qui s'identifient à la francophonie et un geste de survie naturel pour tout locuteur conscient de la valeur de la civilisation dont il est l'héritier. Le Québec, est sans doute un exemple. Car sans nier le caractère prépondérant de l'anglais, il sait assurer la prédominance du français dans une société où 80 % de la population est francophone. Le bon côté de cette approche est que les anglophones du Québec connaissent aussi le français et n'en sont pas morts.
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René Lemieux

11/05/12 17:12
Comme le dit M. Cloutier, le Québec est officiellement francophone. La seule province officiellement bilingue est le Nouveau-Brunswick, les autres sont officiellement anglophones. Certaines régions à l'intérieur des provinces unilingues sont déclarées bilingues au sens de la Loi sur les langues officielles, comme Saint-Boniface au Manitoba (une province anglophone, mais le français est utilisée dans la fonction publique), ou le West Island à Montréal (l'anglais dans une province francophone). Les trois territoires, sous la juridiction du Parlement du Canada, sont obligatoirement, minimalement, bilingues (anglais, français), ils peuvent au choix de leur assemblée législative respective, officialiser d'autres langues (comme l'inuktitut et l'inuinnaqtun, dans le cas du Nunavut, etc.). Il vous faut distinguer par "langue officielle" ce que vous entendez: la langue en ce qui a trait au système de justice, la langue obligatoire dans l'enseignement, les services donnés au citoyen par un palier de gouvernement, la langue obligatoire du travail (dans la fonction publique, notamment), la langue d'affichage, les organes officiels de terminologie et de lexicographie, etc. Toutes ces distinctions possèdent leur propre mécanisme au regard de l'usage de la langue.

La défense du français au Québec me semblerait plus pertinent à réfléchir en France par rapport à la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, mais c'est dans doute là une toute autre histoire.

René Lemieux, b.sc.soc., m.a.
Politologue et sémiologue
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cloutip

09/05/12 17:09
Exact, sauf sur un point. Le Québec n'est pas officiellement bilingue. Le français est la langue officielle du Québec et seuls les territoires ou immeubles appartenant au gouvernement fédéral canadien sont officiellement bilingues. Mais depuis quelques années, en fait depuis que le gouvernement néo-libéral de Jean Charest dirige le Québec, l'anglais fait du progrès notamment dans la partie ouest de Montréal. L'immigration contrôlée en grande partie par le gouvernement fédéral et sa politique du multiculturalisme sont les causes premières de cet envahissement de l'anglais. Seul le retour au pouvoir du Parti Québécois pourrait permettre un renforcement de la loi 101. Y a rien à faire avec la droite néo-libérale et marchandiste. La langue n'est pas leur tasse de thé, car à leurs yeux, l'argent a sa propre langue. Sauf que.....en Amérique du Nord, en particulier, le "cash" parle anglais.

Pierre Cloutier ll.m
avocat à la retraite

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