Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr
Pour le 1er mai, et au-delà de ses récupération politiques, David Chopin, Marc Deluzet et Roger Godino analysent la crise de la société français au travers de celle de la perte du sens du travail. Les grands enjeux autant de notre économie que de notre société se situent dans ce rapport cardinal des français au travail et dans les impulsions nouvelles pour démocratiser et responsabiliser toutes les parties prenantes de l'entreprises. Ils publient aux Editions de l'Atelier La grande transformation de l'entreprise : travail, sens et compétitivité. Préface de François Hollande.
La carte électorale du vote protestataire de ce 22 avril 2012, au premier tour de l’élection présidentielle, se recoupe parfaitement avec la désindustrialisation massive de ces dernières années. Les salariés, très largement dans le secteur privé, ont exprimé leur exaspération avec un vote massif pour la candidate du Front National, Marine Le Pen. Ce vote protestataire culmine dans le Nord et l’Est ouvrier de notre pays, à des scores inédits. Ce sont majoritairement des ouvriers, parmi ceux-ci, ceux du secteur privé. A entendre ces salariés, nous savons qu’ils ont le sentiment d’être floués par les questions du chômage et du pouvoir d’achat. Mais pas seulement, car cette protestation s’est également inscrite à l’intérieur même du salariat, dans une fracture plus profonde, celle du travail et de sa signification.
Le symptôme d’une crise du travail
En effet, il ne suffira pas de faire « repartir la machine économique » pour en finir avec ces protestations. De même que la crise que nous traversons n’est pas simplement celle des finances publiques des Etats. Bien davantage, il s’agit d’une crise, avant tout, d’un modèle économique et du sens que les français perçoivent dans leur travail, le sentiment qu’ils n’ont plus leur place, que leur travail est substituable, jetable et que demain ils pourront tout perdre dans ce monde financier et de l’économie mondialisée qui se présente à eux.
Le travail est la valeur cardinale de la société française, et pourtant, ce sujet a été évacué de notre grand débat national. Les français se définissent, bien plus que nos amis européens ou occidentaux, par leur identité professionnelle. La sociologie du travail nous a bien montré que cette centralité du travail est d’autant plus forte dans l’identification individuelle de chacun des français que ceux-ci ont un travail stable et à contrat indéterminé. A contrario, les identités pour soi religieuses ou culturelles sont prioritairement déclarées par des salariés en situation d’incertitude économique ou de travail. Dans la société française plus que dans toute autre, le sentiment “d’avoir une place” dans celle-ci tient à l’intégration au travail, qu’il soit bien ou mal rémunéré.
Et cette crise du travail en France, attestée par une abondante littérature et des faits divers tragiques, s’est installée dans toutes les franges du salariat, de l’ouvrier jusqu’au management de proximité. Ce phénomène est très visible en interrogeant le respect et la considération du supérieur hiérarchique : il s’est grandement dévalorisé en France, et nous sommes, hélas, un cas tragiquement isolé en Europe.
Le mal français : la perte du sens au travail
Au moment où certains dirigeants politiques veulent crisper les salariés modestes contre les chômeurs, il vaudrait mieux regarder ce que la France a fait de son travail, si elle veut rester une des nations les plus productives du monde. Il ne s’agit pas de vrai ou de faux travail, question putride s’il en est, mais bien de la reconnaissance par soi et par autrui, pour chacun des salariés, de sa place dans la société française dont il s’agit.
Croire que la question du travail n’est affaire que de monnaie sonnante et trébuchante témoigne d’une méprise manifeste, voire d’une méconnaissance du monde du travail lui-même. Certes, le pouvoir d’achat des français a régressé, c’est un fait, mais surtout les français ne savent plus pour quoi ni pour qui ils travaillent. Il s’agit alors de parler véritablement de la question du travail, celle qui est au cœur de la crise de société que vivent les Français.
Pour ce qui est du pouvoir d’achat, le SMIC français est relativement haut parmi nos voisins européens, mais ce sont surtout les “dépenses contraintes” de nos concitoyens qui ont explosés (logement, essence, produits alimentaires, électricité, gaz, etc...). Le gouvernement actuel fait bien la sourde oreille, mais les représentants patronaux eux-mêmes commencent à s’inquiéter pour avoir des salariés formés et compétents à disposition.
2 commentaires
Boris
En effet dialoguer efficacement avec l’ensemble des parties prenantes est un facteur clé de succès pour responsabiliser l'entreprise. Mais que cette tâche est complexe!
Pour information, nous organisons une conférence sur cette thématique le 12 juin prochain. Elle rassemblera des responsables DD qui feront part de leur expérience face à ces problématiques, ainsi qu'une présentation de nouveaux outils permettant de gérer efficacement le dialogue avec ses parties prenantes.
Vous y êtes les bienvenus!
Si vous souhaitez en savoir plus, RDV sur http://www.nicomak.eu/parties-prenantes
lecteur