Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr

Mais, finalement, qu’est-ce qu’être critique littéraire ? N’est-ce pas se faire la mauvaise conscience du temps présent. Non qu’il faille préférer le passé, cela même si Marchand a de l’affection pour Baudelaire. En revanche, il faut bien s’intéresser aussi au passé, si l’on trouve que, depuis 1960, et surtout depuis la fin du structuralisme et des prestations de Gilles Deleuze, nous nous trouvons face à une véritable chute de la production littéraire. Restent cependant des étoiles montantes, sans doute Houellebecq. Marchand ne s’attarde pas sur la théorie de la critique. S’il a bien une théorie de la littérature (exposée dès 1958), rien ne laisse voir, dans ces quatre volumes, une réflexion plus approfondie sur la critique et son statut par rapport à l’œuvre. Disons que Marchand la pratique, mais ne l’expose pas.
Encore est-il possible d’énoncer cette question autrement. Marchand ne travaille-t-il pas à la charnière d’une époque en cours de disparition, celle de la critique normative (à défaut d’être traditionnelle), légitime, associée à un magistère de la critique. Sans doute faudrait-il évoquer ici Sainte-Beuve et ses successeurs jusqu’à Georges Poulet et ce temps où la société plaçait ses “phares” (Victor Hugo) à sa tête. L’exemple de Pascal Pia, qui revient sans cesse dans sa bouche, est éloquent à cet égard. Mais cette critique ne fonctionnait qu’à raison de disposer de ce magistère par lequel elle pouvait asséner un contenu au lecteur, en quelque sorte en surplomb. Or, déjà, Marchand se situe lui-même à l’“approche du soir d’un monde” et des signes de son vieillissement qu’il date du moment où il cesse de partager les valeurs “culturelles” de son époque. Alors, il avoue parfois qu’il est incapable d’émettre un jugement sur tel ou tel ouvrage, et que parfois il a des doutes sur les propos concernant la culture, ce qui est fortement le cas autour des débats portant sur des ouvrages qui défendent la “haute culture” (Finkielkraut, Michel Henry). Encore a-t-il des doutes : “Le plus grand défaut de tous les livres dont je viens de parler est qu’ils semblent avoir été écrits avant Nietzsche et son marteau terrible.” Ils ont cent ans de retard. Mais c’est pour mieux valoriser Allan Bloom ! En un mot, ces hésitations signalent sans doute le passage de cette ancienne critique au temps des passeurs. La télévision a perturbé les rôles et Marchand en souffre.![]()
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